samedi 25 juillet 2009

Madame Petite

Par une morne journée où nous n’avions pas grand-chose à faire, j’étais tranquillement en train de discuter quelques minutes avec Izzou lorsque surgit Madame Petite. Non, non, pas l’héroïne rose toute ronde qui a bercé votre enfance avec les autres Monsieur Madame (j’aurais préféré). Non, la cliente pénible par excellence !
Elle débarque dans mon dos et me lance un « je cherche un livre ». Pas de bonjour, pas de s’il vous plait : la politesse était une option qu’elle n’a pas prise. Soit. Madame cherche donc un livre, dont elle ne connaît que le titre : Petite. Oui, juste Petite, et non, elle ne connaît ni l’auteur, ni l’éditeur. Le sujet ? Un témoignage, peut être sur les troubles alimentaires ; ou sur les problèmes d’enfance d’une jeune femme ; enfin, quelque chose dans le genre, mais elle n’est plus tout à fait sûre. Bon… L’affaire s’annonce compliquée.
J’essaye tant bien que mal d’expliquer à Madame que sans mot clé autre que « petite », ça va être quasiment impossible de lui retrouver son livre, mais rien n’y fait. Madame est outrée : c’est bon, elle a compris, je préfère glousser avec ma collègue plutôt que de faire un effort pour chercher son livre (restons zen). Je tâtonne, essaye en vain quelques recherches : rien. Ou plutôt, beaucoup : notre cher logiciel recherche par mots clés et me donne donc toutes les références de livres où le mot petite apparaît dans le titre. Mais il n’est pas capable d’isoler un seul mot clé. Je me retrouve donc avec 4500 pages de résultats (sachant qu’une page contient vingt références, je vous laisse faire le calcul) ! Après dix bonnes minutes, je renonce et explique à Madame qu’il me faudrait plus de renseignements. Ne pourrait-elle pas demander des informations supplémentaires à l’amie qui lui a parlé du livre ? Madame fait la moue et s’en va sans dire un mot (le « au revoir » était là encore en option). Je hausse les épaules, affaire classée, retournons à mon rayon…
Madame Petite repasse devant moi quelques minutes plus tard, avec un air triomphant qui me laisse à penser que j’ai peut être parlé trop vite…
Ca ne tarde pas : M.G. (mon supérieur bien-aimé) déboule peu après et me convoque dans son bureau. Dès ses premiers mots, c’est bon, j’ai gagné mon pari. Vous comprenez, il est bien embêté : depuis deux ans que je travaille ici, c’est la première fois qu’un client vient se plaindre de moi, il ne sait pas comment interpréter ça (évidement, ça ne lui vient pas à l’idée que cette plainte soit due au caractère emporté dudit client, tout est ma faute). Et le voilà parti pour un long discours d’un quart d’heure, dont je vous ferais grâce (retenez les expressions « relâchement de la discipline », « il faut rester concentré », « le client passe avant tout », déclinez-les sous toutes les coutures et vous aurez l’essentiel). Impossible de placer trois mots, il ne veut pas entendre ma version de l’histoire, ça ne l’intéresse pas de savoir qui a tort ou raison, il est juste là pour maintenir la discipline dans le magasin et pour préserver l’image de marque qu’a le Monde du Gilet bleu (et patati, et patata). Intérieurement, je maudis Madame Petite et son fichu caractère : d’accord, je n’ai pas trouvé son livre, mais je suis restée polie et aimable (on ne peut pas en dire autant de sa part) et j’ai fait tout mon possible.
Pourtant, malgré mon envie d’en finir au plus vite, je ne peux pas m’empêcher d’écarquiller les yeux quand M.G. me lance d’un air plein de sous-entendus que lui a réussi à trouver la référence et que ce n’était pas si compliqué que cela (évidement, quand on a accès à un autre logiciel plus élaboré, c’est fou comme les choses deviennent plus simples).
Du coup, il a commandé le livre pour la dame, et il compte sur moi pour redresser l’image qu’elle aura de notre magasin à sa prochaine visite (et re-patati, et-repata : fidélisation de la clientèle, service de qualité, etc, etc). Cause toujours, tu m’intéresses. Lorsque Madame Petite est revenue pour sa commande, j’ai adopté son mode de communication (fallait la mettre à l’aise) : pas de bonjour, pas de sourire, pas de au revoir… Et on s’est très bien comprises cette fois…

lundi 20 juillet 2009

A la recherche du dentiste égyptien…

A force de travailler dans la vente, on finit par avoir le nez pour repérer les clients boulets, ceux qui vont nous enquiquiner pendant trois heures avec une demande super tordue. Pourtant, ce midi, je me suis faite avoir : je sentais la complication, certes, mais j’étais loin de m’imaginer à quel point…
    « - Bonjour… J’ai une question un peu compliquée (et voilà, qu’est-ce que je vous avais dit).
    - Dites moi toujours, on verra bien si j’ai la réponse…
    - Je cherche un livre écrit par Laurent Bognin… ou Pognin… ou Bogien… enfin quelque chose dans ce genre.
    - Euh… Vous connaissez le titre ?
    - Ah, non, pas du tout. En fait, il en a écrit plusieurs, et je voudrais voir quel style il a.
    - D’accord… (ça s’annonce mal parti) Un sujet alors ?
    - C’est un médecin qui écrit des histoires à partir de son travail à l’hôpital.
    - Des romans ou des témoignages ?
    - Des romans voyons ! (évidement, ça va de soi, quelle idiote je fais) »

Pendant ce superbe échange, je m’évertue en parallèle à décliner en vain toutes les variantes de Bognin… Echec complet.
    « - Désolée, mais je ne trouve rien du tout. Vous avez regardé en rayon, à tout hasard ? Le nom va peut être vous sauter aux yeux…
    - Là bas ? En littérature ? Non, y’a que du Balzac, du Beauvoir, du Beckett. Y’a rien ! (merci pour Balzac et cie) Mais vous n’avez pas un rayon pour ça ?
    - « Pour ça » quoi ?
    - Bah, pour les livres écrits par des médecins voyons ! (le tout en me regardant d’un air navré, genre « la pauvre fille, y’en a qui ne sont vraiment pas futés »)
    - Non, désolée. A partir du moment où ils écrivent des romans, ils sont classés avec les autres auteurs.
    - Ah… Et vous n’auriez pas un répertoire avec les noms des auteurs ?
    - Le souci, c’est que vous n’avez pas le nom exact et que mon ordinateur…
    - Mais non ! Pas sur l’ordinateur, sur papier ! (pardon ?!)
    - Euh, Madame, vous vous rendez compte du nombre de volume qu’il faudrait pour référencer tous les auteurs français ?
    - Ah…Ca n’existe pas alors… (au ton de sa voix, il faudrait que je me mette à en rédiger un là, tout de suite, juste pour elle)
    - Euh, non.
    - (moment de réflexion intense de ma cliente) Et en cherchant juste avec Laurent ? Parce que je suis sûre du prénom. (au secours !!!)
    - Alors, là, même problème, il y a des centaines d’auteurs qui se prénomment Laurent…
    - Ah bon… Tant pis alors. »

Pendant un bref instant, j’ai le fol espoir que c’est bon, qu’elle va enfin partir… Mais elle brise toutes mes illusions par un « Sinon, je cherche un autre livre, mais ce n’est pas facile non plus…
    - (snif) Dites moi.
    - Cette fois, c’est un livre écrit par un ancien dentiste égyptien. (help !!!) Je ne me souviens plus du nom ni du titre, mais il est très connu. Il a été traduit dans plusieurs pays.
    - (vous vous y connaissez en dentistes égyptiens auteurs de romans ? moi non) Vous avez une vague idée du nom de l’auteur ? Parce que je ne vois absolument pas de qui il s’agit…
    - Mais si (mais non) il est très connu voyons ! (je rappelle que je m’occupe surtout des BD, moi, je n’y connais rien en littérature égyptienne !) Quelque chose comme Abaloui, Azaoui… Un nom arabe, voyons ! (bah tiens, on est bien avancés avec ça)
    - Ca ne me dit rien du tout, désolée. Mais le rayon littérature arabe est juste là, vous devriez y jeter un coup d’œil, le nom vous reviendra peut être… »

Sur ce, j’avoue m’être lâchement enfuie, abandonnant ma cliente à son triste sort pour me réfugier en salle de pause… En espérant secrètement qu’elle irait harceler un autre de mes collègues. Oui, je sais, je devrais avoir honte…

mercredi 15 juillet 2009

Le magasin arc-en-ciel

Après bientôt deux ans d’ouverture, notre direction bien-aimée a estimé qu’il était temps de nous récompenser de nos bons et loyaux services en investissant de manière pérenne dans notre magasin. Vous vous demandez sans doute avec envie ce qu’ils nous ont offert : une machine à café ? une vraie table pour la salle de pause ? une fontaine à eau ? une climatisation qui réussit à faire descendre la température à moins de 28°C lors des canicules ? (remarquez qu’on n’est pas très exigeants). Eh bien non ! Vous en êtes loin ! Nous avons juste gagné de nouveaux panneaux de signalétique… (je vous sens déçus, là)
Je m’explique… Au dessus de chaque meuble de rayonnage se trouve un néon intégré, avec une ouverture sur le devant, prévue pour intégrer un panneau de signalisation (genre « littérature française », « cuisine », « philosophie » etc.). Jusqu’à présent, par manque de moyen, nous avions tant bien que mal comblé ces ouvertures avec des banderoles en papier bleu épais, accrochées aux meubles avec des aimants. C’était un système assez rustique, j’en conviens... Surtout que le papier avait tendance à gondoler sous l’effet de la chaleur du néon. Et qu’à force de déménager les différents sous-rayons, il nous manquait certains intitulés (par exemple, la fin de la littérature anglaise s’appelait « bilingues », et le rayon comics « rangement » ; logique non ?). Mais, bon, au moins les indications étaient claires (enfin, celles qui étaient justes) et lisibles de loin.
Le nouveau système est plus sophistiqué. Nous avons désormais des encarts aimantés en plexiglas, beaucoup plus pratiques à interchanger. C’est chic, c’est classe, ça fait propre…
L’inconvénient majeur, ce sont les couleurs (bah oui, il fallait bien que ça coince quelque part, le monde serait trop beau sinon). Notre chère direction a en moyenne 60 ans d’âge (avec une pointe dépassant les 75 ans) et se souvient encore avec nostalgie de l’époque pré-informatique. Epoque bénie où on remplissait amoureusement les bons de commande à la main, en traçant de belles arabesques, et où chaque grand rayon avait sa propre couleur de bons. Rouge pour la littérature, marron pour le droit, vert pour l’art, violet pour le scolaire, bleu pour les langues… Un vrai arc-en-ciel !
A l’époque, il ne s’agissait que de paperasse, ça ne dérangeait pas trop les clients et ça ne se voyait pas dans le magasin. Mais on ne peut pas en dire autant avec la nouvelle signalétique, puisqu’elle suit les couleurs de ces fameux bons ! Je vous laisse imaginer le magnifique effet visuel produit par la cohabitation du marron, du violet, du rouge, du bleu, sur 4 mètres de rayons consécutifs (ne cherchez pas, c’est juste moche).
Surtout que pour couronner le tout, les luminaires situés pile à la même hauteur que nos superbes panneaux y font de splendides reflets. Et que du coup, à moins d’être juste devant le panneau, on n’y lit plus rien ! Ceux avec anti-reflet intégrés étaient plus chers, vous comprenez… (on veut bien nous faire des cadeaux, mais dans la limite du raisonnable tout de même, après on va être trop gâtés).
Bref, en un mot, c’est moche et inutile…. Merci ô chefs vénérés…

Les Français et l’anglais

On entend souvent dire que le niveau des français en langue étrangère est mauvais. En voici une preuve récente…
    « - Bonjour, vous avez des Toalaïte ?
    -(perplexité du Gilet bleu) Euh… Les toilettes sont au fond du couloir…
    - Mais non ! Vous savez bien, le livre du film avec les vampires…
    - Ah ! Twilight, vous voulez dire ?
    - Bah oui, c’est ce j’ai dis. »