samedi 23 mai 2009

Le monde du Gilet bleu à l’heure de la sécurité

Je vous avais parlé, il y a quelques temps déjà, de nos angoisses pré-inventaire. Les sur-stocks impossibles à localiser nous avaient fait cauchemarder pendant des semaines, et nous avions retourné moult fois le magasin à la recherche des 4 ou 5000 livres théoriquement « en trop ».
Il s’avère finalement, après recensement par nos chers inventoristes, que nous pouvions toujours chercher, nous n’étions pas près de trouver. Normalement, la démarque « acceptable » d’un magasin se situe autour d’1% du stock. Chez nous, elle dépasse allégrement les 3% ! Après avoir reçu les résultats de l’inventaire, un nouveau jeu était d’ailleurs à la mode parmi les Gilets bleus : nous avions lancé le concours de « qui s’est fait voler le plus de marchandise ? » (pour info, le rayon bandes dessinées/mangas arrive premier en terme de volumes, mais le rayon livres universitaires le dépasse en valeur : avec des prix tournant autour de 40-50€, la démarque chiffre vite).
Devant cette hécatombe, notre direction bien-aimée a été forcée de réagir. Et nous voilà donc enfin pourvus d’un vigile… Que nous réclamions depuis des mois, suite à quelques frictions avec des jeunes du quartier ! (Mais l’aspect sécurité du personnel ne semblait pas émouvoir nos chers directeurs…). Le monde du Gilet bleu a passé un contrat avec une grosse entreprise de sécurité, qui était sensé nous détacher à temps complet un vigile. Bon, en fait, il ne se passe pas trois jours sans qu’un nouveau vigile n’apparaisse, mais c’est déjà ça, l’effet dissuasif est au moins là… Et ça nous permet d’avoir un bon aperçu de la profession de vigile, avec des anecdotes assez sympathiques.
En règle générale, il n’y a pas grand-chose à signaler sur le vigile moyen : il déambule d’un air sérieux dans les rayons, se lance dans des parties de cache-cache avec des clients suspects, remplit son quota de fouille de sac et calme le jeu avec un air bonhomme face aux énervés. Mais quelques spécimens se distinguent pourtant…
Je commencerai par celui qui avait flashé sur Izzou et tentait par tous les moyens de la faire succomber à son charme. On le retrouvait toujours autour de la caisse, essayant vainement d’engager une conversation : «cette robe vous va très bien, vous l’avez achetée où ?», «vous aimez quel genre de films ?», «vous avez remarqué d’un nouveau bar venait d’ouvrir pas loin ?». Le pauvre a eu beau multiplier les allusions, pas moyen de décrocher un rendez-vous. Un jour, il a décidé de changer de tactique et de faire fondre Izzou devant des muscles d’acier… Il s’est donc mis à faire des pompes et des flexions en plein milieu d’un rayon, faisant rouler ses muscles sous l’effort ! Grands fous rires de la part de toute l’équipe, il a du être vexé parce qu’on ne l’a plus revu après cela…
Un peu plus tard, nous avons récupéré un autre cas. Dans les premiers jours, tout allait bien. Puis, il a demandé l’autorisation d’utiliser un de nos téléphones pour appeler sa hiérarchie. Comme nous lui avions répondu oui, il a considéré que cette permission était permanente, et valait pour tous ses appels ! On le retrouvait donc régulièrement, en revenant de pause déjeuner, installé à notre poste de travail en train de téléphoner à la famille restée au Sénégal… En fait, il ne se passait pas un jour sans qu’il ne soit au moins deux heures au téléphone pour des appels privés ! Autant vous dire que lorsque la note de téléphone est tombée, M.G. a expressément demandé à avoir un autre vigile….
Notre dernier spécimen en date, nous ne l’avons eu que deux jours… Le temps nécessaire à M.G. pour lui interdire de remettre les pieds dans le magasin ! Lorsqu’on l’a vu débarqué en civil, on a d’abord cru à un taulard échappé de prison : il en avait les cicatrices, le look et la gestuelle. On dit qu’il ne faut pas juger sur les apparences, certes, mais lui faisait vraiment peur. Raciste, homophobe, anti-jeunes, il était anti-tout, et traitait donc tous les jeunes et les gens de couleurs franchissant les portes du magasin comme des voleurs : filature insistante, fouille des sacs, remarques désagréables et j’en passe. Au point que certains de nos habitués se sont plaints auprès de nous. Je les comprends, d’ailleurs, parce que moi-même je me sentais coupable lorsqu’il me suivait des yeux (ne me demandez pas de quoi, je ne saurais pas vous le dire). Et lorsqu’un client lui a fait remarquer qu’il pourrait être un peu plus poli, le vigile est parti au quart de tour, le ton est monté, et c’est un Gilet bleu qui a du calmer le jeu ! Le monde à l’envers…
Depuis, rien à dire sur notre nouveau vigile, ouf !

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