vendredi 24 avril 2009

Les Gilets bleus à l’Assemblée nationale

A lire mon dernier post, certains d’entre vous doivent se dire : « mais qu’est ce que c’est cette librairie où ils sont payés à distribuer du chocolat ? ». Je vous rassure tout de suite : pendant que Miss BD jouait le lapin de Pâques, d’autres gilets bleus partaient en mission spéciale et mettaient les bouchées doubles...
Le monde du Gilet bleu a une certaine réputation de sérieux dans le milieu (qui ne transparaît certes pas beaucoup dans ce blog, mais qui existe, je vous le jure). Du coup, lorsque l’Assemblée nationale a décidé d’organiser une Journée du livre politique, c’est à nous qu’ils ont fait appel. Le vendredi, veille de ladite Journée, Chacha et Izzou (désignées volontaires pour représenter les Gilets bleus en cette grande occasion) sont parties rejoindre M.G. à l’Assemblée, histoire d’installer le stand…
Arrivées sur place, passage obligatoire par le détecteur de métaux. Après avoir enlevé bijoux, ceinture et divers accessoires, c’est bon, rien à signaler. Jusqu’à ce que le sac de Chacha passe sous les rayons… Et là panique, le gardien s’écrie : « VOUS AVEZ UNE BOMBE ! … aérosol ». Instant de flottement, œil perplexe de Chacha qui se tourne inquiète vers Izzou, jusqu’à ce que le gardien exhibe ladite bombe : une bouteille de déodorant ! Hum hum…
Quelque peu secouées, Izzou et Chacha se dirigent ensuite vers l’accueil 32, afin de recevoir leurs badges, Saint Graal pour circuler librement dans l’Assemblée. Sans le savoir, elles avançaient vers un univers impitoyable, qui a rendu fou les plus braves : celui de l’administration !
    « - Bonjour. Nous sommes les libraires chargés du stand pour la journée du livre politique.
    - Une journée ? Des libraires ? Je ne suis pas au courant. Ne bougez pas, j’appelle un responsable.
    - (dix minutes et quatre coups de fil plus tard) Alors, il va falloir que vous alliez à l’accueil 137 s’il vous plait. »

Ni une, ni deux, les deux Gilets bleus filent vers leur destin…. Et traversent la moitié du bâtiment par la même occasion !
    « - Bonjour. On nous a renvoyées vers vous pour obtenir les badges pour la Journée du livre politique.
    - Oui, j’ai vu passer vos deux petits livreurs tout à l’heure (léger sourire d’Izzou : un des livreurs en question était M.G., notre chef bien-aimé) mais comme je le disais au téléphone à mon collègue, la journée a lieu demain, pas aujourd’hui. On m’a bien prévenu d’une livraison, mais je n’ai rien sur la mise en place…
    - Bah… Il faut bien installer le stand et les livres à l’avance, non ? Les cartons ne vont pas se déballer tout seuls !
    - Sauf que moi, on ne m’a prévenu que pour demain. Ne bougez pas, j’appelle un responsable. »

Et hop, c’est reparti pour une série de coups de fil… Pour que le réceptionniste s’aperçoive finalement que le papier concernant la mise en place était dans sa liasse de documents (mais, vous comprenez, il n’était pas bien agrafé avec les autres).
Ouf, c’est bon : après une bonne demi-heure de galère, Izzou et Chacha ont enfin leur badge ! Reste maintenant à accéder au futur stand… Evidement, interdiction de passer par l’entrée 137 : il faut qu’elles repassent par l’accueil 32. Nos Miss Gilets bleus repartent vers l’aventure. Arrivées devant la belle porte de l’accueil 32, elles tombent nez à nez avec le cerbère local : impeccable dans son costume, il les regarde approcher d’un œil critique tout en lâchant un « C’est quoi ça ? ».
    - « Bonjour. Alors ça, ce sont des libraires (changement de couleur du planton, qui à priori ne pensait pas avoir parlé si fort). Nous venons installer le stand pour le salon de demain.
    - Et vous comptiez passer par les salons officiels ?
    - Bah oui, votre collègue à l’accueil 137 nous a dit de passer par là.
    - Ah non, ça ne va pas être possible. Il faut que vous passiez par l’entrée du personnel, à côté de l’accueil 137.
    - Alors que les techniciens chargés d’installer les podiums viennent de passer par les salons ?
    - Ils sont chargés, eux, ils ne vont pas faire le tour… »

Chacha est au bord du découragement. Izzou décide de faire appel à l’arme ultime : M.G.
    « - M.G. ? Oui, c’est Izzou. Bon, avec Chacha nous allons rentrer chez nous je pense.
    - Pourquoi ?
    - Parce qu’ils ne veulent pas nous laisser entrer !!
    - Bon, retrouvez moi à l’accueil 137, il faut que j’y récupère mon badge. Et on verra bien si on ne peut pas rentrer… »

Troisième traversée de l’Assemblée pour nos deux Gilets bleus qui commencent à en avoir vraiment ras-le-bol… Etrangement, cette fois, le réceptionniste du 137 fait moins le fier, M.G. lui ayant clairement fait comprendre qu’il entendait avoir son badge dans les deux minutes. Par contre, il reste inflexible : l’entrée se fera par les salons officiels. Quatrième traversée, Izzou et Chacha connaissent désormais la portion du bâtiment par cœur. Mais avec M.G., les choses sont nettement plus faciles : cinq minutes plus tard, les voici enfin à l’emplacement du stand (le cerbère s’étant fait rabroué par un M.G. très en forme et sur les nerfs).

Alors que toutes ces péripéties ont exténué nos deux Gilets bleus, elles se rendent compte avec effroi que le véritable travail n’a pas commencé : 7000 livres les attendant gentiment dans un amoncellement de cartons ! Et elles ne sont que deux faibles femmes (M.G., rassuré de les savoir à bon port, s’étant empressé de partir chercher quelques livres oubliés au magasin)…
Retroussant leurs manches, elles commencent par installer la caisse…. Juste en dessous d’un bloc de marbre surmonté d’une statue virile fort peu vêtue. Ce qui fait dire à Chacha : « Eh, tu va passer ta journée sous un énorme zizi ! ». « Bah non, il a une feuille de vigne juste au mauvais endroit » répond Izzou, pragmatique. « Mais vas-y, fais sauter la feuille de vigne ! » s’exclame-t-elle en levant les bras dans un élan d’enthousiasme… Au moment où deux pompiers arrivent d’une porte dérobée ! Evidement, ils ont tout entendu, et évidement ils sont morts de rire. Izzou vire au rouge tomate et tente de retrouver une certaine contenance en se réfugiant derrière les piles de cartons, ce qui redouble leur hilarité !

Après ce bref intermède, il est temps de mettre les bouchées doubles, l’heure passant très vite. Deux employés de l’Agence relation presse de l’Assemblée (jusque là occupés à casser la croûte en mettant de jolis bandeaux sur les livres ayant remporté le Prix du député) abordent Chacha en lui demandant avec un grand sourire s’ils peuvent être utiles à quelque chose. Chacha, ravie, se tourne pour leur montrer d’un large geste du bras les cartons à ranger… Le temps qu’elle finisse son mouvement, ils avaient disparu comme par magie ! En laissant les vestiges de leur pique nique derrière eux, bien entendu. Fureur d’Izzou, énervée d’être prise pour une bonniche, et qui se promet de leur tomber dessus pour qu’ils rangent leurs déchets.
Une heure passe sans qu’ils ne réapparaissent. Une jeune femme aborde Izzou pour lui demander où elle pourrait trouver « les messieurs qui étaient là tout à l’heure », se fait répondre que « Moi aussi je les cherche figurez vous ! D’ailleurs, si vous les voyiez, dites leur qu’on n’est pas une poubelle et qu’ils pourraient venir jeter leurs canettes et leurs paquets vides ! » et bat très vite en retraite…
Du coup, lorsque les fameux jeunes hommes reviennent, ils abordent un air contrit (le même qu’un gamin adopte lorsqu’il va affronter ses parents après avoir fait une bêtise). Ils cherchent en vain leurs déchets (Izzou s’était résignée à les jeter un peu avant, il fallait bien installer les livres) et demandent alors, avec une toute petite voix, ce qu’ils peuvent faire pour aider. La réponse ne se fait pas attendre : « Vous prenez les cartons qui sont là bas, vous mettez les livres en pile ici. Puis vous déplacez cette table par là, vous installez les chaises au fond »… Et hop, les voilà au travail, accomplissant leur tâche sans un mot, ravis de ne pas s’être fait trop hurler dessus.
A quatre, les choses avancent plus vite qu’à deux. Et lorsque M.G. revient trois heures plus tard avec deux piles de livres, tout est fini. Ouf, il est temps de rentrer chez soi ! Une petite pause toilette s’impose cependant aux deux demoiselles… Elles arrêtent alors un employé qui passe :
    « -Bonjour, excusez nous, où sont les toilettes s’il vous plait ?
    - On a installé des toilettes de chantier dans la cour juste en bas. Prenez cet escalier au fond.
    - Pardon ? Je crois qu’on s’est mal compris. On travaille ici. On ne va pas aller dans les toilettes visiteurs.
    - Et vous voudriez aller où ?
    - Bah, dans les belles toilettes toutes propres réservées au personnel par exemple…
    - (petit rire méprisant de leur interlocuteur) Les toilettes du personnel sont, par définition, réservées au personnel. Vous n’avez rien à y faire !
    - (Izzou commence sérieusement à se crisper, la journée a été éprouvante) Moi, je ne fais pas pipi dans des toilettes dégueulasses de chantier, je vous préviens. Nous sommes prestataires pour l’Assemblée, cela nous donne le droit d’aller dans des toilettes propres !
    - Très bien, c’est ce qu’on va voir. Allons demander au bureau d’intendance des toilettes (si, si, vous avez bien lu : il existe à l’Assemblée une intendance des toilettes ; à ne pas confondre avec le préposé aux gobelets des fontaines à eau, lui-même différent du préposé aux bouteilles d’eau ! Vous vous demandiez où passaient nos impôts ? Vous avez la réponse…) »

Ladite intendante leur ayant donné raison, Izzou et Chacha sont reparties chez elle radieuses, fières d’avoir au moins remporté cette bataille contre l’administration…La suite de leur aventure dans le prochain épisode…

mercredi 22 avril 2009

La chasse aux oeufs

Le métier de libraire peut parfois paraître répétitif : recevoir des livres, les ranger, les conseiller, retourner les invendus pour faire de la place aux nouveautés… Heureusement, le calendrier nous offre régulièrement des occasions de sortir de cette routine. Et oui, l’année est jalonnée d’un certain nombre de fêtes qui se prêtent à des animations. Surtout si, comme votre fidèle serviteur, vous n’avez pas peur du ridicule !
Ainsi, à Halloween dernier, j’ai passé la journée déguisée en sorcière (panoplie complète avec chapeau pointu, faux cheveux, tunique pleine de fausses toiles d’araignées… et l’incontournable gilet bleu par-dessus, restons pro !). Avec l’autorisation de M.G., j’avais organisé pour les enfants du quartier une chasse au trésor dans le magasin, avec bonbons à la clé, et une séance de contes qui font peur. Au vu du succès rencontré, nous avons remis ça pour Pâques.
Cette fois, pas de déguisement, malheureusement : le lapin géant ou le costume de poule me semblaient quelques peu inconfortables pour ranger les arrivages du matin (et M.G. m’a regardé d’un œil bizarre qui m’a vite fait abandonner l’idée). A la place, toujours une séance de contes autour de Pâques et la désormais traditionnelle chasse au trésor, avec œufs en chocolat à gagner. Le principe est simple : six livres en rapport avec Pâques ont été cachés par mes soins dans tout le magasin, identifiables grâce à un bandeau. A leur arrivée, les enfants se voient remettre un questionnaire en rapport avec les six livres ; à eux de les retrouver, de les lire et de trouver les bonnes réponses, pour gagner les fameux chocolats.
Ah, si vous les aviez vus courir partout ! Imaginez une quarantaine de pitchounes de 2 à 10 ans retournant le magasin de fond en comble pour trouver les clés de la récompense ultime. Les parents plus ou moins obligés de jouer le jeu, traînés par les plus petits qui ne savent pas encore lire, errent courbés dans le magasin, ne voulant pas s’avouer vaincus devant leur progéniture (tel ce papa qui pensait son fils trop jeune pour repérer les livres, et qui s’est aperçu très vite que c’était lui qui n’en trouvait aucun). Le rayon jeunesse est sans dessus dessous, bien qu’aucun livre n’y soit caché : trop facile ! (« alors, ça veut dire que les livres, ils sont chez les grands ? » me sort d’un air inquiet un gamin de trois ans, « mais, on a le droit d’y aller, nous ? »). Je navigue d’un groupe de chasseurs à l’autre pour donner des indices à ceux qui piétinent (et surtout vérifier que des Gilets bleus ne trichent pas en donnant les réponses pour éviter de voir leur rayon saccagé), interrompue toutes les cinq minutes par de nouveaux chasseurs ou par des vainqueurs qui viennent réclamer leur récompense…
Et tout ça pendant toute l’après-midi ! Super sympa comme animation, mais quelque peu épuisante ! Enfin, bon, les enfants sont aux anges, les parents contents et les collègues ont fait des razzias dans les chocolats pour tenir le coup… Tout est bien qui finit bien !

lundi 20 avril 2009

Telle mère, telle fille?

    « - Bonjour, je recherche les titres suivants. Ma fille doit les lire pour l’école : Le rouge et le voir de Stendhal ; Exercices de style et Zazie dans le métro de Queneau.
    - Oui, pas de problème. Le rouge et le Noir ? Hop, le voilà. Par contre, pour Raymond Queneau, j’ai bien Exercices de style, mais Zazie dans le métro est en commande.
    - Ah, c’est bon, alors, j’ai tout.
    - Euh, non, il vous manque Zazie dans le métro.
    - Mais non, vous me l’avez donné lui. Il est là…
    - Ca, c’est Exercices de style.
    - Mais c’est bien le livre de Queneau ? Celui que ma fille veut.
    - Oui, mais votre fille a aussi besoin de Zazie dans le métro, du même auteur.
    - Je ne comprends pas. Ce sont deux livres différents ?
    - Oui.
    - Mais il n’y a qu’un seul auteur sur la liste.
    - Normal, c’est le même qui a écrit les deux romans.
    - Donc il faut que j’achète deux livres ?
    - Bah, oui, il n’y pas d’édition regroupant les deux.
    - Du même auteur ?
    - Oui.
    - Alors Exercices de style et Zazie dans le métro, ce n’est pas la même chose ?
    - Non. Ce sont deux romans différents.
    - Vous êtes sûre ?
    - OUI. »

Parfois, on s’inquiète quand on voit le niveau des collégiens et des lycéens d’aujourd’hui. Mais avec des parents pareils, vous ne les trouvez pas mal partis vous ?