mardi 17 mars 2009

M.G. ou le KGB version XXIe siècle

Notre chef bien-aimé, M.G., a régulièrement des accès d’autoritarisme aigu. Il lui suffit de peu de choses pour faire monter la pression : un Gilet bleu qui rit un peu fort, des mauvais chiffres de retours, une pause déjeuner qui se prolonge de quelques minutes après l’heure réglementaire… et patatras, nous voilà plongés dans un climat de pression et de suspicion qui n’a rien à envier aux dictatures.
La dernière crise en date remonte à une quinzaine de jours. M.G était sur les nerfs depuis début janvier, l’absence de clients lui minant le moral. Nous avions déjà eu le droit à de longs discours sur la nécessité de rester concentrés, de ne pas se dissiper, de ne pas oublier que le client est roi, que nous n’avions pas à discuter de nos vies privées dans le magasin car cela pouvait perturber ledit client, etc etc. (continuez sur les mêmes arguments pendant quelques heures et vous aurez un fidèle aperçu de ce que ça donnait).
Début février, M. G. est parti en vacances pour se détendre. Tous les Gilets bleus ont donc poussé un soupir de soulagement, en espérant que les choses redeviendraient un peu plus cools à son retour. Que nenni.
A son arrivée, il a passé la journée entière à inspecter les chiffres de retours (pas assez élevés, vous n’avez pas fait suffisamment d’efforts, il reste encore 3500 livres de trop !). A examiner chaque table (pourquoi n’avez-vous pas retourné cette nouveauté ?! elle est là depuis décembre. Et cette table thématique, là, fallait l’enlever). A épier nos moindres faits et gestes (vous allez où encore ? – Euh, aux toilettes… - Mais vous y avez été y’a moins d’une heure ! – J’ai mes règles, je dois changer mon tampon. Je vous ramène l’ancien pour preuve, ou vous me laissez y aller ? – Euh… non, allez-y). Bref, à guetter la moindre occasion pour nous tomber dessus. Occasion qui s’est jetée dans les bras quand, à la question « Vous n’avez rien à signaler sur la semaine dernière ? Tout s’est bien passé ? », l’une d’entre nous a trouvé le moyen de répondre qu’elle avait trouvé l’ambiance un peu trop « récréative ».
Récréative. Le mot était lâché. Le sang de M.G. n’a fait qu’un tour. Et dès le lendemain, une pluie de mesures s’abattait sur nous. Je vous en cite quelques unes, histoire de vous donner une idée.
- A dix heures tapantes, quand le magasin ouvre, chacun doit être à son poste, mains sur le clavier, œil vif, prêt à affronter le rush de 10 heures (soit généralement trois clients, dans les jours fastes). Nous devons attendre 10h10, une fois les premiers clients renseignés, pour aller chercher notre arrivage du jour sur l’avant du magasin. L’idéal étant bien sûr que nous arrivions à 9h45 pour débarrasser les bacs d’arrivage avant l’ouverture du magasin (sans être payés évidemment, il ne faut pas trop en demander non plus : travailler plus pour gagner autant, c’est un nouveau concept).
- Les blagues sont interdites : M.G. ne veut plus entendre un seul gloussement pendant les heures de travail. Mettons-nous à la place du client, qu’en penserait-il ? (bah, soit ils rigolent avec nous, soit ils nous disent qu’au moins ici, il y a une bonne ambiance, c’est plus sympa… mais bon…faut croire que ça perturbe M.G.)
- Pas plus de deux Gilets bleus au même endroit. Occupation stratégique de l’espace : voilà le mot d’ordre. Et toute réunion de deux personnes doit avoir un but professionnel. Interdiction de parler de nos vies privées, on a les pauses déjeuner pour cela. Et on peut aussi se voir en dehors des heures de travail (mais pas trop tard, il en a marre de voir des visages fatigués autour de lui).
- Le coin accueil/caisse devient une zone protégée où Izzou doit se morfondre seule. N’y sont tolérés que ceux qui ont besoin de la machine à étiquettes ou ceux qui couvrent des livres (dans la limite de deux heures par semaine). Tout Gilet bleu surpris à l’accueil sans motif valable se verra convoqué dans le bureau de M.G.
Je vous ais fait une sélection des mesures phares du plan de durcissement, tout en vous gardant pour une prochaine fois les grandes théories de M. G. sur le travail en équipe (ça vaut le détour).
Admirez en tout cas le sens du management de notre chef bien-aimé, qui constatait avec satisfaction auprès de JB (son adjoint) que les choses s’étaient grandement améliorées. (Si on exempte les crises d’angoisse et la dépression qui nous guettent à force d’être espionnés, l’ambiance glaciale qui règne désormais dans le magasin et la tension due aux actes de délation, oui, on peut dire que ça s’est amélioré. Tout est une question de point de vue me direz-vous…)

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