mardi 31 mars 2009

La vie est parfois trop injuste

Lorsque je vous avais présenté les différentes catégories de représentants, il me semble en avoir oublié une, et pas des moindres : le repré pas doué. Le pauvre, ce n’est pas de sa faute, il fait tout son possible, mais il accumule les bugs. Tout se ligue contre lui : les libraires qui oublient de le prévenir quand ils s’absentent une journée, le système informatique qui plante… et je dois en oublier.
Vous vous en doutez, si la catégorie me revient en tête aujourd’hui, c’est que je viens de croiser un de ses plus beaux spécimens.
Tout a commencé il y a une quinzaine de jours… Mon jour de repos hebdomadaire avait été modifié, et il s’avère que j’étais donc absente lorsque Madame XXX, représentante de son état est passée (contrairement Madame Michelin, cette repré-là travaille pour plusieurs maisons d’édition, et je n’ai pas vraiment de surnom à lui donner : l’anonymat fera l’affaire…). Elle a travaillé certaines de ses nouveautés avec mes collègues présents et, comme aucun d’entre eux ne voulait prendre la responsabilité de prendre les commandes à ma place sur les rayons qui me concerne, elle m’a laissé un bon de commande présentant brièvement chaque nouveauté. La pratique est courante : quand je reviens, je n’ai qu’à entrer les quantités que je souhaite dans notre logiciel, à imprimer la commande et la faxer. Sitôt dit, sitôt fait.
Appel de ma repré quelques jours plus tard : elle n’avait pas reçu de fax de ma part et venait aux nouvelles. Après quatre essais infructueux, il a fallut se rendre à l’évidence : un de nos fax buggait, impossible d’arriver à quoi que ce soit. Pas grave, j’envoie un mail à l’assistante de ma repré avec copie de ma commande en pièce jointe. Je reçois en échange un accusé de réception : tout va bien, affaire classée… Du moins c’est ce que je croyais !
Mais voilà qu’hier, je reçois à 19h15 un appel de Madame XXX, qui m’annonce un souci avec ma commande. Aïe...
    « - Oui, en fait, je pense que vous avez du faire une erreur de manipulation, parce que sur le mail que vous m’avez envoyé, il n’y a que vos quantités à vous…
    - Bah, non, c’est normal. J’étais la seule absente ce jour là. Pour les autres rayons, vous avez travaillé directement avec mes collègues…
    - Oui, mais en sachant que vous alliez m’envoyer un fax, je n’ai rien noté sur le moment. Je pensais que vous me donneriez une copie de la commande finale.
    - Sauf qu’on ne fait jamais de commande finale, vous devriez le savoir. Chaque chef de rayon édite sa propre commande. Ce n’est pourtant pas la première fois que vous venez…
    - (petit rire bête de mon interlocutrice) Oh, figurez-vous que j’avais oublié ! Mais ce n’est pas grave, vous n’avez qu’à me renvoyer toutes les commandes et on en parle plus.
    - Sauf que je ne les ais pas, moi, ces commandes. Tout est informatisé, je n’ai pas de copie papier.
    - Ah… Eh bien, j’ai une idée ! Vous avez un peu de temps devant vous, là, non ? Je vais vous donner toutes les références une à une, et vous me direz combien vous en avez pris.
    - Là, maintenant, par téléphone ?! (je rappelle qu’il était 19h20 et que le magasin fermait dans 10 minutes…)
    - Ne vous inquiétez pas, ça ne sera pas long. Alors le premier titre, c’est de Guillaume…
    - Stop ! Vous allez me donner les codes barres de chaque livre, ça ira plus vite. Parce que si je dois rechercher chaque référence, on n’est pas sorties de l’auberge ! »

Et j’ai donc passé un bon quart d’heure à lui dire, titre par titre, les quantités commandées. J’étais ravie, vous vous en doutez…
Aujourd’hui, nouveau coup de fil, cette fois de l’assistante de Madame XXX. Pour m’informer que suite à un problème informatique, une partie de nos commandes de nouveautés sur le mois de mars avait été perdue. (super, c’est maintenant que vous vous en rendez compte, alors qu’on est le 30 et que certains titres sont sortis depuis trois semaines ?! Vous auriez pas pu le signaler avant ?!) Mais pas de soucis, me dit joyeusement mon interlocutrice. On n’a qu’à vérifier rapidement par téléphone ce qu’on a reçu ou pas. Ce qui implique de retaper code par code tous les livres… Super, vous m’en voyez ravie !!!
Deux fois en deux jours, ça fait beaucoup : demain, je ne décroche pas mon téléphone de la journée, on ne sait jamais…

mardi 17 mars 2009

M.G. ou le KGB version XXIe siècle

Notre chef bien-aimé, M.G., a régulièrement des accès d’autoritarisme aigu. Il lui suffit de peu de choses pour faire monter la pression : un Gilet bleu qui rit un peu fort, des mauvais chiffres de retours, une pause déjeuner qui se prolonge de quelques minutes après l’heure réglementaire… et patatras, nous voilà plongés dans un climat de pression et de suspicion qui n’a rien à envier aux dictatures.
La dernière crise en date remonte à une quinzaine de jours. M.G était sur les nerfs depuis début janvier, l’absence de clients lui minant le moral. Nous avions déjà eu le droit à de longs discours sur la nécessité de rester concentrés, de ne pas se dissiper, de ne pas oublier que le client est roi, que nous n’avions pas à discuter de nos vies privées dans le magasin car cela pouvait perturber ledit client, etc etc. (continuez sur les mêmes arguments pendant quelques heures et vous aurez un fidèle aperçu de ce que ça donnait).
Début février, M. G. est parti en vacances pour se détendre. Tous les Gilets bleus ont donc poussé un soupir de soulagement, en espérant que les choses redeviendraient un peu plus cools à son retour. Que nenni.
A son arrivée, il a passé la journée entière à inspecter les chiffres de retours (pas assez élevés, vous n’avez pas fait suffisamment d’efforts, il reste encore 3500 livres de trop !). A examiner chaque table (pourquoi n’avez-vous pas retourné cette nouveauté ?! elle est là depuis décembre. Et cette table thématique, là, fallait l’enlever). A épier nos moindres faits et gestes (vous allez où encore ? – Euh, aux toilettes… - Mais vous y avez été y’a moins d’une heure ! – J’ai mes règles, je dois changer mon tampon. Je vous ramène l’ancien pour preuve, ou vous me laissez y aller ? – Euh… non, allez-y). Bref, à guetter la moindre occasion pour nous tomber dessus. Occasion qui s’est jetée dans les bras quand, à la question « Vous n’avez rien à signaler sur la semaine dernière ? Tout s’est bien passé ? », l’une d’entre nous a trouvé le moyen de répondre qu’elle avait trouvé l’ambiance un peu trop « récréative ».
Récréative. Le mot était lâché. Le sang de M.G. n’a fait qu’un tour. Et dès le lendemain, une pluie de mesures s’abattait sur nous. Je vous en cite quelques unes, histoire de vous donner une idée.
- A dix heures tapantes, quand le magasin ouvre, chacun doit être à son poste, mains sur le clavier, œil vif, prêt à affronter le rush de 10 heures (soit généralement trois clients, dans les jours fastes). Nous devons attendre 10h10, une fois les premiers clients renseignés, pour aller chercher notre arrivage du jour sur l’avant du magasin. L’idéal étant bien sûr que nous arrivions à 9h45 pour débarrasser les bacs d’arrivage avant l’ouverture du magasin (sans être payés évidemment, il ne faut pas trop en demander non plus : travailler plus pour gagner autant, c’est un nouveau concept).
- Les blagues sont interdites : M.G. ne veut plus entendre un seul gloussement pendant les heures de travail. Mettons-nous à la place du client, qu’en penserait-il ? (bah, soit ils rigolent avec nous, soit ils nous disent qu’au moins ici, il y a une bonne ambiance, c’est plus sympa… mais bon…faut croire que ça perturbe M.G.)
- Pas plus de deux Gilets bleus au même endroit. Occupation stratégique de l’espace : voilà le mot d’ordre. Et toute réunion de deux personnes doit avoir un but professionnel. Interdiction de parler de nos vies privées, on a les pauses déjeuner pour cela. Et on peut aussi se voir en dehors des heures de travail (mais pas trop tard, il en a marre de voir des visages fatigués autour de lui).
- Le coin accueil/caisse devient une zone protégée où Izzou doit se morfondre seule. N’y sont tolérés que ceux qui ont besoin de la machine à étiquettes ou ceux qui couvrent des livres (dans la limite de deux heures par semaine). Tout Gilet bleu surpris à l’accueil sans motif valable se verra convoqué dans le bureau de M.G.
Je vous ais fait une sélection des mesures phares du plan de durcissement, tout en vous gardant pour une prochaine fois les grandes théories de M. G. sur le travail en équipe (ça vaut le détour).
Admirez en tout cas le sens du management de notre chef bien-aimé, qui constatait avec satisfaction auprès de JB (son adjoint) que les choses s’étaient grandement améliorées. (Si on exempte les crises d’angoisse et la dépression qui nous guettent à force d’être espionnés, l’ambiance glaciale qui règne désormais dans le magasin et la tension due aux actes de délation, oui, on peut dire que ça s’est amélioré. Tout est une question de point de vue me direz-vous…)

lundi 16 mars 2009

Zen, restons zen

Arrive aujourd’hui une dame armée d’un papier, qu’elle me brandit sous le nez en me demandant « Est-ce que vous avez ce livre ? ». Je jette un œil sur ledit papier, où, d’une soigneuse écriture avec moult arabesques, est écrit : Castor Poche Flammarion Françoise Rachmuhl. Si on analyse ces informations, on s’aperçoit qu’il y a un léger détail qui manque. J’ai le nom de l’auteur, l’éditeur et même la collection, mais où est passé le titre ?!
    « - Alors, vous l’avez ou pas ?
    - Euh… Comment dire… Vous n’avez pas noté le titre du livre et Françoise Rachmuhl a écrit une petite dizaine de livres chez Flammarion…
    - Mais si, y’a le titre. Regardez : Castor Poche.
    - Non, ça c’est le nom de la collection.
    - Mais alors, vous l’avez ce livre ?
    - Je ne sais pas de quel livre de Françoise Rachmuhl il s’agit. Il faut que vous demandiez à votre fils…
    - Ma fille.
    - A votre fille lequel il lui faut.
    - Je ne comprends pas. Le livre, vous l’avez ou non ?
    - (ne pas craquer… zen…) J’ai certains livres d’elle…
    - Ah, bah voilà. Ils sont où ?
    - Le long des vitrines, avec les poches jeunesse.
    - Vous pouvez me le donner ?
    - Lequel ? Je n’ai toujours pas le titre !!! Il faut demander à votre fille plus de renseignements et revenir ensuite…
    - Donc vous ne l’avez pas.
    - (tant pis, je laisse tomber l’affaire) Non, je ne l’ai pas et je ne peux pas le commander.
    - Mais alors, je peux le trouver où ?
    - Voyez à la Fnac ! Bonne journée. »

Oui, je sais, c’était un peu sadique de ma part de la renvoyer vers un confrère qui n’avait rien demandé. Mais sur le coup, je n’ai pas trouvé d’autres solutions pour m’en débarrasser. Je plaide coupable, j’avoue, mais vous pouvez quand même m’accorder des circonstances atténuantes, non ?

samedi 14 mars 2009

Et ils pompaient, et ils pompaient...

Il y a des jours où on se dit qu’on ferait mieux de rester couché. Aujourd’hui par exemple… Pas un chat dans le magasin, on se croirait dans une ville fantôme. Les rares passants sont autonomes, et la dépression nous guette : pas une seule demande en une heure de temps ce matin, l’arrivage du jour rangé en moins d’une heure, plus de retours possibles pour cause d’inventaire… Bref, rien à faire !
Si, lire, me direz-vous ! Bon, c’est vrai que d’habitude on se plaint de ne pas avoir le temps de feuilleter nos nouveautés. Alors, oui, au début, on est plutôt content, on peut enfin lire ce truc qui avait l’air sympa et qui nous fait de l’œil de puis deux semaines… Mais au bout de la 8e Bd de la journée, moi, je me lasse un peu (et il reste encore deux heures à tenir… au secours !). Surtout quand on se dit que les prochaines semaines vont être dans le même style : plus le droit de faire des commandes ni des retours jusqu’à la fin mars, date de l’inventaire. Et on ne peut pas ranger les rayons tous les jours, vient un moment où tout est nickel… Ca va être long, très long…
(Heureusement, on peut compter sur Force rouge pour nous divertir ! Il vient de débarquer dans le magasin au moment où j’écrivais ces lignes. Sous prétexte de consulter un livre en vitrine, il s’est lancé dans une grande diatribe contre l’émission Pékin Express, truquée selon lui, et d’ailleurs il a lu un article qui disait que… Je vous fais grâce des détails, mais il était en verve ce soir !)

lundi 9 mars 2009

Force rouge

Je poursuis ma présentation de nos clients réguliers par un second phénomène : Force Rouge. C’est un vrai challenge, car tout le charme de Force Rouge tient dans sa façon de parler avec son léger cheveu sur la langue et dans son look toujours très recherché. Cet hiver, c’était par exemple la parka rouge (d’où son surnom), le pull mal mis et deux ou trois sacs à dos. Le tout avec une démarche vacillante et de grands gestes pour accompagner ses propos…
La première fois que je l’ai rencontré, il est venu vers moi d’un air paniqué, avec dans les mains « L’économie pour les nuls » et un autre livre d’introduction à l’économie destiné cette fois aux étudiants : que devait-il prendre ?! J’essaye de lui expliquer que le choix dépendra de ses connaissances actuelles en économie et du degré d’approfondissement qu’il souhaite (s’il n’y connaît vraiment rien, le bouquin étudiant n’est sans doute pas l’idéal) mais rien n’y fait. Il n’attend pas de moi des conseils, mais que je choisisse à sa place (ce que je finis par faire, un peu au hasard, en maudissant JB de ne pas être à son poste pour que lui renvoie Force Rouge).
Sur ce, je retourne à mes chères BD, quand soudain, j’entends à nouveau sa voie zozottante qui me demande mon avis sur un album. Parce qu’il avait lu « Maus » de Spiegelman, que ça lui avait vraiment plu et qu’il cherche d’autres BD sur le sujet. Et me voilà partie pour 20 minutes de calvaire à lui présenter différentes BD sur la Seconde guerre mondiale, pour l’entendre demander à chaque fois si c’est aussi bien que « Maus » (mais « Maus » est un chef d’œuvre, peu de BD sur le même sujet peuvent tenir la comparaison, alors arrêtez de me poser cette question !). Finalement, je sors une bonne dizaine de BD, rien ne lui plait et je sature.
Je lui annonce que j’ai fait le tour, que je n’ai plus rien à lui montrer. Je crois en être débarrassée, mais non ! Il se lance alors dans la grande discussion « Mais pourquoi les mangas marchent-ils autant en France ? ». Discussion que j’ai déjà du avoir une bonne trentaine de fois, mais que je ne suis pas franchement en état de tenir alors que je n’ai qu’une envie : qu’il me laisse tranquille. Ce qu’il finira par faire 15 minutes plus tard (argh). Pour aller demander à notre papetier, qu’il croise sur son chemin, s’il doit prendre « L’économie pour les nuls » ou l’autre livre d’économie… Snif… (faut savoir qu’il avait déjà posé la question à JB avant d’aller me trouver… re-snif).

Elle court, elle court, la maladie d’amour…

J’étais tranquillement plongée dans mes bd d’occasion quand j’entendis soudain une voix familière me demander « Mademoiselle, est-ce que vous pouvez me servir ? » : le Loup blanc était de retour ! Impossible de faire celle qui ne l’a pas vu, il se tenait juste devant moi (snif). Me voilà donc à le renseigner sur des ouvrages complètement introuvables car épuisés depuis une dizaine d’années, en lui répétant pour la 100e fois qu’on ne peut pas lui commander un livre s’il est épuisé chez l’éditeur. « Ah ? Bon… Dommage ». Ouf, sauvée, corvée du jour terminée…
Du moins c’est ce que je croyais ! Je fais mine de retourner à mes chères BD, lui ne bouge pas et reste planté là, fixant d’un air méditatif les rayonnages…
    « - Euh… Il vous fallait autre chose Monsieur Fxxx ?
    - Tous ces livres… Vous faites comment pour les ranger ?
    - Bah… Par grandes thématiques puis généralement par ordre alphabétique d’auteurs. Pourquoi ?
    - Vous comprenez, chez moi, j’ai des livres partout. J’ai des livres dans mon couloir, j’ai des livres dans mon salon, j’ai des livres dans mes toilettes, j’ai des livres dans ma chambre, j’ai des…
    - Oui, je crois que j’ai compris. Vous avez plein de livres. Et ?
    - Et je ne sais pas comment les ranger. Du coup, je ne retrouve rien et je rachète des livres que j’ai déjà.
    - Faites comme ici. Dispatchez en grandes thématiques puis classez…
    - Oh là là… C’est beaucoup de travail ça. Ce n’est plus de mon âge… (instant de médiation) Ca vous ne vous dirait pas à vous, de venir chez moi ? (le tout dit avec un air qui vous fait craindre le pire et voir plein de sous-entendus…)
    - Euh, non, merci, j’ai beaucoup de choses à faire vous savez… (alerte, alerte)
    - Je vous paierai bien sûr. Un travail au noir, ça ne vous intéresse pas ? Et puis, vous faites ça toute la journée ici…
    - C’est vraiment gentil de proposer cela, mais, non, ça ne me dit rien… (mais comment je vais me sortir de là, moi ?!)
    - Ah… (mine déçue ; un silence puis une illumination : il vient d’avoir une idée !) Et votre collègue, la demoiselle blonde adorable ?
    - Bella ? Ma collègue en littérature ?
    - Oui, celle là. Elle est très gentille, j’aime bien quand c’est elle qui me renseigne…
    - (ouf… il a trouvé une autre cible) Euh, je lui parlerai de votre offre…
    - Elle est vraiment adorable et elle travaille bien. Je suis sûr qu’elle pourrait me ranger mes livres…
    - Euh… Oui, oui, je lui transmettrai… »

Il a encore insisté quelques minutes avant de se décider à partir (enfin !). Je crois qu’il est décidément très accroché à Bella…
Comme promis, j’en ai parlé à Bella le lendemain et elle a été… transportée par cette proposition, cette déclaration cachée, ce rendez-vous intime… Bon, en fait, elle a paniqué en se demandant comment échapper à Monsieur Fxxx à la prochaine visite. Mais je suis sûre qu’au fond d’elle, elle était heureuse de se connaître un prétendant transi… (moi, moqueuse ? non, jamais… vous me connaissez…)

1 - 0 pour Madame Michelin

Ceux qui lisent ce blog depuis quelques temps se souviendront sans doute de mes démêlés avec Madame Michelin et de nos négociations acharnées. Et bien voilà, le fameux guide rouge Michelin est sorti, avec tout le tapage médiatique qui va avec. (Je passerais outre le fait que tous les médias l’annonçaient pour le 2 mars alors qu’il n’est sorti que le 5, un bug peut arriver à tout le monde…même si c’est courant chez Michelin depuis quelques années).
Allons donc à l’essentiel : d’après vous, combien ai-je reçu d’exemplaires ? Les 20 que j’avais demandés ? Non, ça aurait été trop facile, Madame Michelin n’est pas du genre à abandonner si facilement. Cherchez un peu… 100 ? Non, tout de même, n’exagérons pas. 50 ? Ah, vous vous approchez. 60 ? Bravo, vous y êtes !
Juste le triple de ce que j’avais demandé, pas de quoi en faire un plat me direz-vous. Et puis, ils ont quand même réduit de 20 exemplaires par rapport à l’an passé, ça s’améliore ! Bon, effectivement, si on le prend avec tant d’optimisme, on se dit que dans deux ans j’en aurais enfin la bonne quantité…
En attendant, comme M.G. n’est pas si philosophe (et que l’inventaire approche), il a bien fallut retourner les 40 exemplaires du guide en surplus. Ce qui veut dire 40 étiquettes à décoller (comme si je n’avais que cela à faire) et surtout appeler Madame Michelin pour éviter que le retour soit refusé par l’éditeur sous prétexte que le guide vient de sortir… J’ai confié cette lourde tâche à M.G. (beaucoup plus impressionnant que moi auprès des représ).
    « - Bonjour. Ici M.G. de la librairie XXX. Je vous appelle car nous avons reçu 60 exemplaires du guide rouge au lieu des 20 que nous avions commandés. Et aucun du guide Paris d’ailleurs…
    - Ah bon, vous êtes sûrs ? Parce que j’avais pourtant bien noté 20 exemplaires…
    - Oui, je suis sûr.
    - Alors, attendez, je vérifie… Ah, voilà, j’ai ici une commande d’un box de 60 exemplaires, et c’est noté « Ok, vu avec Babette ». Tout s’explique !
    - Formidable… Sauf que nous n’avons aucune Babette dans l’équipe…
    - Ah, vous êtes sûr ?
    - (crispation de M.G…. mauvais signe) Ecoutez, c’est tout de même mon magasin et je connais mon équipe. Alors arrêtez de me demandez toutes les minutes si je suis sûr de moi. Qui est cette Babette, je m’en contrefiche. Ce que je voudrais, c’est une autorisation de retour pour les 40 exemplaires que je n’avais pas commandés, et l’assurance que ce genre d’abus ne se reproduira plus.
    - Une autorisation de retour, mais, pour quoi faire ? Vous n’allez pas retourner de guide rouge, tout de même ?
    - Je vais me gêner ! Ils sont déjà en bac, prêts à être renvoyés à l’expéditeur !
    - Ah oui, je vois, vous me faites marcher, c’est ça ? Vous êtes un petit plaisantin vous ! »

Non, non, ce n’est pas une blague. Je vous jure qu’elle a vraiment dit ça à un directeur de magasin qu’elle n’avait jamais vu. Directeur qui l’a très mal pris d’ailleurs…
Quand je vous disais que Madame Michelin valait le détour...