On a beau dire, les libraires sont eux aussi des êtres humains. Proches de la perfection certes (non, non, mes chevilles vont très bien, je vous l’assure), mais humains quand même. Il leur arrive donc de perdre (parfois, presque jamais, tellement rarement que ça vaut à peine le coup d’en parler) leur légendaire sang-froid. Et dans leurs quelques moments d’énervement, les libraires frappent fort... Très fort… Laissez moi vous narrer la naissance d’El diablo…
Tout commence le vendredi 19 décembre, premier jour des vacances de Noël pour nos charmants bambins. En décembre, il fait froid, c’est bien connu, et le froid n’est pas propice aux longues discussions passionnantes. Six adolescents du collège ZEP d’à côté ont alors trouvé une merveilleuse idée : pourquoi se geler dehors, alors qu’une belle librairie sans vigile nous tend les bras ? Et en plus, il y a de magnifiques coussins dans le rayon jeunesse ! (bon, de base, ils sont plutôt là pour que les plus jeunes puissent s’installer pendant les séances de contes, mais peu importe !) Les voici donc installés comme chez eux, ou, devrais-je dire, vautrés comme sur leur lit. Plus personne ne peut accéder au rayon ? Pas grave, ils sont au chaud !
Germaine, notre Miss Jeunesse, tente timidement de les faire déguerpir : en vain. Bella tente de relever le défi : raté. N’y tenant plus, elles font alors appel à Miss BD (votre dévouée blogueuse) devenue la spécialiste en la matière (ou comment faire comprendre à un adolescent boutonneux qui lit des mangas depuis des heures qu’il n’est plus le bienvenu, tout en gardant un air souriant et poli).
- « Bonjour ! Vous êtes au courant que vous êtes dans une librairie et pas dans un salon de thé ?
- (encéphalogrammes plats) …
- Je veux dire par là qu’il faudrait vous tenir correctement, pas allongés dans les coussins, et parler moins fort. Voire sortir, puisque vous n’avez rien à faire là.
- (regards de veaux morts) …
- Vous comprenez, vous gênez. Et en plus, vous n’êtes même pas en train de lire…
- (première réaction : l’un d’entre eux me regarde d’un air buté, tend la main et récupère le premier livre qui passe à sa portée) Bah, si, on lit (le fait que le livre en question soit destiné aux 1-3 ans ne semble pas le perturber plus que ça…)
- (légère crispation, mais restons zen) Okay… Bon, je vais vous le redemander gentiment : est-ce que vous pourriez sortir, s’il vous plait ?
- (deuxième réaction : un autre me regarde d’un air méprisant en croisant les bras, d’un air de dire « causes toujours, tu m’intéresses »)
- D’accord… Alors, je vais vous le dire d’une autre façon. Est-ce que vous pourriez vous barrer ? (les fans reconnaîtront une réplique mythique de Kaamelott)
- (ah, léger tic de la mâchoire… ça y est, le contact est établi, il suffisait de parler leur langue) Ouais, M’mdam, pourquoi vous vous énervez comme ça ?
- Ouais, c’est vrai ça, faut pas nous parler comme ça, on avait compris, on se préparait à partir…
- Ah ? Parce que chez vous, croiser les bras, c’est une façon de vous lever ?
- Ouais (et là, ils croisent tous les bras… Soupape de sécurité dépassée, alerte rouge…)
- Bon, écoutez, on va arrêter ce petit jeu tout de suite et vous allez sortir. D’accord ?
- Et sinon ? Vous allez faire quoi ? Nous virer ?
- Pardon ?
- Bah ouais ! Vous allez vous prendre par le cou et nous virer ? (ricanements stupides de toute la bande)
- (Tant pis pour le calme légendaire : ils veulent jouer ? ok, allons-y) Vous dégager vous, non, je ne peux pas. Par contre, ça, je peux (le tout en empoignant un de leurs sacs à dos et en lui faisant faire un magnifique vol plané jusqu’au caniveau… Bouche bée de mes caïds pendant quelques secondes)
- Ouais, M’mdam, pourquoi vous avez fait ça ? (il est à la limite de se frotter les yeux pour vérifier qu’il ne rêve pas)
- Bah, pour vous monter le chemin de la sortie, puisque vous ne sembliez pas comprendre… »
Là, tout s’enchaîne très vite : ils montent en pression, moi aussi (j’ai l’impression de voir des copies de mon frangin en pleine crise d’adolescence… argh). Un collègue arrive pour calmer le jeu (sinon, je crois que j’étais partie pour en frapper un… et m’en prendre une après, vu qu’ils étaient six, ne l’oublions pas), il me fait partir au fond du magasin. Ils haussent le ton, un autre collègue rapplique, les échanges fusent. Enfin, après une brève mais violente discussion, les minis caïds s’avouent vaincus et sortent en ronchonnant. Ouf…
Et pendant ce temps, M.G., notre chef bien aimé, est tranquillement resté dans son bureau au fond du magasin, inconscient du drame qui se jouait à quelques pas de lui. D’accord, oui, je l’admets, aucun d’entre nous n’a eu le temps ni le réflexe de l’appeler à la rescousse. Mais bon, il a bien fallut lui expliquer la situation après coup, au cas peu probable où un des parents viendrait défendre sa progéniture. Et là, je n’en menais pas large… (re-ouf, le savon n’a pas été aussi sévère que prévu… Je crois que le coup du sac volant l’a fait sourire plutôt qu’autre chose).
Comme quoi, quand les libraires perdent leur sang-froid, ils ne font pas dans la demi-mesure… Et depuis ce jour, Miss BD a gagné un super surnom de catcheuse, adopté à l’unanimité par les Gilets Bleus : la légende d’El Diablo était née…
Tout commence le vendredi 19 décembre, premier jour des vacances de Noël pour nos charmants bambins. En décembre, il fait froid, c’est bien connu, et le froid n’est pas propice aux longues discussions passionnantes. Six adolescents du collège ZEP d’à côté ont alors trouvé une merveilleuse idée : pourquoi se geler dehors, alors qu’une belle librairie sans vigile nous tend les bras ? Et en plus, il y a de magnifiques coussins dans le rayon jeunesse ! (bon, de base, ils sont plutôt là pour que les plus jeunes puissent s’installer pendant les séances de contes, mais peu importe !) Les voici donc installés comme chez eux, ou, devrais-je dire, vautrés comme sur leur lit. Plus personne ne peut accéder au rayon ? Pas grave, ils sont au chaud !
Germaine, notre Miss Jeunesse, tente timidement de les faire déguerpir : en vain. Bella tente de relever le défi : raté. N’y tenant plus, elles font alors appel à Miss BD (votre dévouée blogueuse) devenue la spécialiste en la matière (ou comment faire comprendre à un adolescent boutonneux qui lit des mangas depuis des heures qu’il n’est plus le bienvenu, tout en gardant un air souriant et poli).
- « Bonjour ! Vous êtes au courant que vous êtes dans une librairie et pas dans un salon de thé ?
- (encéphalogrammes plats) …
- Je veux dire par là qu’il faudrait vous tenir correctement, pas allongés dans les coussins, et parler moins fort. Voire sortir, puisque vous n’avez rien à faire là.
- (regards de veaux morts) …
- Vous comprenez, vous gênez. Et en plus, vous n’êtes même pas en train de lire…
- (première réaction : l’un d’entre eux me regarde d’un air buté, tend la main et récupère le premier livre qui passe à sa portée) Bah, si, on lit (le fait que le livre en question soit destiné aux 1-3 ans ne semble pas le perturber plus que ça…)
- (légère crispation, mais restons zen) Okay… Bon, je vais vous le redemander gentiment : est-ce que vous pourriez sortir, s’il vous plait ?
- (deuxième réaction : un autre me regarde d’un air méprisant en croisant les bras, d’un air de dire « causes toujours, tu m’intéresses »)
- D’accord… Alors, je vais vous le dire d’une autre façon. Est-ce que vous pourriez vous barrer ? (les fans reconnaîtront une réplique mythique de Kaamelott)
- (ah, léger tic de la mâchoire… ça y est, le contact est établi, il suffisait de parler leur langue) Ouais, M’mdam, pourquoi vous vous énervez comme ça ?
- Ouais, c’est vrai ça, faut pas nous parler comme ça, on avait compris, on se préparait à partir…
- Ah ? Parce que chez vous, croiser les bras, c’est une façon de vous lever ?
- Ouais (et là, ils croisent tous les bras… Soupape de sécurité dépassée, alerte rouge…)
- Bon, écoutez, on va arrêter ce petit jeu tout de suite et vous allez sortir. D’accord ?
- Et sinon ? Vous allez faire quoi ? Nous virer ?
- Pardon ?
- Bah ouais ! Vous allez vous prendre par le cou et nous virer ? (ricanements stupides de toute la bande)
- (Tant pis pour le calme légendaire : ils veulent jouer ? ok, allons-y) Vous dégager vous, non, je ne peux pas. Par contre, ça, je peux (le tout en empoignant un de leurs sacs à dos et en lui faisant faire un magnifique vol plané jusqu’au caniveau… Bouche bée de mes caïds pendant quelques secondes)
- Ouais, M’mdam, pourquoi vous avez fait ça ? (il est à la limite de se frotter les yeux pour vérifier qu’il ne rêve pas)
- Bah, pour vous monter le chemin de la sortie, puisque vous ne sembliez pas comprendre… »
Là, tout s’enchaîne très vite : ils montent en pression, moi aussi (j’ai l’impression de voir des copies de mon frangin en pleine crise d’adolescence… argh). Un collègue arrive pour calmer le jeu (sinon, je crois que j’étais partie pour en frapper un… et m’en prendre une après, vu qu’ils étaient six, ne l’oublions pas), il me fait partir au fond du magasin. Ils haussent le ton, un autre collègue rapplique, les échanges fusent. Enfin, après une brève mais violente discussion, les minis caïds s’avouent vaincus et sortent en ronchonnant. Ouf…
Et pendant ce temps, M.G., notre chef bien aimé, est tranquillement resté dans son bureau au fond du magasin, inconscient du drame qui se jouait à quelques pas de lui. D’accord, oui, je l’admets, aucun d’entre nous n’a eu le temps ni le réflexe de l’appeler à la rescousse. Mais bon, il a bien fallut lui expliquer la situation après coup, au cas peu probable où un des parents viendrait défendre sa progéniture. Et là, je n’en menais pas large… (re-ouf, le savon n’a pas été aussi sévère que prévu… Je crois que le coup du sac volant l’a fait sourire plutôt qu’autre chose).
Comme quoi, quand les libraires perdent leur sang-froid, ils ne font pas dans la demi-mesure… Et depuis ce jour, Miss BD a gagné un super surnom de catcheuse, adopté à l’unanimité par les Gilets Bleus : la légende d’El Diablo était née…
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