jeudi 29 janvier 2009

Des étudiants sans gêne

Sans y est. La future élite élite de la Nation (enfin, si on veut) est enfin retournée à ses cours, après une semaine de vacances pour se remettre des examens. Et revoici les Gilets blues qui courent partout à la sortie des amphis, quand une quarantaine d'étudiants débarquent en même temps pour nous demander quarante bouquins différents (à se demander combien de filières il existe en face).
Hier midi, en plein dans les pauses déjeuner, les Gilets bleus présents essayaient donc de se multiplier pour faire face sur tous les fronts. Chacha, responsable des sciences humaines, entend alors le téléphone de son poste sonner avec insistance. Slalomant entre les clients, donnant un livre par ci, un par là, elle parvient peu à peu à remonter le flux en direction du fameux téléphone. Plus que quelques mètres, et trois clients. Ca y est,elle fait le tour du bureau, c'est la dernière ligne droite... Et arrive juste à temps pour voir une cliente soulever le combiné puis raccrocher... Coup bas, Chacha est déstabilisée. Elle parvient quand même à demander à la cliente les raisons de son geste. Simple : les sonneries répétées agaçaient le tympan de Mademoiselle, qui a décidé qu'elle en avait marre de s'écorcher les oreilles. Tout bête non? Je m'étonne qu'on nous ait jamais fait ce coup là auparavant...

Monsieur Fxxx dit Le loup blanc

Je me suis aperçue, à mon plus grand désespoir, que j'avais jusqu'à présent omis de vous parler de Monsieur Fxxx, un de nos fidèles habitués qui contribuera à lui seul au rapide développement de ce blog. En effet, que d'anecdotes à raconter à son sujet !

Je vais commencer par une rapide présentation du personnage. Monsieur Fxxx est un monsieur de 82 ans, qui a repris des études d'histoire à la fac qui se trouve juste en face de la librairie. Pour être exacte, il s'intéresse plus particulièrement à la Seconde guerre mondiale et nous demande régulièrement des ouvrages sur le sujet (pour la plupart édités avant 1975, épuisés depuis plus de dix ans et donc complètement introuvables, mais ça, c'est une autre histoire). Monsieur Fxxx a par ailleurs une voix grave, traînante, que tout gilet bleu sensé à appris à éviter (sauf s'il a un bon quart d'heure de disponible devant lui, car Monsieur Fxxx prend son temps).

Lors de sa première visite, Monsieur Fxxx est tombé sur Bella et lui a demandé, le plus naturellement du monde, si nous avions des « cartes postales euh... comment dire... vous voyez quoi... ». Face au manque de réaction de Bella, il a été contraint de préciser qu'il s'agissait de « cartes postales... cochonnes ». Bella, parlant à un papy de 82 ans (je le rappelle) a innocemment pensé qu'il voulait « des cartes avec des cochons, c'est ça?» (si, si, véridique, je n'invente rien). Sa réponse (« non, des cartes postales olé olé. Erotiques quoi... ») ne laissant cette fois plus aucun doute, Monsieur Fxxx était désormais fiché.

On a d'ailleurs appris quelques mois plus tard, par Germaine qui assistait à la scène, que Monsieur Fxxx avait été expulsé du cyber café du coin parce qu'il consultait des sites pornos. A 82 ans, c'est pas mignon ça? Il est depuis lors devenu l'idole d'Izzou, qui trouve ça formidable qu'un retraité se mette aux nouvelles technologies uniquement pour mater des sites pornos... C'est vrai qu'il faut le faire...

jeudi 22 janvier 2009

El diablo

On a beau dire, les libraires sont eux aussi des êtres humains. Proches de la perfection certes (non, non, mes chevilles vont très bien, je vous l’assure), mais humains quand même. Il leur arrive donc de perdre (parfois, presque jamais, tellement rarement que ça vaut à peine le coup d’en parler) leur légendaire sang-froid. Et dans leurs quelques moments d’énervement, les libraires frappent fort... Très fort… Laissez moi vous narrer la naissance d’El diablo…

Tout commence le vendredi 19 décembre, premier jour des vacances de Noël pour nos charmants bambins. En décembre, il fait froid, c’est bien connu, et le froid n’est pas propice aux longues discussions passionnantes. Six adolescents du collège ZEP d’à côté ont alors trouvé une merveilleuse idée : pourquoi se geler dehors, alors qu’une belle librairie sans vigile nous tend les bras ? Et en plus, il y a de magnifiques coussins dans le rayon jeunesse ! (bon, de base, ils sont plutôt là pour que les plus jeunes puissent s’installer pendant les séances de contes, mais peu importe !) Les voici donc installés comme chez eux, ou, devrais-je dire, vautrés comme sur leur lit. Plus personne ne peut accéder au rayon ? Pas grave, ils sont au chaud !
Germaine, notre Miss Jeunesse, tente timidement de les faire déguerpir : en vain. Bella tente de relever le défi : raté. N’y tenant plus, elles font alors appel à Miss BD (votre dévouée blogueuse) devenue la spécialiste en la matière (ou comment faire comprendre à un adolescent boutonneux qui lit des mangas depuis des heures qu’il n’est plus le bienvenu, tout en gardant un air souriant et poli).

- « Bonjour ! Vous êtes au courant que vous êtes dans une librairie et pas dans un salon de thé ?
- (encéphalogrammes plats)
- Je veux dire par là qu’il faudrait vous tenir correctement, pas allongés dans les coussins, et parler moins fort. Voire sortir, puisque vous n’avez rien à faire là.
- (regards de veaux morts)
- Vous comprenez, vous gênez. Et en plus, vous n’êtes même pas en train de lire…
- (première réaction : l’un d’entre eux me regarde d’un air buté, tend la main et récupère le premier livre qui passe à sa portée) Bah, si, on lit (le fait que le livre en question soit destiné aux 1-3 ans ne semble pas le perturber plus que ça…)
- (légère crispation, mais restons zen) Okay… Bon, je vais vous le redemander gentiment : est-ce que vous pourriez sortir, s’il vous plait ?
- (deuxième réaction : un autre me regarde d’un air méprisant en croisant les bras, d’un air de dire « causes toujours, tu m’intéresses »)
- D’accord… Alors, je vais vous le dire d’une autre façon. Est-ce que vous pourriez vous barrer ? (les fans reconnaîtront une réplique mythique de Kaamelott)
- (ah, léger tic de la mâchoire… ça y est, le contact est établi, il suffisait de parler leur langue) Ouais, M’mdam, pourquoi vous vous énervez comme ça ?
- Ouais, c’est vrai ça, faut pas nous parler comme ça, on avait compris, on se préparait à partir…
- Ah ? Parce que chez vous, croiser les bras, c’est une façon de vous lever ?
- Ouais (et là, ils croisent tous les bras… Soupape de sécurité dépassée, alerte rouge…)
- Bon, écoutez, on va arrêter ce petit jeu tout de suite et vous allez sortir. D’accord ?
- Et sinon ? Vous allez faire quoi ? Nous virer ?
- Pardon ?
- Bah ouais ! Vous allez vous prendre par le cou et nous virer ? (ricanements stupides de toute la bande)
- (Tant pis pour le calme légendaire : ils veulent jouer ? ok, allons-y) Vous dégager vous, non, je ne peux pas. Par contre, ça, je peux (le tout en empoignant un de leurs sacs à dos et en lui faisant faire un magnifique vol plané jusqu’au caniveau… Bouche bée de mes caïds pendant quelques secondes)
- Ouais, M’mdam, pourquoi vous avez fait ça ? (il est à la limite de se frotter les yeux pour vérifier qu’il ne rêve pas)
- Bah, pour vous monter le chemin de la sortie, puisque vous ne sembliez pas comprendre… »
Là, tout s’enchaîne très vite : ils montent en pression, moi aussi (j’ai l’impression de voir des copies de mon frangin en pleine crise d’adolescence… argh). Un collègue arrive pour calmer le jeu (sinon, je crois que j’étais partie pour en frapper un… et m’en prendre une après, vu qu’ils étaient six, ne l’oublions pas), il me fait partir au fond du magasin. Ils haussent le ton, un autre collègue rapplique, les échanges fusent. Enfin, après une brève mais violente discussion, les minis caïds s’avouent vaincus et sortent en ronchonnant. Ouf…

Et pendant ce temps, M.G., notre chef bien aimé, est tranquillement resté dans son bureau au fond du magasin, inconscient du drame qui se jouait à quelques pas de lui. D’accord, oui, je l’admets, aucun d’entre nous n’a eu le temps ni le réflexe de l’appeler à la rescousse. Mais bon, il a bien fallut lui expliquer la situation après coup, au cas peu probable où un des parents viendrait défendre sa progéniture. Et là, je n’en menais pas large… (re-ouf, le savon n’a pas été aussi sévère que prévu… Je crois que le coup du sac volant l’a fait sourire plutôt qu’autre chose).

Comme quoi, quand les libraires perdent leur sang-froid, ils ne font pas dans la demi-mesure… Et depuis ce jour, Miss BD a gagné un super surnom de catcheuse, adopté à l’unanimité par les Gilets Bleus : la légende d’El Diablo était née…

samedi 17 janvier 2009

Vive les candidatures spontanées !

Pour cet article, je ne ferais aucun commentaire. Je me contenterais de vous retranscrire mot pour mot une lettre de motivation que nous avons reçu à la librairie il y a quelques temps. Vous allez voir, elle vaut le détour…

« Madame, Monsieur,

Je me permets de vous écrire pour postuler à un emploi dans votre librairie. Etant un jeune écrivain tout à fait inconnu et dépourvu de relations, je vous prie d’être assez aimable pour m’envoyer au préalable une lettre de recommandation auprès de vous-même.
Vous tâcherez de mentionner, en plus de mon sérieux et de ma motivation, mes aptitudes tant pour le poste de conseiller libraire – étant étudiant en deuxième année de lettres et philosophie – que pour ceux d’hôte de caisse, préparateur de commande, manutentionnaire – j’ai une bonne condition physique – et chauffeur. Mes violons d’Ingres sont principalement le piano, la lecture et mes amis. Je me déplace à vélo. N’oubliez pas d’ajouter que j’ai pris des cours de théâtre pendant quatre ans. En effet, s’il s’avère que je suis finalement un caissier comme un autre, je pourrais au moins faire semblant d’être bon en étant crédible.
L’été dernier, j’ai cueilli, classé, rangé, empaqueté, fiché et vendu des légumes dans des fermes et des marchés au Canada. Je voudrais appliquer ce que j’ai appris là-bas à des nourritures plus célestes, en travaillant en parallèle avec mes études pour alléger financièrement mes parents. Je ne suis pour l’instant qu’un excellent distributeur de quotidiens gratuits à la sortie du métro parisien mais j’aspire à devenir excellent chez vous.
J’aimerais donc travailler dans votre librairie du Nouveau Quartier Latin qui est très proche de mon domicile, toute l’année scolaire à temps partiel, pendant les vacances scolaires à temps plein et l’été prochain également. Voici les créneaux où je suis libre pour travailler chez vous dès maintenant :
- le lundi à partir de 11 heures,
- le mardi jusqu’à midi,
- le mercredi de 11 heures à 15 heures,
- le jeudi toute la journée,
- le vendredi jusqu’à 11 heures puis à partir de 17 heures,
- le samedi et le dimanche toute la journée.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués. »