mardi 22 décembre 2009

De l’intérêt des bonnes manières

Y’a des jours où on ferait mieux de rester coucher, moi je vous le dit ! La journée avait pourtant bien commencé, mais tout a basculé en fin de matinée…
Une petite mamie adorable vient me demander un livre de cuisine que j’étais sûre d’avoir dans le rayon. Je l’avais vu la veille encore, il n’était pas dans le journal des ventes, il était donc quelque part dans le magasin. La question était de savoir où, puisqu’il n’était plus à sa place habituelle… Alors que je retourne vérifier sur l’ordinateur les références du livre, je me fais alpaguer en route par une cliente à l’air un peu hautain qui me demande le dernier livre de Macha Méril (super référence…).
    « Désolée, Madame, je suis déjà occupée avec une cliente. Si vous voulez regardez dans le rayon savoir vivre, il est rangé là normalement. »

Je retourne voir ma petite mamie, Madame arrive trente secondes plus tard avec un « Je n’ai pas trouvé »
    «- Ecoutez, je trouve le livre de Madame, et je suis à vous. Vous avez bien regardé ?
    - Bien sûre, je ne suis pas idiote non plus ! Il va vous falloir longtemps ? Je suis pressée ! (et elle commence à tapoter le sol avec son talon aiguille, argh)
    - Petite mamie, compréhensive : Renseignez Madame, si vous voulez, j’ai tout mon temps, je vais feuilleter quelques livres en attendant… »

Bon, bah quand faut y aller….
Effectivement, pas de Macha Méril en rayon, alors qu’il y est sensé en avoir trois en stock. Ils doivent être sur table quelque part, mais après avoir inspecté chaque dessous de table deux fois, je m’avoue vaincue. Et l’attitude de ma charmante cliente, au téléphone avec une amie à qui elle explique qu’elle va « être en retard, parce que la vendeuse est une incapable qui ne trouve rien », ne m’incite pas à me décarcasser…
    « Désolée, Madame, je ne les trouve pas.
    - Mais vous en avez ?
    - En théorie, oui, mais ça doit être une erreur de stock…
    - Une erreur ? Mais c’est vous qui êtes une pauvre étudiante qui ne connaît rien. Je veux voir un responsable !
    - Vous l’avez devant vous.
    - Ca suffit, assez plaisanté. Vous, vous êtes une étudiante fauchée. Je veux le responsable, le vrai.
    - JE suis la responsable de ce rayon, désolée de vous décevoir…
    - Appelez-moi le directeur… »

Je crois qu’on n’y coupera pas… Allons voir M.G.
    « Excusez-moi de vous déranger, mais Madame veut parler au responsable du rayon pratique…
    - La cliente, excédée : Oui, cette étudiante ne trouve pas mon livre, elle n’est bonne à rien…
    - M. G. : Cette étudiante ? De qui parlez-vous ? Parce que cette jeune femme est la responsable du rayon, et elle connaît bien son travail, je n’ai pas à me plaindre… (et vlan, dans les dents !)
    - Mais elle ne trouve pas mon livre, alors que votre ordinateur dit qu’il est là.
    - Et bien, c’est une erreur de stock. C’était tout ? Bonne journée. »

Madame est repartie furieuse et les mains vides. Dommage, elle aurait bien eu besoin de perfectionner ses manières… Quoiqu’elle est peut-être trop atteinte pour être sauvée par les conseils de Macha Méril…

vendredi 25 septembre 2009

L'épopée du Connect

La rentrée de l’an dernier avait été une horreur : nous manquions cruellement de place, d’expérience, de libraires et surtout de stocks. Nous passions notre temps à faire des commandes clients en jonglant avec un ordinateur pour deux ou trois, ce qui se traduisait par de magnifiques files d’attente devant le bureau...

Cette année, JB, responsable es scolaire, avait donc prévu les choses en grand. On a tassé, poussé les meubles, tassé, bricolé de nouvelles tables, tassé, rajouté un ordinateur, tassé, pour finalement arriver à caser 3000 livres de scolaire (là où on en met d’habitude moins d'un millier, bel exploit). Du coup, on était super fiers de nous, on avait à peu près 90% des ouvrages demandés par nos clients ravis. Hélas, cette parfaite organisation était trop belle pour être vraie. Il a suffit d’une prof, une seule, pour nous faire tourner en bourrique…

A environ cinquante mètres de notre magasin se trouve le collège TM ; la plupart de ses élèves nous connaissent et ont l’habitude de venir acheter leurs livres chez nous. Malheureusement, leurs professeurs ont décidé de nier cet état de fait et refusent de nous communiquer leurs listes à l’avance (ils font partie du public, et n’ont pas à commercer avec les vils employés du privé que nous sommes). Du coup, durant toute l’année scolaire, on se retrouve avec les 30 élèves d’une classe qui nous réclament le même livre à lire pour lundi, alors qu’on en a 1 ou 2 exemplaires dans le magasin : très pénible, pour eux comme pour nous. Et en période de rentrée, ça tourne au cauchemar...

L'année dernière, ils nous avaient réclamé à corps et à cris la collection de wordbook Enjoy English, que nous n'avions évidement pas en nombre conséquent. Du coup, pour cette rentrée, JB avait tout misé sur le Enjoy English : 100 exemplaires de chaque niveau, allons-y, soyons fous! Le seul petit léger détail qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'une nouvelle professeur d'anglais posait ses bagages à TM. Enjoy English? Pff, c'est nul comme collection. Non, ce qui lui plaît à elle, c'est le Connect ! Même éditeur, même approche de l'anglais, mais pas la même présentation... Nous prévenir du changement ? Mais non, pourquoi faire ?! Il est bien connu que les libraires ont une boule de cristal dans leur arrière boutique pour deviner les listes scolaires !

Conclusion, nous avons appris ce minime changement le lendemain de la rentrée, par des élèves de bonne foi nous assurant que seules deux classes de 4e et une de 3e avaient cette professeur. JB commanda donc en urgence une quarantaine de wordbook 4e et une vingtaine de 3e. « Le wordbook Connect? Pas d'affolement, nous en aurons mercredi prochain. » avons nous alors répondu tranquillement à tous les élèves dépités. Sauf que, ledit mercredi, il s'est avéré que notre cher professeur enseignait en fait à cinq classes de 4e et à trois de 3e ! Nos piles de Connect ont fondu comme neige au soleil, et un vent de panique a commencé à souffler...

« Comment ça, y'a plus de Connect ?! Vous aviez dit que vous en receviez aujourd'hui et qu'il y en aurait pour tout le monde ! »

« Vous n'allez en recevoir que la semaine prochaine ?! Et je fais comment moi, j'ai cours demain! »

« Quoi, même votre magasin mère n'en a plus ?! Puisque c'est comme ça, je vais à la Fnac ! » (rappel en passant : la Fnac ne fait pas de manuels scolaires...)

« Et pourquoi vous lui en donnez un, à elle? Je croyais qu'il n'y en avait plus ! [...] Elle l'a réservé?! Mais personne ne m'a dit qu'on pouvait en réserver ! C'est du favoritisme ! »

Etc, etc... A la fin de la semaine, nous avions un radar pour le client Connect, et nous essayions en vain de nous le refiler l'un l'autre pour éviter les remontrances. Une longue traversée du désert commençait pour nous... Il a fallut gérer des pelletées de commandes clients ; des réservations sur les arrivages de piles ; des dizaines de clients à appeler pour leur signaler que cette fois, c'était bon, on avait leur livre ; défendre à grands cris la réserve de Connect mis de côté contre les assauts de collégiens aux mains lestes... Sans oublier la loterie Connect : roulement de tambour, est ce que vous faites partie des heureux élus qui avez reçu votre exemplaire? Et bien non ! Par contre, votre camarade à côté oui ! On applaudit les gagnants ! (et les perdants hurlent au scandale, pour la dixième fois de la journée). Un vrai bonheur...

D'ailleurs, si vous avez un manuel de vaudou pour se venger des professeurs d'anglais pénibles, je suis sûre que JB sera ravi...

vendredi 28 août 2009

Eh ho, eh ho, on retourne au boulot…

Et oui, me revoici après ce mois sans post. J’entends déjà vos soupirs de soulagement : ouf, elle est vivante ! Non seulement vivante, mais toute fraîche, pimpante et reposée par trois semaines de vacances loin du monde des Gilets bleus (enfin, ça c’était valable lundi, la reprise a été dure). Trois semaines géniales, loin du stress, des piles de livres et des clients boulets… Le rêve ! Enfin, tout cela est fini, hélas. Et nous l’avons bien senti…
En effet, notre direction bien-aimée avait décidé la fermeture complète du magasin pour trois semaines, histoire de rogner les budgets. Pas besoin d’embaucher des saisonniers pour remplacer les libraires vacanciers, tous en repos forcé ! D’un point de vue économique, ça se tient peut être (et encore, ça fait trois semaines de ventes en moins), mais rapport à la clientèle c’était pas une bonne idée…
A l’annonce de la fermeture, une bonne partie de nos habitués ont failli faire une syncope (les autres l’ont faite plus tard, en trouvant le magasin fermé). Quoi ?! Trois semaines sans leur dose journalière de livres ? Damned ! Et en plus, ça signifie que les commandes clients faites fin juillet n’allaient arriver que fin août ! Horreur ! Ne serait-il pas possible qu’on ouvre une permanence entre midi et 14h, juste pour qu’ils puissent venir récupérer leurs livres ? (mais bien sûr, on va revenir tous les jours de nos vacances juste pour vos beaux yeux) De toute façon, on est renvoyés à notre magasin principal pendant ce temps, non ? (euh… vous savez, les Gilets bleus sont des travailleurs comme les autres, on a aussi le droit à des vacances). Bref, des cris, des larmes, d’émouvantes séparations, des crises d’angoisse de parents prévoyants qui pensaient acheter les livres scolaires début août, des achats boulimiques (pour être sûrs de tenir en romans jusqu’à notre réouverture)… Que d’émotions !
Lundi, donc, revoici l’équipe au grand complet, un nœud dans le ventre à l’idée des semaines qui vont suivre (si, si, souvenez-vous, c’est la rentrée et son lot de workbook). Nous attendaient gentiment quatre belles palettes de cartons de livres (trois semaines d’arrivage… gloups), avec des centaines de nouveautés à caser sur les tables (et c’est là qu’on se dit qu’on avait pas fait assez de place avant de partir) et des piles de commandes clients à traiter… Le bonheur ! Sans compter que les listes scolaires se multiplient dangeureusement…

samedi 25 juillet 2009

Madame Petite

Par une morne journée où nous n’avions pas grand-chose à faire, j’étais tranquillement en train de discuter quelques minutes avec Izzou lorsque surgit Madame Petite. Non, non, pas l’héroïne rose toute ronde qui a bercé votre enfance avec les autres Monsieur Madame (j’aurais préféré). Non, la cliente pénible par excellence !
Elle débarque dans mon dos et me lance un « je cherche un livre ». Pas de bonjour, pas de s’il vous plait : la politesse était une option qu’elle n’a pas prise. Soit. Madame cherche donc un livre, dont elle ne connaît que le titre : Petite. Oui, juste Petite, et non, elle ne connaît ni l’auteur, ni l’éditeur. Le sujet ? Un témoignage, peut être sur les troubles alimentaires ; ou sur les problèmes d’enfance d’une jeune femme ; enfin, quelque chose dans le genre, mais elle n’est plus tout à fait sûre. Bon… L’affaire s’annonce compliquée.
J’essaye tant bien que mal d’expliquer à Madame que sans mot clé autre que « petite », ça va être quasiment impossible de lui retrouver son livre, mais rien n’y fait. Madame est outrée : c’est bon, elle a compris, je préfère glousser avec ma collègue plutôt que de faire un effort pour chercher son livre (restons zen). Je tâtonne, essaye en vain quelques recherches : rien. Ou plutôt, beaucoup : notre cher logiciel recherche par mots clés et me donne donc toutes les références de livres où le mot petite apparaît dans le titre. Mais il n’est pas capable d’isoler un seul mot clé. Je me retrouve donc avec 4500 pages de résultats (sachant qu’une page contient vingt références, je vous laisse faire le calcul) ! Après dix bonnes minutes, je renonce et explique à Madame qu’il me faudrait plus de renseignements. Ne pourrait-elle pas demander des informations supplémentaires à l’amie qui lui a parlé du livre ? Madame fait la moue et s’en va sans dire un mot (le « au revoir » était là encore en option). Je hausse les épaules, affaire classée, retournons à mon rayon…
Madame Petite repasse devant moi quelques minutes plus tard, avec un air triomphant qui me laisse à penser que j’ai peut être parlé trop vite…
Ca ne tarde pas : M.G. (mon supérieur bien-aimé) déboule peu après et me convoque dans son bureau. Dès ses premiers mots, c’est bon, j’ai gagné mon pari. Vous comprenez, il est bien embêté : depuis deux ans que je travaille ici, c’est la première fois qu’un client vient se plaindre de moi, il ne sait pas comment interpréter ça (évidement, ça ne lui vient pas à l’idée que cette plainte soit due au caractère emporté dudit client, tout est ma faute). Et le voilà parti pour un long discours d’un quart d’heure, dont je vous ferais grâce (retenez les expressions « relâchement de la discipline », « il faut rester concentré », « le client passe avant tout », déclinez-les sous toutes les coutures et vous aurez l’essentiel). Impossible de placer trois mots, il ne veut pas entendre ma version de l’histoire, ça ne l’intéresse pas de savoir qui a tort ou raison, il est juste là pour maintenir la discipline dans le magasin et pour préserver l’image de marque qu’a le Monde du Gilet bleu (et patati, et patata). Intérieurement, je maudis Madame Petite et son fichu caractère : d’accord, je n’ai pas trouvé son livre, mais je suis restée polie et aimable (on ne peut pas en dire autant de sa part) et j’ai fait tout mon possible.
Pourtant, malgré mon envie d’en finir au plus vite, je ne peux pas m’empêcher d’écarquiller les yeux quand M.G. me lance d’un air plein de sous-entendus que lui a réussi à trouver la référence et que ce n’était pas si compliqué que cela (évidement, quand on a accès à un autre logiciel plus élaboré, c’est fou comme les choses deviennent plus simples).
Du coup, il a commandé le livre pour la dame, et il compte sur moi pour redresser l’image qu’elle aura de notre magasin à sa prochaine visite (et re-patati, et-repata : fidélisation de la clientèle, service de qualité, etc, etc). Cause toujours, tu m’intéresses. Lorsque Madame Petite est revenue pour sa commande, j’ai adopté son mode de communication (fallait la mettre à l’aise) : pas de bonjour, pas de sourire, pas de au revoir… Et on s’est très bien comprises cette fois…

lundi 20 juillet 2009

A la recherche du dentiste égyptien…

A force de travailler dans la vente, on finit par avoir le nez pour repérer les clients boulets, ceux qui vont nous enquiquiner pendant trois heures avec une demande super tordue. Pourtant, ce midi, je me suis faite avoir : je sentais la complication, certes, mais j’étais loin de m’imaginer à quel point…
    « - Bonjour… J’ai une question un peu compliquée (et voilà, qu’est-ce que je vous avais dit).
    - Dites moi toujours, on verra bien si j’ai la réponse…
    - Je cherche un livre écrit par Laurent Bognin… ou Pognin… ou Bogien… enfin quelque chose dans ce genre.
    - Euh… Vous connaissez le titre ?
    - Ah, non, pas du tout. En fait, il en a écrit plusieurs, et je voudrais voir quel style il a.
    - D’accord… (ça s’annonce mal parti) Un sujet alors ?
    - C’est un médecin qui écrit des histoires à partir de son travail à l’hôpital.
    - Des romans ou des témoignages ?
    - Des romans voyons ! (évidement, ça va de soi, quelle idiote je fais) »

Pendant ce superbe échange, je m’évertue en parallèle à décliner en vain toutes les variantes de Bognin… Echec complet.
    « - Désolée, mais je ne trouve rien du tout. Vous avez regardé en rayon, à tout hasard ? Le nom va peut être vous sauter aux yeux…
    - Là bas ? En littérature ? Non, y’a que du Balzac, du Beauvoir, du Beckett. Y’a rien ! (merci pour Balzac et cie) Mais vous n’avez pas un rayon pour ça ?
    - « Pour ça » quoi ?
    - Bah, pour les livres écrits par des médecins voyons ! (le tout en me regardant d’un air navré, genre « la pauvre fille, y’en a qui ne sont vraiment pas futés »)
    - Non, désolée. A partir du moment où ils écrivent des romans, ils sont classés avec les autres auteurs.
    - Ah… Et vous n’auriez pas un répertoire avec les noms des auteurs ?
    - Le souci, c’est que vous n’avez pas le nom exact et que mon ordinateur…
    - Mais non ! Pas sur l’ordinateur, sur papier ! (pardon ?!)
    - Euh, Madame, vous vous rendez compte du nombre de volume qu’il faudrait pour référencer tous les auteurs français ?
    - Ah…Ca n’existe pas alors… (au ton de sa voix, il faudrait que je me mette à en rédiger un là, tout de suite, juste pour elle)
    - Euh, non.
    - (moment de réflexion intense de ma cliente) Et en cherchant juste avec Laurent ? Parce que je suis sûre du prénom. (au secours !!!)
    - Alors, là, même problème, il y a des centaines d’auteurs qui se prénomment Laurent…
    - Ah bon… Tant pis alors. »

Pendant un bref instant, j’ai le fol espoir que c’est bon, qu’elle va enfin partir… Mais elle brise toutes mes illusions par un « Sinon, je cherche un autre livre, mais ce n’est pas facile non plus…
    - (snif) Dites moi.
    - Cette fois, c’est un livre écrit par un ancien dentiste égyptien. (help !!!) Je ne me souviens plus du nom ni du titre, mais il est très connu. Il a été traduit dans plusieurs pays.
    - (vous vous y connaissez en dentistes égyptiens auteurs de romans ? moi non) Vous avez une vague idée du nom de l’auteur ? Parce que je ne vois absolument pas de qui il s’agit…
    - Mais si (mais non) il est très connu voyons ! (je rappelle que je m’occupe surtout des BD, moi, je n’y connais rien en littérature égyptienne !) Quelque chose comme Abaloui, Azaoui… Un nom arabe, voyons ! (bah tiens, on est bien avancés avec ça)
    - Ca ne me dit rien du tout, désolée. Mais le rayon littérature arabe est juste là, vous devriez y jeter un coup d’œil, le nom vous reviendra peut être… »

Sur ce, j’avoue m’être lâchement enfuie, abandonnant ma cliente à son triste sort pour me réfugier en salle de pause… En espérant secrètement qu’elle irait harceler un autre de mes collègues. Oui, je sais, je devrais avoir honte…

mercredi 15 juillet 2009

Le magasin arc-en-ciel

Après bientôt deux ans d’ouverture, notre direction bien-aimée a estimé qu’il était temps de nous récompenser de nos bons et loyaux services en investissant de manière pérenne dans notre magasin. Vous vous demandez sans doute avec envie ce qu’ils nous ont offert : une machine à café ? une vraie table pour la salle de pause ? une fontaine à eau ? une climatisation qui réussit à faire descendre la température à moins de 28°C lors des canicules ? (remarquez qu’on n’est pas très exigeants). Eh bien non ! Vous en êtes loin ! Nous avons juste gagné de nouveaux panneaux de signalétique… (je vous sens déçus, là)
Je m’explique… Au dessus de chaque meuble de rayonnage se trouve un néon intégré, avec une ouverture sur le devant, prévue pour intégrer un panneau de signalisation (genre « littérature française », « cuisine », « philosophie » etc.). Jusqu’à présent, par manque de moyen, nous avions tant bien que mal comblé ces ouvertures avec des banderoles en papier bleu épais, accrochées aux meubles avec des aimants. C’était un système assez rustique, j’en conviens... Surtout que le papier avait tendance à gondoler sous l’effet de la chaleur du néon. Et qu’à force de déménager les différents sous-rayons, il nous manquait certains intitulés (par exemple, la fin de la littérature anglaise s’appelait « bilingues », et le rayon comics « rangement » ; logique non ?). Mais, bon, au moins les indications étaient claires (enfin, celles qui étaient justes) et lisibles de loin.
Le nouveau système est plus sophistiqué. Nous avons désormais des encarts aimantés en plexiglas, beaucoup plus pratiques à interchanger. C’est chic, c’est classe, ça fait propre…
L’inconvénient majeur, ce sont les couleurs (bah oui, il fallait bien que ça coince quelque part, le monde serait trop beau sinon). Notre chère direction a en moyenne 60 ans d’âge (avec une pointe dépassant les 75 ans) et se souvient encore avec nostalgie de l’époque pré-informatique. Epoque bénie où on remplissait amoureusement les bons de commande à la main, en traçant de belles arabesques, et où chaque grand rayon avait sa propre couleur de bons. Rouge pour la littérature, marron pour le droit, vert pour l’art, violet pour le scolaire, bleu pour les langues… Un vrai arc-en-ciel !
A l’époque, il ne s’agissait que de paperasse, ça ne dérangeait pas trop les clients et ça ne se voyait pas dans le magasin. Mais on ne peut pas en dire autant avec la nouvelle signalétique, puisqu’elle suit les couleurs de ces fameux bons ! Je vous laisse imaginer le magnifique effet visuel produit par la cohabitation du marron, du violet, du rouge, du bleu, sur 4 mètres de rayons consécutifs (ne cherchez pas, c’est juste moche).
Surtout que pour couronner le tout, les luminaires situés pile à la même hauteur que nos superbes panneaux y font de splendides reflets. Et que du coup, à moins d’être juste devant le panneau, on n’y lit plus rien ! Ceux avec anti-reflet intégrés étaient plus chers, vous comprenez… (on veut bien nous faire des cadeaux, mais dans la limite du raisonnable tout de même, après on va être trop gâtés).
Bref, en un mot, c’est moche et inutile…. Merci ô chefs vénérés…

Les Français et l’anglais

On entend souvent dire que le niveau des français en langue étrangère est mauvais. En voici une preuve récente…
    « - Bonjour, vous avez des Toalaïte ?
    -(perplexité du Gilet bleu) Euh… Les toilettes sont au fond du couloir…
    - Mais non ! Vous savez bien, le livre du film avec les vampires…
    - Ah ! Twilight, vous voulez dire ?
    - Bah oui, c’est ce j’ai dis. »

vendredi 26 juin 2009

Vigile contre client : le match

Vous vous souvenez sans doute du tumultueux épisode qui opposa votre Miss BD préférée à une bande de collégiens et qui se solda par un magnifique vol plané de sac à dos (sinon, n’hésitez pas à relire l’article de janvier intitulé El Diablo). M.G. m’avait alors fait comprendre qu’une telle chose ne se serait jamais produite avec un vigile habitué à gérer ces situations en gardant son sang-froid. Après les évènements d’hier, j’en suis moins sûre…
Tout commence vers 18h30. Des éclats de voix se font entendre du fonds du magasin. En tendant l’oreille, j’apprends qu’un client se rebelle contre le vigile parce qu’il en a marre d’être suivi. Le vigile a beau lui expliquer qu’il ne fait que son métier, Monsieur ne veut rien entendre et monte en pression. Evidemment, il est suivi parce qu’il est typé (j’aurais dit « légèrement bronzé » et encore…), c’est toujours pareil, c’est toujours les noirs et les arabes qui sont fliqués, jamais le brave petit blanc (le fait que notre vigile soit noir n’a pas l’air de le perturber dans son laïus) et patati et patata. Notre vigile essaie de se justifier en lui expliquant qu’il ne le suit pas à cause de sa couleur de peau, mais parce qu’il a eu un comportement suspect lors de sa dernière visite et qu’il le soupçonne d’avoir volé. Aïe, malheureux, que n’avait-il pas dit là ! Loin de se calmer, le client redouble de fureur, exige des preuves, accuse le vigile de calomnie, réclame des vidéos, hurle, s’agite tant et si bien que tout le magasin est désormais au courant et que les autres clients commencent à s’inquiéter.
Evidement, M.G. est en repos, et c’est donc son adjoint JB qui monte au front pour tenter de calmer le jeu. Echec des négociations, Monsieur s’énerve de plus en plus et finit par crier « Vous m’accusez d’avoir volé ? Ok, je vais vous montrer ce que c’est de voler ! ». Le tout en attrapant un livre au vol et en partant en trombe vers la sortie. Ni une, ni deux, le vigile part à sa poursuite, le bloque juste avant les portes, en face la caisse. La tension est palpable, le vigile interdit au client de sortir avant d’avoir payé ou reposé le livre, l’autre s’énerve et commence à insulter le vigile, puis se met à le frapper avec le livre. Erreur stratégique de sa part : un vigile n’a pas le droit de taper en premier, il ne peut que se défendre. Mais à partir du moment où c’est le client qui commence, tout peut dégénérer… Ca se bouscule, une table agenda vacille sous les attaques, les clients qui attendaient à la caisse s’éparpillent comme des moineaux apeurés… Et JB reste calme et stoïque, essayant de calmer à la fois le client et le vigile, tel un père avec ses enfants (il a beau ne pas dépasser les 1m65, mieux vaut se méfier de JB : il fait de la compet d’arts martiaux au niveau national, et je pense qu’en deux temps trois mouvements, il pourrait immobiliser les deux agités).
Pendant ce temps, Bella file discrètement appeler police secours car la situation semble difficilement contrôlable. Après un bon quart d’heure d’agitation à la caisse, rien n’a changé : le client a semblé s’être calmé à deux reprises, avant de repartir de plus belle. Vu ses yeux rouges et son comportement, je pense qu’il doit avoir pris quelque chose : le scandale dure maintenant depuis presque une demi-heure et il n’a pas l’air de s’arrêter. Mais voilà que débarquent quatre policiers, ouf, la cavalerie est là ! Les gilets bleus soufflent, tout le monde croit que c’est fini… Et raté ! Cela n’a pas l’air d’effrayer notre énergumène, qui refuse de répondre à leurs questions tant qu’ils n’ont pas écouté sa version des faits, s’énerve après eux, crie au complot, commence à les insulter (mais arrête très vite devant la tête que fait l’un d’entre eux, véritable armoire à glace), répète inlassablement les mêmes choses, s’embrouille… Enfin, bref, on n’a pas beaucoup avancé.
Les policiers pensent un moment à l’embarquer le temps qu’il se calme, mais renoncent car JB ne veut pas prendre la responsabilité de porter plainte. On veut juste qu’il sorte, même s’il ne paye pas le livre qu’il a embarqué et qui est mort dans la bataille. Lassé des pourparlers, Monsieur s’est quant à lui assis par terre devant les caisses et refuse de bouger tant que le vigile ne lui aura pas présenté ses excuses. L’heure tourne, les flics en ont marre, le soulèvent et l’entraînent dehors de force. Nouvelle agitation sur le trottoir, puis d’un coup, il se clame, redevient souriant, sert même la main aux policiers et part en sifflotant. OUF.
On l’aperçoit ensuite se soulager contre un réverbère un peu plus loin… Puis revenir vers le magasin ! Nouveau stress des Gilets bleus, le vigile tente les techniques zen, et évidemment les flics sont partis entre temps. Monsieur nous explique qu’avant d’être traité de voleur, il venait chercher un livre et voudrait donc le récupérer. Il revient à la caisse deux minutes plus tard, plus tendu : Mort à crédit, de Céline n’est pas en rayon ! Izzou le calme, lui explique que le livre doit être en commande, et lui en profite pour énerver à nouveau le vigile avec un « Bah, alors, cette fois je ne suis plus un voleur ? Vous ne me suivez plus comme un chien ? ». JB intervient poliment mais fermement, et arrive à le faire sortir avant que la situation ne dégénère à nouveau… Re-ouf !
Et trois minutes plus tard, alors que tout le monde se détend enfin, devinez qui débarque ? Force rouge, plus en forme que jamais ! Au secours !!!!

mercredi 3 juin 2009

Le mystère de la dédicace fantôme

J’ai reçu récemment un étrange appel téléphonique :
    « - Bonjour, je vous appelle pour connaître la date exacte de la dédicace de Jacques Martin.
    - Jacques Martin ?!
    - Euh, pas le présentateur télé (ça, je m’en doute bien, vu qu’il est mort), l’auteur des bandes dessinées Alix (remarquez, celui-là a presque 90 ans, il n’est plus très fringuant non plus).
    - Oui, oui, j’avais compris (c’est ça quand on travaille au rayon BD, on n’a pas les mêmes références que tout le monde). C’est juste que je ne suis pas du tout au courant d’une séance de dédicaces.
    - Peut être que votre collègue de la bande dessinée ne vous en a pas parlé…
    - C’est que… c’est moi la responsable BD et ça m’étonne quand même… Vous devez confondre avec notre magasin central, non ?
    - Non, non, c’était bien votre magasin qui était indiqué.
    - (là, je suis de plus en plus perplexe) Et vous l’avez eue où, cette information ?
    - Sur le site de Casterman (la maison d’édition qui publie les fameux Alix), dans leur rubrique agenda. »

Sur ce, il me donne gentiment l’adresse de ladite page web, où je trouve un petit communiqué expliquant que les pages originales de la dernière œuvre de Jacques Martin sont en ce moment exposées à divers endroits de la ville et qu’une séance de dédicaces est prévue au Monde des Gilets bleus. Certes, il n’y a aucune date de précisée, mais toutes les informations sont bien là… Mystère !
Pour tenter de résoudre l’énigme, j’appelle aussitôt ma représentante Casterman. Voix surprise de sa part, elle n’est visiblement au courant de rien et part à son tour à la pêche aux renseignements. Elle me rappelle quelques heures plus tard, fière d’elle : elle a trouvé ! En fait, un projet de dédicace avait bien été envisagé il y a plusieurs mois, non pas avec Jacques Martin lui-même, trop âgé pour se déplacer (là, qu’est ce que je vous disais), mais avec l’historienne co-auteur de l’ouvrage qu’il venait de publier. Le projet est tombé à l’eau, mais le service presse avait oublié de le signaler à l’équipe chargée du site web Casterman…
Et voilà, l’explication du mystère était finalement très simple. Heureusement, l’erreur a été vite rectifiée, parce qu’entre temps, j’ai eu deux autres appels pour la fameuse dédicace fantôme… (soyons positifs : ça fait au moins deux nouvelles personnes qui connaissent l’existence de notre magasin !)

lundi 25 mai 2009

De l’avantage d’être invisible…

Je ne sais pas si c’est votre cas ou non, mais beaucoup de gens se comportent avec la caissière comme si elle n’était qu’une machine dépourvue d’intelligence. Cela se traduit généralement par le fait qu’ils continuent à discuter avec ceux qui les accompagnent, comme si de rien n’était : ils tendent leur livre, leur carte bancaire, tapent machinalement leur code, récupèrent leur sac, sans avoir croisé une seule fois le regard de la caissière. La plupart du temps, cela agace profondément ladite caissière. Mais quelques fois, cela permet d’entendre de drôles de conversations…
Tout commence avec l’arrivée en caisse d’un groupe d’étudiants masculins. L’un d’entre eux est en train de raconter sa soirée de la veille à ses copains, où il est parti d’une fête avec une jeune demoiselle… A l’entendre, Monsieur est décidément un super coup : il a fait monter la demoiselle aux rideaux ; elle a soupiré, tremblé, gémi, crié… La totale ! Regards extatiques de ses potes, Monsieur se rengorge, en rajoute une couche, il est sûr de lui, Mademoiselle va forcément le rappeler dans la journée pour le revoir, une nuit comme cela ça ne s’oublie pas. Etc, etc, le speach continue tout le temps que ces messieurs payent leurs achats. Izzou et moi échangeons un rapide regard amusé, retenant un pouffement…
Les choses auraient pu en rester là, si nous n’avions vu passer, quelques minutes plus tard, un nouveau groupe d’étudiants, composé cette fois de quelques copines… Qui parlaient elles aussi de la fameuse soirée de la veille. Là encore, l’une est en train de faire le résumé de l’after : elle est rentrée avec un gars qui s’avérait très prometteur et sa nuit a tourné au désastre. Il embrassait bien, pourtant, mais au lit… Nul. Et nul de chez nul, en plus ! Je vous passe les nombreux détails racontés à ses amies, qui lorgnent en gloussant vers le trottoir devant le magasin où ces messieurs fument nonchalamment (à priori, les deux groupes se connaissent). Mademoiselle avoue même avoir simulé, histoire d’en finir plus vite. Et là, c’en est de trop pour les pauvres Gilets bleus que nous sommes : impossible de se retenir de rire plus longtemps. Ces dames virent à l’écarlate, se souviennent tout à coup que nous sommes des être humains. Mademoiselle bafouille, mais Izzou la rassure vite en lui expliquant que nous venons de voir passer ledit Monsieur qui se vantait joyeusement. Aussitôt, toute gêne s’évapore, mesdames sont trop curieuses et veulent tout savoir…
Notre récit les a beaucoup réjouies, et je pense que les prouesses sexuelles de Monsieur vont très vite faire le tour de l’amphi ! Certes, le ridicule ne tue pas (même s’il sabote toute vie sexuelle), mais Monsieur ne regardera sans doute plus jamais une caissière de la même façon…

samedi 23 mai 2009

Le monde du Gilet bleu à l’heure de la sécurité

Je vous avais parlé, il y a quelques temps déjà, de nos angoisses pré-inventaire. Les sur-stocks impossibles à localiser nous avaient fait cauchemarder pendant des semaines, et nous avions retourné moult fois le magasin à la recherche des 4 ou 5000 livres théoriquement « en trop ».
Il s’avère finalement, après recensement par nos chers inventoristes, que nous pouvions toujours chercher, nous n’étions pas près de trouver. Normalement, la démarque « acceptable » d’un magasin se situe autour d’1% du stock. Chez nous, elle dépasse allégrement les 3% ! Après avoir reçu les résultats de l’inventaire, un nouveau jeu était d’ailleurs à la mode parmi les Gilets bleus : nous avions lancé le concours de « qui s’est fait voler le plus de marchandise ? » (pour info, le rayon bandes dessinées/mangas arrive premier en terme de volumes, mais le rayon livres universitaires le dépasse en valeur : avec des prix tournant autour de 40-50€, la démarque chiffre vite).
Devant cette hécatombe, notre direction bien-aimée a été forcée de réagir. Et nous voilà donc enfin pourvus d’un vigile… Que nous réclamions depuis des mois, suite à quelques frictions avec des jeunes du quartier ! (Mais l’aspect sécurité du personnel ne semblait pas émouvoir nos chers directeurs…). Le monde du Gilet bleu a passé un contrat avec une grosse entreprise de sécurité, qui était sensé nous détacher à temps complet un vigile. Bon, en fait, il ne se passe pas trois jours sans qu’un nouveau vigile n’apparaisse, mais c’est déjà ça, l’effet dissuasif est au moins là… Et ça nous permet d’avoir un bon aperçu de la profession de vigile, avec des anecdotes assez sympathiques.
En règle générale, il n’y a pas grand-chose à signaler sur le vigile moyen : il déambule d’un air sérieux dans les rayons, se lance dans des parties de cache-cache avec des clients suspects, remplit son quota de fouille de sac et calme le jeu avec un air bonhomme face aux énervés. Mais quelques spécimens se distinguent pourtant…
Je commencerai par celui qui avait flashé sur Izzou et tentait par tous les moyens de la faire succomber à son charme. On le retrouvait toujours autour de la caisse, essayant vainement d’engager une conversation : «cette robe vous va très bien, vous l’avez achetée où ?», «vous aimez quel genre de films ?», «vous avez remarqué d’un nouveau bar venait d’ouvrir pas loin ?». Le pauvre a eu beau multiplier les allusions, pas moyen de décrocher un rendez-vous. Un jour, il a décidé de changer de tactique et de faire fondre Izzou devant des muscles d’acier… Il s’est donc mis à faire des pompes et des flexions en plein milieu d’un rayon, faisant rouler ses muscles sous l’effort ! Grands fous rires de la part de toute l’équipe, il a du être vexé parce qu’on ne l’a plus revu après cela…
Un peu plus tard, nous avons récupéré un autre cas. Dans les premiers jours, tout allait bien. Puis, il a demandé l’autorisation d’utiliser un de nos téléphones pour appeler sa hiérarchie. Comme nous lui avions répondu oui, il a considéré que cette permission était permanente, et valait pour tous ses appels ! On le retrouvait donc régulièrement, en revenant de pause déjeuner, installé à notre poste de travail en train de téléphoner à la famille restée au Sénégal… En fait, il ne se passait pas un jour sans qu’il ne soit au moins deux heures au téléphone pour des appels privés ! Autant vous dire que lorsque la note de téléphone est tombée, M.G. a expressément demandé à avoir un autre vigile….
Notre dernier spécimen en date, nous ne l’avons eu que deux jours… Le temps nécessaire à M.G. pour lui interdire de remettre les pieds dans le magasin ! Lorsqu’on l’a vu débarqué en civil, on a d’abord cru à un taulard échappé de prison : il en avait les cicatrices, le look et la gestuelle. On dit qu’il ne faut pas juger sur les apparences, certes, mais lui faisait vraiment peur. Raciste, homophobe, anti-jeunes, il était anti-tout, et traitait donc tous les jeunes et les gens de couleurs franchissant les portes du magasin comme des voleurs : filature insistante, fouille des sacs, remarques désagréables et j’en passe. Au point que certains de nos habitués se sont plaints auprès de nous. Je les comprends, d’ailleurs, parce que moi-même je me sentais coupable lorsqu’il me suivait des yeux (ne me demandez pas de quoi, je ne saurais pas vous le dire). Et lorsqu’un client lui a fait remarquer qu’il pourrait être un peu plus poli, le vigile est parti au quart de tour, le ton est monté, et c’est un Gilet bleu qui a du calmer le jeu ! Le monde à l’envers…
Depuis, rien à dire sur notre nouveau vigile, ouf !

jeudi 7 mai 2009

Les Gilets bleus à l'Assemblée, le retour

Vous aviez quitté nos deux Gilets bleus en perdition à l’Assemblée nationale. Les voici de retour, pour le meilleur et pour le pire (surtout le pire) : après l’installation du stand, voici la Journée du livre politique proprement dite !
Cette fois, fortes de leur expérience, Izzou et Chacha n’ont eu aucun mal à accéder au stand (Chacha ayant bien pris la précaution d’enlever son déodorant de son sac pour éviter toute nouvelle alerte à la bombe). Elles avaient leur précieux badge, toutes les portes se sont ouvertes devant elles sans souci. Ouf… Leur restait maintenant à gérer le Salon, avec son lot de boulets.
Tout commence avec Boulet n°1, qui soulève chaque titre de chaque pile pour leur demander « Et celui-là, il sera en dédicace ? Et celui-là ? ». Izzou, au bord de la crise de nerfs après la 10e pile, a alors un trait de génie : le renvoyer vers le « gentil monsieur en blanc, là bas, qui travaille pour l’Agence relation presse de l’Assemblée » (vous le reconnaissez ? celui-là même qui leur avait laissé ses déchets la veille… la vengeance est un plat qui se mange froid, comme on dit).
Boulet n°2, quant à lui, a le don de poser de drôles de questions :
    « - Bonjour. Est-ce qu’on peut payer en carte bleue ?
    - Oui, pas de soucis.
    - (il repart, revient trente secondes plus tard) Et à partir de combien je peux payer en carte bleue ?
    - Il n’y a pas de minimum, Monsieur.
    - Donc, je peux payer les livres en carte bleue ?
    - Euh… oui (fait une Izzou qui commence à être déstabilisée)
    - Ah merci. (il repart, revient avec un livre) Et ce livre là, je peux le payer en carte bleue ? (là, Izzou n’a pas compris l’intérêt de la question) »

Mais il ne faut pas croire, les clients ne sont pas les seuls à pouvoir être pénibles. Il y a aussi les députés, invités à dédicacer après avoir discouru devant un public attentif dans le salon voisin. Certains jouent le jeu de bonne grâce et multiplient les poignées de main avec un grand sourire (ceux-là pensent sans doute déjà aux prochaines élections). D’autres soupirent, griffonnent trois ou quatre signatures contraints et forcés, et filent au bout de 10 minutes. Aux Gilets bleus de se dépatouiller avec les badauds, surpris :
    « - Bah, Untel, il ne devait pas dédicacer aujourd’hui à 14h ?
    - Si, mais il est déjà reparti…
    - Mais il n’est que 14h10 !! »

Sans oublier ceux qui ont pris la grosse tête et qui se prennent pour les stars du salon. Mme LeB*** en fût un très bon exemple. Elle déboule telle une furie sur le stand, se jette sur Chacha en criant au scandale : où est donc la table promise par son éditeur ?! Il avait été convenu que ses ouvrages seraient tous présents en 15 exemplaires, bien en vue des passants, et elle n’en voit aucun ! Vite, qu’on lui appelle le responsable ! Chacha, heureuse de s’en débarrasser, lui indique prestement M.G. Voilà donc Mme LeB*** qui file tel l’éclair assaillir M.G. : « C’est vous le responsable ?! Vous allez peut être pouvoir me dire pourquoi mes livres ne sont pas en piles ! Mon éditeur m’avait certifié qu’une table m’allait être réservée et je ne vois rien ! C’est scandaleux ! » M.G. la regarde alors avec un air quelque peu hautain et lui lâche, magnifiquement, un « Pardon, mais… vous êtes ? » qui la réduit instantanément au silence. Lorsqu’elle réussit enfin à articuler un mot, elle n’est plus la même : le symbole vivant de l’humilité ! Y’a pas à dire, M.G. est parfois génial et dans ces moments là, on en tombe d’admiration…

C’est sur cet éclair de génie que je conclue donc les aventures des Gilets bleus à l’Assemblée nationale. Mais n’ayez crainte : toute l’équipe sera bientôt de retour pour de nouvelles péripéties !

vendredi 24 avril 2009

Les Gilets bleus à l’Assemblée nationale

A lire mon dernier post, certains d’entre vous doivent se dire : « mais qu’est ce que c’est cette librairie où ils sont payés à distribuer du chocolat ? ». Je vous rassure tout de suite : pendant que Miss BD jouait le lapin de Pâques, d’autres gilets bleus partaient en mission spéciale et mettaient les bouchées doubles...
Le monde du Gilet bleu a une certaine réputation de sérieux dans le milieu (qui ne transparaît certes pas beaucoup dans ce blog, mais qui existe, je vous le jure). Du coup, lorsque l’Assemblée nationale a décidé d’organiser une Journée du livre politique, c’est à nous qu’ils ont fait appel. Le vendredi, veille de ladite Journée, Chacha et Izzou (désignées volontaires pour représenter les Gilets bleus en cette grande occasion) sont parties rejoindre M.G. à l’Assemblée, histoire d’installer le stand…
Arrivées sur place, passage obligatoire par le détecteur de métaux. Après avoir enlevé bijoux, ceinture et divers accessoires, c’est bon, rien à signaler. Jusqu’à ce que le sac de Chacha passe sous les rayons… Et là panique, le gardien s’écrie : « VOUS AVEZ UNE BOMBE ! … aérosol ». Instant de flottement, œil perplexe de Chacha qui se tourne inquiète vers Izzou, jusqu’à ce que le gardien exhibe ladite bombe : une bouteille de déodorant ! Hum hum…
Quelque peu secouées, Izzou et Chacha se dirigent ensuite vers l’accueil 32, afin de recevoir leurs badges, Saint Graal pour circuler librement dans l’Assemblée. Sans le savoir, elles avançaient vers un univers impitoyable, qui a rendu fou les plus braves : celui de l’administration !
    « - Bonjour. Nous sommes les libraires chargés du stand pour la journée du livre politique.
    - Une journée ? Des libraires ? Je ne suis pas au courant. Ne bougez pas, j’appelle un responsable.
    - (dix minutes et quatre coups de fil plus tard) Alors, il va falloir que vous alliez à l’accueil 137 s’il vous plait. »

Ni une, ni deux, les deux Gilets bleus filent vers leur destin…. Et traversent la moitié du bâtiment par la même occasion !
    « - Bonjour. On nous a renvoyées vers vous pour obtenir les badges pour la Journée du livre politique.
    - Oui, j’ai vu passer vos deux petits livreurs tout à l’heure (léger sourire d’Izzou : un des livreurs en question était M.G., notre chef bien-aimé) mais comme je le disais au téléphone à mon collègue, la journée a lieu demain, pas aujourd’hui. On m’a bien prévenu d’une livraison, mais je n’ai rien sur la mise en place…
    - Bah… Il faut bien installer le stand et les livres à l’avance, non ? Les cartons ne vont pas se déballer tout seuls !
    - Sauf que moi, on ne m’a prévenu que pour demain. Ne bougez pas, j’appelle un responsable. »

Et hop, c’est reparti pour une série de coups de fil… Pour que le réceptionniste s’aperçoive finalement que le papier concernant la mise en place était dans sa liasse de documents (mais, vous comprenez, il n’était pas bien agrafé avec les autres).
Ouf, c’est bon : après une bonne demi-heure de galère, Izzou et Chacha ont enfin leur badge ! Reste maintenant à accéder au futur stand… Evidement, interdiction de passer par l’entrée 137 : il faut qu’elles repassent par l’accueil 32. Nos Miss Gilets bleus repartent vers l’aventure. Arrivées devant la belle porte de l’accueil 32, elles tombent nez à nez avec le cerbère local : impeccable dans son costume, il les regarde approcher d’un œil critique tout en lâchant un « C’est quoi ça ? ».
    - « Bonjour. Alors ça, ce sont des libraires (changement de couleur du planton, qui à priori ne pensait pas avoir parlé si fort). Nous venons installer le stand pour le salon de demain.
    - Et vous comptiez passer par les salons officiels ?
    - Bah oui, votre collègue à l’accueil 137 nous a dit de passer par là.
    - Ah non, ça ne va pas être possible. Il faut que vous passiez par l’entrée du personnel, à côté de l’accueil 137.
    - Alors que les techniciens chargés d’installer les podiums viennent de passer par les salons ?
    - Ils sont chargés, eux, ils ne vont pas faire le tour… »

Chacha est au bord du découragement. Izzou décide de faire appel à l’arme ultime : M.G.
    « - M.G. ? Oui, c’est Izzou. Bon, avec Chacha nous allons rentrer chez nous je pense.
    - Pourquoi ?
    - Parce qu’ils ne veulent pas nous laisser entrer !!
    - Bon, retrouvez moi à l’accueil 137, il faut que j’y récupère mon badge. Et on verra bien si on ne peut pas rentrer… »

Troisième traversée de l’Assemblée pour nos deux Gilets bleus qui commencent à en avoir vraiment ras-le-bol… Etrangement, cette fois, le réceptionniste du 137 fait moins le fier, M.G. lui ayant clairement fait comprendre qu’il entendait avoir son badge dans les deux minutes. Par contre, il reste inflexible : l’entrée se fera par les salons officiels. Quatrième traversée, Izzou et Chacha connaissent désormais la portion du bâtiment par cœur. Mais avec M.G., les choses sont nettement plus faciles : cinq minutes plus tard, les voici enfin à l’emplacement du stand (le cerbère s’étant fait rabroué par un M.G. très en forme et sur les nerfs).

Alors que toutes ces péripéties ont exténué nos deux Gilets bleus, elles se rendent compte avec effroi que le véritable travail n’a pas commencé : 7000 livres les attendant gentiment dans un amoncellement de cartons ! Et elles ne sont que deux faibles femmes (M.G., rassuré de les savoir à bon port, s’étant empressé de partir chercher quelques livres oubliés au magasin)…
Retroussant leurs manches, elles commencent par installer la caisse…. Juste en dessous d’un bloc de marbre surmonté d’une statue virile fort peu vêtue. Ce qui fait dire à Chacha : « Eh, tu va passer ta journée sous un énorme zizi ! ». « Bah non, il a une feuille de vigne juste au mauvais endroit » répond Izzou, pragmatique. « Mais vas-y, fais sauter la feuille de vigne ! » s’exclame-t-elle en levant les bras dans un élan d’enthousiasme… Au moment où deux pompiers arrivent d’une porte dérobée ! Evidement, ils ont tout entendu, et évidement ils sont morts de rire. Izzou vire au rouge tomate et tente de retrouver une certaine contenance en se réfugiant derrière les piles de cartons, ce qui redouble leur hilarité !

Après ce bref intermède, il est temps de mettre les bouchées doubles, l’heure passant très vite. Deux employés de l’Agence relation presse de l’Assemblée (jusque là occupés à casser la croûte en mettant de jolis bandeaux sur les livres ayant remporté le Prix du député) abordent Chacha en lui demandant avec un grand sourire s’ils peuvent être utiles à quelque chose. Chacha, ravie, se tourne pour leur montrer d’un large geste du bras les cartons à ranger… Le temps qu’elle finisse son mouvement, ils avaient disparu comme par magie ! En laissant les vestiges de leur pique nique derrière eux, bien entendu. Fureur d’Izzou, énervée d’être prise pour une bonniche, et qui se promet de leur tomber dessus pour qu’ils rangent leurs déchets.
Une heure passe sans qu’ils ne réapparaissent. Une jeune femme aborde Izzou pour lui demander où elle pourrait trouver « les messieurs qui étaient là tout à l’heure », se fait répondre que « Moi aussi je les cherche figurez vous ! D’ailleurs, si vous les voyiez, dites leur qu’on n’est pas une poubelle et qu’ils pourraient venir jeter leurs canettes et leurs paquets vides ! » et bat très vite en retraite…
Du coup, lorsque les fameux jeunes hommes reviennent, ils abordent un air contrit (le même qu’un gamin adopte lorsqu’il va affronter ses parents après avoir fait une bêtise). Ils cherchent en vain leurs déchets (Izzou s’était résignée à les jeter un peu avant, il fallait bien installer les livres) et demandent alors, avec une toute petite voix, ce qu’ils peuvent faire pour aider. La réponse ne se fait pas attendre : « Vous prenez les cartons qui sont là bas, vous mettez les livres en pile ici. Puis vous déplacez cette table par là, vous installez les chaises au fond »… Et hop, les voilà au travail, accomplissant leur tâche sans un mot, ravis de ne pas s’être fait trop hurler dessus.
A quatre, les choses avancent plus vite qu’à deux. Et lorsque M.G. revient trois heures plus tard avec deux piles de livres, tout est fini. Ouf, il est temps de rentrer chez soi ! Une petite pause toilette s’impose cependant aux deux demoiselles… Elles arrêtent alors un employé qui passe :
    « -Bonjour, excusez nous, où sont les toilettes s’il vous plait ?
    - On a installé des toilettes de chantier dans la cour juste en bas. Prenez cet escalier au fond.
    - Pardon ? Je crois qu’on s’est mal compris. On travaille ici. On ne va pas aller dans les toilettes visiteurs.
    - Et vous voudriez aller où ?
    - Bah, dans les belles toilettes toutes propres réservées au personnel par exemple…
    - (petit rire méprisant de leur interlocuteur) Les toilettes du personnel sont, par définition, réservées au personnel. Vous n’avez rien à y faire !
    - (Izzou commence sérieusement à se crisper, la journée a été éprouvante) Moi, je ne fais pas pipi dans des toilettes dégueulasses de chantier, je vous préviens. Nous sommes prestataires pour l’Assemblée, cela nous donne le droit d’aller dans des toilettes propres !
    - Très bien, c’est ce qu’on va voir. Allons demander au bureau d’intendance des toilettes (si, si, vous avez bien lu : il existe à l’Assemblée une intendance des toilettes ; à ne pas confondre avec le préposé aux gobelets des fontaines à eau, lui-même différent du préposé aux bouteilles d’eau ! Vous vous demandiez où passaient nos impôts ? Vous avez la réponse…) »

Ladite intendante leur ayant donné raison, Izzou et Chacha sont reparties chez elle radieuses, fières d’avoir au moins remporté cette bataille contre l’administration…La suite de leur aventure dans le prochain épisode…

mercredi 22 avril 2009

La chasse aux oeufs

Le métier de libraire peut parfois paraître répétitif : recevoir des livres, les ranger, les conseiller, retourner les invendus pour faire de la place aux nouveautés… Heureusement, le calendrier nous offre régulièrement des occasions de sortir de cette routine. Et oui, l’année est jalonnée d’un certain nombre de fêtes qui se prêtent à des animations. Surtout si, comme votre fidèle serviteur, vous n’avez pas peur du ridicule !
Ainsi, à Halloween dernier, j’ai passé la journée déguisée en sorcière (panoplie complète avec chapeau pointu, faux cheveux, tunique pleine de fausses toiles d’araignées… et l’incontournable gilet bleu par-dessus, restons pro !). Avec l’autorisation de M.G., j’avais organisé pour les enfants du quartier une chasse au trésor dans le magasin, avec bonbons à la clé, et une séance de contes qui font peur. Au vu du succès rencontré, nous avons remis ça pour Pâques.
Cette fois, pas de déguisement, malheureusement : le lapin géant ou le costume de poule me semblaient quelques peu inconfortables pour ranger les arrivages du matin (et M.G. m’a regardé d’un œil bizarre qui m’a vite fait abandonner l’idée). A la place, toujours une séance de contes autour de Pâques et la désormais traditionnelle chasse au trésor, avec œufs en chocolat à gagner. Le principe est simple : six livres en rapport avec Pâques ont été cachés par mes soins dans tout le magasin, identifiables grâce à un bandeau. A leur arrivée, les enfants se voient remettre un questionnaire en rapport avec les six livres ; à eux de les retrouver, de les lire et de trouver les bonnes réponses, pour gagner les fameux chocolats.
Ah, si vous les aviez vus courir partout ! Imaginez une quarantaine de pitchounes de 2 à 10 ans retournant le magasin de fond en comble pour trouver les clés de la récompense ultime. Les parents plus ou moins obligés de jouer le jeu, traînés par les plus petits qui ne savent pas encore lire, errent courbés dans le magasin, ne voulant pas s’avouer vaincus devant leur progéniture (tel ce papa qui pensait son fils trop jeune pour repérer les livres, et qui s’est aperçu très vite que c’était lui qui n’en trouvait aucun). Le rayon jeunesse est sans dessus dessous, bien qu’aucun livre n’y soit caché : trop facile ! (« alors, ça veut dire que les livres, ils sont chez les grands ? » me sort d’un air inquiet un gamin de trois ans, « mais, on a le droit d’y aller, nous ? »). Je navigue d’un groupe de chasseurs à l’autre pour donner des indices à ceux qui piétinent (et surtout vérifier que des Gilets bleus ne trichent pas en donnant les réponses pour éviter de voir leur rayon saccagé), interrompue toutes les cinq minutes par de nouveaux chasseurs ou par des vainqueurs qui viennent réclamer leur récompense…
Et tout ça pendant toute l’après-midi ! Super sympa comme animation, mais quelque peu épuisante ! Enfin, bon, les enfants sont aux anges, les parents contents et les collègues ont fait des razzias dans les chocolats pour tenir le coup… Tout est bien qui finit bien !

lundi 20 avril 2009

Telle mère, telle fille?

    « - Bonjour, je recherche les titres suivants. Ma fille doit les lire pour l’école : Le rouge et le voir de Stendhal ; Exercices de style et Zazie dans le métro de Queneau.
    - Oui, pas de problème. Le rouge et le Noir ? Hop, le voilà. Par contre, pour Raymond Queneau, j’ai bien Exercices de style, mais Zazie dans le métro est en commande.
    - Ah, c’est bon, alors, j’ai tout.
    - Euh, non, il vous manque Zazie dans le métro.
    - Mais non, vous me l’avez donné lui. Il est là…
    - Ca, c’est Exercices de style.
    - Mais c’est bien le livre de Queneau ? Celui que ma fille veut.
    - Oui, mais votre fille a aussi besoin de Zazie dans le métro, du même auteur.
    - Je ne comprends pas. Ce sont deux livres différents ?
    - Oui.
    - Mais il n’y a qu’un seul auteur sur la liste.
    - Normal, c’est le même qui a écrit les deux romans.
    - Donc il faut que j’achète deux livres ?
    - Bah, oui, il n’y pas d’édition regroupant les deux.
    - Du même auteur ?
    - Oui.
    - Alors Exercices de style et Zazie dans le métro, ce n’est pas la même chose ?
    - Non. Ce sont deux romans différents.
    - Vous êtes sûre ?
    - OUI. »

Parfois, on s’inquiète quand on voit le niveau des collégiens et des lycéens d’aujourd’hui. Mais avec des parents pareils, vous ne les trouvez pas mal partis vous ?

mardi 31 mars 2009

La vie est parfois trop injuste

Lorsque je vous avais présenté les différentes catégories de représentants, il me semble en avoir oublié une, et pas des moindres : le repré pas doué. Le pauvre, ce n’est pas de sa faute, il fait tout son possible, mais il accumule les bugs. Tout se ligue contre lui : les libraires qui oublient de le prévenir quand ils s’absentent une journée, le système informatique qui plante… et je dois en oublier.
Vous vous en doutez, si la catégorie me revient en tête aujourd’hui, c’est que je viens de croiser un de ses plus beaux spécimens.
Tout a commencé il y a une quinzaine de jours… Mon jour de repos hebdomadaire avait été modifié, et il s’avère que j’étais donc absente lorsque Madame XXX, représentante de son état est passée (contrairement Madame Michelin, cette repré-là travaille pour plusieurs maisons d’édition, et je n’ai pas vraiment de surnom à lui donner : l’anonymat fera l’affaire…). Elle a travaillé certaines de ses nouveautés avec mes collègues présents et, comme aucun d’entre eux ne voulait prendre la responsabilité de prendre les commandes à ma place sur les rayons qui me concerne, elle m’a laissé un bon de commande présentant brièvement chaque nouveauté. La pratique est courante : quand je reviens, je n’ai qu’à entrer les quantités que je souhaite dans notre logiciel, à imprimer la commande et la faxer. Sitôt dit, sitôt fait.
Appel de ma repré quelques jours plus tard : elle n’avait pas reçu de fax de ma part et venait aux nouvelles. Après quatre essais infructueux, il a fallut se rendre à l’évidence : un de nos fax buggait, impossible d’arriver à quoi que ce soit. Pas grave, j’envoie un mail à l’assistante de ma repré avec copie de ma commande en pièce jointe. Je reçois en échange un accusé de réception : tout va bien, affaire classée… Du moins c’est ce que je croyais !
Mais voilà qu’hier, je reçois à 19h15 un appel de Madame XXX, qui m’annonce un souci avec ma commande. Aïe...
    « - Oui, en fait, je pense que vous avez du faire une erreur de manipulation, parce que sur le mail que vous m’avez envoyé, il n’y a que vos quantités à vous…
    - Bah, non, c’est normal. J’étais la seule absente ce jour là. Pour les autres rayons, vous avez travaillé directement avec mes collègues…
    - Oui, mais en sachant que vous alliez m’envoyer un fax, je n’ai rien noté sur le moment. Je pensais que vous me donneriez une copie de la commande finale.
    - Sauf qu’on ne fait jamais de commande finale, vous devriez le savoir. Chaque chef de rayon édite sa propre commande. Ce n’est pourtant pas la première fois que vous venez…
    - (petit rire bête de mon interlocutrice) Oh, figurez-vous que j’avais oublié ! Mais ce n’est pas grave, vous n’avez qu’à me renvoyer toutes les commandes et on en parle plus.
    - Sauf que je ne les ais pas, moi, ces commandes. Tout est informatisé, je n’ai pas de copie papier.
    - Ah… Eh bien, j’ai une idée ! Vous avez un peu de temps devant vous, là, non ? Je vais vous donner toutes les références une à une, et vous me direz combien vous en avez pris.
    - Là, maintenant, par téléphone ?! (je rappelle qu’il était 19h20 et que le magasin fermait dans 10 minutes…)
    - Ne vous inquiétez pas, ça ne sera pas long. Alors le premier titre, c’est de Guillaume…
    - Stop ! Vous allez me donner les codes barres de chaque livre, ça ira plus vite. Parce que si je dois rechercher chaque référence, on n’est pas sorties de l’auberge ! »

Et j’ai donc passé un bon quart d’heure à lui dire, titre par titre, les quantités commandées. J’étais ravie, vous vous en doutez…
Aujourd’hui, nouveau coup de fil, cette fois de l’assistante de Madame XXX. Pour m’informer que suite à un problème informatique, une partie de nos commandes de nouveautés sur le mois de mars avait été perdue. (super, c’est maintenant que vous vous en rendez compte, alors qu’on est le 30 et que certains titres sont sortis depuis trois semaines ?! Vous auriez pas pu le signaler avant ?!) Mais pas de soucis, me dit joyeusement mon interlocutrice. On n’a qu’à vérifier rapidement par téléphone ce qu’on a reçu ou pas. Ce qui implique de retaper code par code tous les livres… Super, vous m’en voyez ravie !!!
Deux fois en deux jours, ça fait beaucoup : demain, je ne décroche pas mon téléphone de la journée, on ne sait jamais…

mardi 17 mars 2009

M.G. ou le KGB version XXIe siècle

Notre chef bien-aimé, M.G., a régulièrement des accès d’autoritarisme aigu. Il lui suffit de peu de choses pour faire monter la pression : un Gilet bleu qui rit un peu fort, des mauvais chiffres de retours, une pause déjeuner qui se prolonge de quelques minutes après l’heure réglementaire… et patatras, nous voilà plongés dans un climat de pression et de suspicion qui n’a rien à envier aux dictatures.
La dernière crise en date remonte à une quinzaine de jours. M.G était sur les nerfs depuis début janvier, l’absence de clients lui minant le moral. Nous avions déjà eu le droit à de longs discours sur la nécessité de rester concentrés, de ne pas se dissiper, de ne pas oublier que le client est roi, que nous n’avions pas à discuter de nos vies privées dans le magasin car cela pouvait perturber ledit client, etc etc. (continuez sur les mêmes arguments pendant quelques heures et vous aurez un fidèle aperçu de ce que ça donnait).
Début février, M. G. est parti en vacances pour se détendre. Tous les Gilets bleus ont donc poussé un soupir de soulagement, en espérant que les choses redeviendraient un peu plus cools à son retour. Que nenni.
A son arrivée, il a passé la journée entière à inspecter les chiffres de retours (pas assez élevés, vous n’avez pas fait suffisamment d’efforts, il reste encore 3500 livres de trop !). A examiner chaque table (pourquoi n’avez-vous pas retourné cette nouveauté ?! elle est là depuis décembre. Et cette table thématique, là, fallait l’enlever). A épier nos moindres faits et gestes (vous allez où encore ? – Euh, aux toilettes… - Mais vous y avez été y’a moins d’une heure ! – J’ai mes règles, je dois changer mon tampon. Je vous ramène l’ancien pour preuve, ou vous me laissez y aller ? – Euh… non, allez-y). Bref, à guetter la moindre occasion pour nous tomber dessus. Occasion qui s’est jetée dans les bras quand, à la question « Vous n’avez rien à signaler sur la semaine dernière ? Tout s’est bien passé ? », l’une d’entre nous a trouvé le moyen de répondre qu’elle avait trouvé l’ambiance un peu trop « récréative ».
Récréative. Le mot était lâché. Le sang de M.G. n’a fait qu’un tour. Et dès le lendemain, une pluie de mesures s’abattait sur nous. Je vous en cite quelques unes, histoire de vous donner une idée.
- A dix heures tapantes, quand le magasin ouvre, chacun doit être à son poste, mains sur le clavier, œil vif, prêt à affronter le rush de 10 heures (soit généralement trois clients, dans les jours fastes). Nous devons attendre 10h10, une fois les premiers clients renseignés, pour aller chercher notre arrivage du jour sur l’avant du magasin. L’idéal étant bien sûr que nous arrivions à 9h45 pour débarrasser les bacs d’arrivage avant l’ouverture du magasin (sans être payés évidemment, il ne faut pas trop en demander non plus : travailler plus pour gagner autant, c’est un nouveau concept).
- Les blagues sont interdites : M.G. ne veut plus entendre un seul gloussement pendant les heures de travail. Mettons-nous à la place du client, qu’en penserait-il ? (bah, soit ils rigolent avec nous, soit ils nous disent qu’au moins ici, il y a une bonne ambiance, c’est plus sympa… mais bon…faut croire que ça perturbe M.G.)
- Pas plus de deux Gilets bleus au même endroit. Occupation stratégique de l’espace : voilà le mot d’ordre. Et toute réunion de deux personnes doit avoir un but professionnel. Interdiction de parler de nos vies privées, on a les pauses déjeuner pour cela. Et on peut aussi se voir en dehors des heures de travail (mais pas trop tard, il en a marre de voir des visages fatigués autour de lui).
- Le coin accueil/caisse devient une zone protégée où Izzou doit se morfondre seule. N’y sont tolérés que ceux qui ont besoin de la machine à étiquettes ou ceux qui couvrent des livres (dans la limite de deux heures par semaine). Tout Gilet bleu surpris à l’accueil sans motif valable se verra convoqué dans le bureau de M.G.
Je vous ais fait une sélection des mesures phares du plan de durcissement, tout en vous gardant pour une prochaine fois les grandes théories de M. G. sur le travail en équipe (ça vaut le détour).
Admirez en tout cas le sens du management de notre chef bien-aimé, qui constatait avec satisfaction auprès de JB (son adjoint) que les choses s’étaient grandement améliorées. (Si on exempte les crises d’angoisse et la dépression qui nous guettent à force d’être espionnés, l’ambiance glaciale qui règne désormais dans le magasin et la tension due aux actes de délation, oui, on peut dire que ça s’est amélioré. Tout est une question de point de vue me direz-vous…)

lundi 16 mars 2009

Zen, restons zen

Arrive aujourd’hui une dame armée d’un papier, qu’elle me brandit sous le nez en me demandant « Est-ce que vous avez ce livre ? ». Je jette un œil sur ledit papier, où, d’une soigneuse écriture avec moult arabesques, est écrit : Castor Poche Flammarion Françoise Rachmuhl. Si on analyse ces informations, on s’aperçoit qu’il y a un léger détail qui manque. J’ai le nom de l’auteur, l’éditeur et même la collection, mais où est passé le titre ?!
    « - Alors, vous l’avez ou pas ?
    - Euh… Comment dire… Vous n’avez pas noté le titre du livre et Françoise Rachmuhl a écrit une petite dizaine de livres chez Flammarion…
    - Mais si, y’a le titre. Regardez : Castor Poche.
    - Non, ça c’est le nom de la collection.
    - Mais alors, vous l’avez ce livre ?
    - Je ne sais pas de quel livre de Françoise Rachmuhl il s’agit. Il faut que vous demandiez à votre fils…
    - Ma fille.
    - A votre fille lequel il lui faut.
    - Je ne comprends pas. Le livre, vous l’avez ou non ?
    - (ne pas craquer… zen…) J’ai certains livres d’elle…
    - Ah, bah voilà. Ils sont où ?
    - Le long des vitrines, avec les poches jeunesse.
    - Vous pouvez me le donner ?
    - Lequel ? Je n’ai toujours pas le titre !!! Il faut demander à votre fille plus de renseignements et revenir ensuite…
    - Donc vous ne l’avez pas.
    - (tant pis, je laisse tomber l’affaire) Non, je ne l’ai pas et je ne peux pas le commander.
    - Mais alors, je peux le trouver où ?
    - Voyez à la Fnac ! Bonne journée. »

Oui, je sais, c’était un peu sadique de ma part de la renvoyer vers un confrère qui n’avait rien demandé. Mais sur le coup, je n’ai pas trouvé d’autres solutions pour m’en débarrasser. Je plaide coupable, j’avoue, mais vous pouvez quand même m’accorder des circonstances atténuantes, non ?

samedi 14 mars 2009

Et ils pompaient, et ils pompaient...

Il y a des jours où on se dit qu’on ferait mieux de rester couché. Aujourd’hui par exemple… Pas un chat dans le magasin, on se croirait dans une ville fantôme. Les rares passants sont autonomes, et la dépression nous guette : pas une seule demande en une heure de temps ce matin, l’arrivage du jour rangé en moins d’une heure, plus de retours possibles pour cause d’inventaire… Bref, rien à faire !
Si, lire, me direz-vous ! Bon, c’est vrai que d’habitude on se plaint de ne pas avoir le temps de feuilleter nos nouveautés. Alors, oui, au début, on est plutôt content, on peut enfin lire ce truc qui avait l’air sympa et qui nous fait de l’œil de puis deux semaines… Mais au bout de la 8e Bd de la journée, moi, je me lasse un peu (et il reste encore deux heures à tenir… au secours !). Surtout quand on se dit que les prochaines semaines vont être dans le même style : plus le droit de faire des commandes ni des retours jusqu’à la fin mars, date de l’inventaire. Et on ne peut pas ranger les rayons tous les jours, vient un moment où tout est nickel… Ca va être long, très long…
(Heureusement, on peut compter sur Force rouge pour nous divertir ! Il vient de débarquer dans le magasin au moment où j’écrivais ces lignes. Sous prétexte de consulter un livre en vitrine, il s’est lancé dans une grande diatribe contre l’émission Pékin Express, truquée selon lui, et d’ailleurs il a lu un article qui disait que… Je vous fais grâce des détails, mais il était en verve ce soir !)

lundi 9 mars 2009

Force rouge

Je poursuis ma présentation de nos clients réguliers par un second phénomène : Force Rouge. C’est un vrai challenge, car tout le charme de Force Rouge tient dans sa façon de parler avec son léger cheveu sur la langue et dans son look toujours très recherché. Cet hiver, c’était par exemple la parka rouge (d’où son surnom), le pull mal mis et deux ou trois sacs à dos. Le tout avec une démarche vacillante et de grands gestes pour accompagner ses propos…
La première fois que je l’ai rencontré, il est venu vers moi d’un air paniqué, avec dans les mains « L’économie pour les nuls » et un autre livre d’introduction à l’économie destiné cette fois aux étudiants : que devait-il prendre ?! J’essaye de lui expliquer que le choix dépendra de ses connaissances actuelles en économie et du degré d’approfondissement qu’il souhaite (s’il n’y connaît vraiment rien, le bouquin étudiant n’est sans doute pas l’idéal) mais rien n’y fait. Il n’attend pas de moi des conseils, mais que je choisisse à sa place (ce que je finis par faire, un peu au hasard, en maudissant JB de ne pas être à son poste pour que lui renvoie Force Rouge).
Sur ce, je retourne à mes chères BD, quand soudain, j’entends à nouveau sa voie zozottante qui me demande mon avis sur un album. Parce qu’il avait lu « Maus » de Spiegelman, que ça lui avait vraiment plu et qu’il cherche d’autres BD sur le sujet. Et me voilà partie pour 20 minutes de calvaire à lui présenter différentes BD sur la Seconde guerre mondiale, pour l’entendre demander à chaque fois si c’est aussi bien que « Maus » (mais « Maus » est un chef d’œuvre, peu de BD sur le même sujet peuvent tenir la comparaison, alors arrêtez de me poser cette question !). Finalement, je sors une bonne dizaine de BD, rien ne lui plait et je sature.
Je lui annonce que j’ai fait le tour, que je n’ai plus rien à lui montrer. Je crois en être débarrassée, mais non ! Il se lance alors dans la grande discussion « Mais pourquoi les mangas marchent-ils autant en France ? ». Discussion que j’ai déjà du avoir une bonne trentaine de fois, mais que je ne suis pas franchement en état de tenir alors que je n’ai qu’une envie : qu’il me laisse tranquille. Ce qu’il finira par faire 15 minutes plus tard (argh). Pour aller demander à notre papetier, qu’il croise sur son chemin, s’il doit prendre « L’économie pour les nuls » ou l’autre livre d’économie… Snif… (faut savoir qu’il avait déjà posé la question à JB avant d’aller me trouver… re-snif).

Elle court, elle court, la maladie d’amour…

J’étais tranquillement plongée dans mes bd d’occasion quand j’entendis soudain une voix familière me demander « Mademoiselle, est-ce que vous pouvez me servir ? » : le Loup blanc était de retour ! Impossible de faire celle qui ne l’a pas vu, il se tenait juste devant moi (snif). Me voilà donc à le renseigner sur des ouvrages complètement introuvables car épuisés depuis une dizaine d’années, en lui répétant pour la 100e fois qu’on ne peut pas lui commander un livre s’il est épuisé chez l’éditeur. « Ah ? Bon… Dommage ». Ouf, sauvée, corvée du jour terminée…
Du moins c’est ce que je croyais ! Je fais mine de retourner à mes chères BD, lui ne bouge pas et reste planté là, fixant d’un air méditatif les rayonnages…
    « - Euh… Il vous fallait autre chose Monsieur Fxxx ?
    - Tous ces livres… Vous faites comment pour les ranger ?
    - Bah… Par grandes thématiques puis généralement par ordre alphabétique d’auteurs. Pourquoi ?
    - Vous comprenez, chez moi, j’ai des livres partout. J’ai des livres dans mon couloir, j’ai des livres dans mon salon, j’ai des livres dans mes toilettes, j’ai des livres dans ma chambre, j’ai des…
    - Oui, je crois que j’ai compris. Vous avez plein de livres. Et ?
    - Et je ne sais pas comment les ranger. Du coup, je ne retrouve rien et je rachète des livres que j’ai déjà.
    - Faites comme ici. Dispatchez en grandes thématiques puis classez…
    - Oh là là… C’est beaucoup de travail ça. Ce n’est plus de mon âge… (instant de médiation) Ca vous ne vous dirait pas à vous, de venir chez moi ? (le tout dit avec un air qui vous fait craindre le pire et voir plein de sous-entendus…)
    - Euh, non, merci, j’ai beaucoup de choses à faire vous savez… (alerte, alerte)
    - Je vous paierai bien sûr. Un travail au noir, ça ne vous intéresse pas ? Et puis, vous faites ça toute la journée ici…
    - C’est vraiment gentil de proposer cela, mais, non, ça ne me dit rien… (mais comment je vais me sortir de là, moi ?!)
    - Ah… (mine déçue ; un silence puis une illumination : il vient d’avoir une idée !) Et votre collègue, la demoiselle blonde adorable ?
    - Bella ? Ma collègue en littérature ?
    - Oui, celle là. Elle est très gentille, j’aime bien quand c’est elle qui me renseigne…
    - (ouf… il a trouvé une autre cible) Euh, je lui parlerai de votre offre…
    - Elle est vraiment adorable et elle travaille bien. Je suis sûr qu’elle pourrait me ranger mes livres…
    - Euh… Oui, oui, je lui transmettrai… »

Il a encore insisté quelques minutes avant de se décider à partir (enfin !). Je crois qu’il est décidément très accroché à Bella…
Comme promis, j’en ai parlé à Bella le lendemain et elle a été… transportée par cette proposition, cette déclaration cachée, ce rendez-vous intime… Bon, en fait, elle a paniqué en se demandant comment échapper à Monsieur Fxxx à la prochaine visite. Mais je suis sûre qu’au fond d’elle, elle était heureuse de se connaître un prétendant transi… (moi, moqueuse ? non, jamais… vous me connaissez…)

1 - 0 pour Madame Michelin

Ceux qui lisent ce blog depuis quelques temps se souviendront sans doute de mes démêlés avec Madame Michelin et de nos négociations acharnées. Et bien voilà, le fameux guide rouge Michelin est sorti, avec tout le tapage médiatique qui va avec. (Je passerais outre le fait que tous les médias l’annonçaient pour le 2 mars alors qu’il n’est sorti que le 5, un bug peut arriver à tout le monde…même si c’est courant chez Michelin depuis quelques années).
Allons donc à l’essentiel : d’après vous, combien ai-je reçu d’exemplaires ? Les 20 que j’avais demandés ? Non, ça aurait été trop facile, Madame Michelin n’est pas du genre à abandonner si facilement. Cherchez un peu… 100 ? Non, tout de même, n’exagérons pas. 50 ? Ah, vous vous approchez. 60 ? Bravo, vous y êtes !
Juste le triple de ce que j’avais demandé, pas de quoi en faire un plat me direz-vous. Et puis, ils ont quand même réduit de 20 exemplaires par rapport à l’an passé, ça s’améliore ! Bon, effectivement, si on le prend avec tant d’optimisme, on se dit que dans deux ans j’en aurais enfin la bonne quantité…
En attendant, comme M.G. n’est pas si philosophe (et que l’inventaire approche), il a bien fallut retourner les 40 exemplaires du guide en surplus. Ce qui veut dire 40 étiquettes à décoller (comme si je n’avais que cela à faire) et surtout appeler Madame Michelin pour éviter que le retour soit refusé par l’éditeur sous prétexte que le guide vient de sortir… J’ai confié cette lourde tâche à M.G. (beaucoup plus impressionnant que moi auprès des représ).
    « - Bonjour. Ici M.G. de la librairie XXX. Je vous appelle car nous avons reçu 60 exemplaires du guide rouge au lieu des 20 que nous avions commandés. Et aucun du guide Paris d’ailleurs…
    - Ah bon, vous êtes sûrs ? Parce que j’avais pourtant bien noté 20 exemplaires…
    - Oui, je suis sûr.
    - Alors, attendez, je vérifie… Ah, voilà, j’ai ici une commande d’un box de 60 exemplaires, et c’est noté « Ok, vu avec Babette ». Tout s’explique !
    - Formidable… Sauf que nous n’avons aucune Babette dans l’équipe…
    - Ah, vous êtes sûr ?
    - (crispation de M.G…. mauvais signe) Ecoutez, c’est tout de même mon magasin et je connais mon équipe. Alors arrêtez de me demandez toutes les minutes si je suis sûr de moi. Qui est cette Babette, je m’en contrefiche. Ce que je voudrais, c’est une autorisation de retour pour les 40 exemplaires que je n’avais pas commandés, et l’assurance que ce genre d’abus ne se reproduira plus.
    - Une autorisation de retour, mais, pour quoi faire ? Vous n’allez pas retourner de guide rouge, tout de même ?
    - Je vais me gêner ! Ils sont déjà en bac, prêts à être renvoyés à l’expéditeur !
    - Ah oui, je vois, vous me faites marcher, c’est ça ? Vous êtes un petit plaisantin vous ! »

Non, non, ce n’est pas une blague. Je vous jure qu’elle a vraiment dit ça à un directeur de magasin qu’elle n’avait jamais vu. Directeur qui l’a très mal pris d’ailleurs…
Quand je vous disais que Madame Michelin valait le détour...

lundi 23 février 2009

Eh oh, eh oh, on trime tous au boulot…

En ce moment, M. G. a un nouveau dada : l’inventaire. Et oui, une fois par an, il faut s’amuser à compter tous les articles du magasin, histoire de se rendre compte de la démarque et de corriger les stocks. Je vous rassure de suite, vos Gilets bleus favoris ne recensent pas tous les livres de leurs blanches mains (l’horreur) ; le capitalisme est passé par là, et nous sous-traitons donc cette tâche passionnante à une société prestataire spécialisée.
Cela présente de grands avantages, il faut l’avouer (notamment celui d’éviter de biper les quelques 40 000 livres qui peuplent le magasin). Mais l’inconvénient, c’est que la direction paye en fonction du nombre d’articles à inventorier. Et notre direction adorant faire des économies (c’est la crise, rappelez-vous) nous sommes gentiment mais fermement priés de faire des coupes franches dans le stock. Ce qui fait que M. G. nous tanne depuis déjà quelques semaines avec ses chiffres, le but étant de faire redescendre les stocks au niveau où ils étaient l’an dernier. Objectif louable en soi (cela permet de dégager les pouilles qui traînent depuis des mois en rayon et dont personne ne veut) ; mais lorsqu’il faut réduire, selon M. G., un rayon de plusieurs centaines d’ouvrages, ça se complique.
Par exemple, je devais débarrasser mon rayon bandes dessinées de 1500 ouvrages (sur un total d’environ 6500, ce n’est pas rien). Pleine d’enthousiasme, je commence donc le grand nettoyage. Adieu, séries qui ne se vendent plus, vieilles occasions qui prennent la poussière, piles de nouveautés qui n’intéressent personne… Retournez donc à l’éditeur ! (eh oui, l’avantage en librairie, c’est que l’on peut retourner les invendus à l’éditeur). Ca y est, le rayon est propre et rutile comme un sou neuf… Vive moi ! Je jette alors un regard aux statistiques de stocks et le désespoir me foudroie : reste encore 800 volumes à virer ! Argh ! Enfer et damnation ! Bon, oui, j’ai reçu des nouveautés pendant mon opération nettoyage, mais quand même ! Je fais quoi avec mes 800 livres en sur-stock ?! Le regard de M. G. commence à peser, je ne fais pas partie des bons élèves… (renseignements pris auprès des autres Gilets bleus, eux non plus à priori : un seul rayon est dans les normes, les autres galèrent comme moi).
L’angoisse s’installe. On ressort les listings recensant les stocks, on traque la moindre pile égarée, on maudit l’instant d’égarement où on a fait les pré-commandes pour les nouveautés de février mars (mais qu’est ce qu’il m’a pris d’en commander autant ?!), on guette la moindre baisse des stocks… En vain : le sur-stock est encore et toujours là ! Dans les chiffres du moins, parce que les rayons, eux, ont tendance à se vider…
Ne restent alors que deux options possibles aux yeux des Gilets bleus : soit la démarque est encore plus impressionnante que prévu (et c’est peu dire) ; soit M. G. s’est planté dans ses calculs (ce qui est possible, vu son amour pour les mathématiques)… Croisons les doigts, parce que sinon, on est mal partis…

vendredi 6 février 2009

Vive la Saint Valentin !

S’il y a bien une fête que les libraires féminines adorent installer, c’est la Saint Valentin (leurs collègues hommes trouvant généralement ça affligeant de mièvrerie).
Les éditeurs s’en donnent en effet à cœur joie : c’est à celui qui sortira le truc le plus cul-cul ou le plus osé ! Le tout dans des tons roses qui vont du pastel au fluo, faut bien rester dans les traditions (le rouge est tout de même accepté, les éditeurs sont ouverts d’esprit).
Du coup, le coin Saint Valentin se remarque assez facilement. Surtout quand, comme nous, vous l’installez sur une table juste en face de l’entrée, surmonté de gros cœurs en carton (au risque que M.G. fasse une crise cardiaque en passant devant). Tout groupe de filles âgées de 12 à 77 ans s’arrête devant et feuillette les livres en gloussant …
Parce que la Saint Valentin, en librairie, c’est surtout :
- des trucs romantiques à l’eau de rose : les plus beaux poèmes d’amour de la littérature, les plus romantiques baisers de cinéma, les recueils « 365 idées pour dire je t’aime » et j’en passe ;
- des livres de psychologie de couple, menés par le célèbre « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » : comment trouver l’homme idéal et le garder, comment rester amoureux, «l’Astrologie de l’Amour » (où vous apprenez que l’homme de votre vie doit être Lion et surtout pas Bélier, sauf s’il est d’un signe chinois plutôt zen, genre Coq ou Buffle) etc ;
- et surtout, des ouvrages plus coquins ! (et là, on rigole vraiment) : les traditionnels Kama-sutras ont cédé la place aux « 277 façons de rendre fou de désir un homme », à « Tout ce que vous avez toujours voulu sans jamais osé le lui demander », ou encore « Osez faire l’amour partout sauf dans un lit ».
Depuis un ou deux ans, les choses sont devenues encore plus drôles avec l’apparition des coffrets regroupant livres et sex-toys. Ca a commencé par les classiques menottes en fourrure rose, le loup sur les yeux et les dés coquins. Et on s’est ensuite retrouvés avec les plumeaux et vibromasseurs à paillettes (si, si je vous jure). Du coup, on a parfois l’impression de se retrouver dans un sex-shop plutôt que dans une librairie…

jeudi 5 février 2009

Le Loup Blanc est un fainéant

Je vous ais présenté la dernière fois Monsieur Fxxx, en vous promettant de nombreuses anecdotes sur lui. Chose promise, chose due ! Je vais commencer par vous narrer l’épisode de la commande client…

Un beau jour, Izzou faisait face à un afflux inhabituel de clients à la caisse lorsque le téléphone de l’accueil se mit à sonner.
« - Oui, c’est Monsieur Fxxx. Je vous appelle pour que vous me veniez me donner une commande qui est arrivée.
- Vous la donner ? Comment ça ?
- Bah oui, je suis installé sur le fauteuil du rayon tourisme, je suis fatigué et je ne veux pas aller jusqu’au bureau du fond.
- (Izzou, incrédule, se retourne et aperçoit effectivement Monsieur Fxxx, confortablement installé… juste en face du bureau de Germaine) Mais, Monsieur Fxxx, je suis en caisse, moi. Je ne peux pas me déplacer. Pourquoi vous ne demandez pas à ma collègue juste devant vous ?!
- Vous, je sais que vous êtes gentille. Alors qu’elle, je ne la connaît pas…(c’est une raison comme une autre, non ?) »
Sur l’insistance d’Izzou, il s’est finalement adressé à Germaine, qui lui a gentiment ramené sa commande client du fond du magasin. N’empêche que c’était la première fois qu’on nous faisait ce coup là…

jeudi 29 janvier 2009

Des étudiants sans gêne

Sans y est. La future élite élite de la Nation (enfin, si on veut) est enfin retournée à ses cours, après une semaine de vacances pour se remettre des examens. Et revoici les Gilets blues qui courent partout à la sortie des amphis, quand une quarantaine d'étudiants débarquent en même temps pour nous demander quarante bouquins différents (à se demander combien de filières il existe en face).
Hier midi, en plein dans les pauses déjeuner, les Gilets bleus présents essayaient donc de se multiplier pour faire face sur tous les fronts. Chacha, responsable des sciences humaines, entend alors le téléphone de son poste sonner avec insistance. Slalomant entre les clients, donnant un livre par ci, un par là, elle parvient peu à peu à remonter le flux en direction du fameux téléphone. Plus que quelques mètres, et trois clients. Ca y est,elle fait le tour du bureau, c'est la dernière ligne droite... Et arrive juste à temps pour voir une cliente soulever le combiné puis raccrocher... Coup bas, Chacha est déstabilisée. Elle parvient quand même à demander à la cliente les raisons de son geste. Simple : les sonneries répétées agaçaient le tympan de Mademoiselle, qui a décidé qu'elle en avait marre de s'écorcher les oreilles. Tout bête non? Je m'étonne qu'on nous ait jamais fait ce coup là auparavant...

Monsieur Fxxx dit Le loup blanc

Je me suis aperçue, à mon plus grand désespoir, que j'avais jusqu'à présent omis de vous parler de Monsieur Fxxx, un de nos fidèles habitués qui contribuera à lui seul au rapide développement de ce blog. En effet, que d'anecdotes à raconter à son sujet !

Je vais commencer par une rapide présentation du personnage. Monsieur Fxxx est un monsieur de 82 ans, qui a repris des études d'histoire à la fac qui se trouve juste en face de la librairie. Pour être exacte, il s'intéresse plus particulièrement à la Seconde guerre mondiale et nous demande régulièrement des ouvrages sur le sujet (pour la plupart édités avant 1975, épuisés depuis plus de dix ans et donc complètement introuvables, mais ça, c'est une autre histoire). Monsieur Fxxx a par ailleurs une voix grave, traînante, que tout gilet bleu sensé à appris à éviter (sauf s'il a un bon quart d'heure de disponible devant lui, car Monsieur Fxxx prend son temps).

Lors de sa première visite, Monsieur Fxxx est tombé sur Bella et lui a demandé, le plus naturellement du monde, si nous avions des « cartes postales euh... comment dire... vous voyez quoi... ». Face au manque de réaction de Bella, il a été contraint de préciser qu'il s'agissait de « cartes postales... cochonnes ». Bella, parlant à un papy de 82 ans (je le rappelle) a innocemment pensé qu'il voulait « des cartes avec des cochons, c'est ça?» (si, si, véridique, je n'invente rien). Sa réponse (« non, des cartes postales olé olé. Erotiques quoi... ») ne laissant cette fois plus aucun doute, Monsieur Fxxx était désormais fiché.

On a d'ailleurs appris quelques mois plus tard, par Germaine qui assistait à la scène, que Monsieur Fxxx avait été expulsé du cyber café du coin parce qu'il consultait des sites pornos. A 82 ans, c'est pas mignon ça? Il est depuis lors devenu l'idole d'Izzou, qui trouve ça formidable qu'un retraité se mette aux nouvelles technologies uniquement pour mater des sites pornos... C'est vrai qu'il faut le faire...

jeudi 22 janvier 2009

El diablo

On a beau dire, les libraires sont eux aussi des êtres humains. Proches de la perfection certes (non, non, mes chevilles vont très bien, je vous l’assure), mais humains quand même. Il leur arrive donc de perdre (parfois, presque jamais, tellement rarement que ça vaut à peine le coup d’en parler) leur légendaire sang-froid. Et dans leurs quelques moments d’énervement, les libraires frappent fort... Très fort… Laissez moi vous narrer la naissance d’El diablo…

Tout commence le vendredi 19 décembre, premier jour des vacances de Noël pour nos charmants bambins. En décembre, il fait froid, c’est bien connu, et le froid n’est pas propice aux longues discussions passionnantes. Six adolescents du collège ZEP d’à côté ont alors trouvé une merveilleuse idée : pourquoi se geler dehors, alors qu’une belle librairie sans vigile nous tend les bras ? Et en plus, il y a de magnifiques coussins dans le rayon jeunesse ! (bon, de base, ils sont plutôt là pour que les plus jeunes puissent s’installer pendant les séances de contes, mais peu importe !) Les voici donc installés comme chez eux, ou, devrais-je dire, vautrés comme sur leur lit. Plus personne ne peut accéder au rayon ? Pas grave, ils sont au chaud !
Germaine, notre Miss Jeunesse, tente timidement de les faire déguerpir : en vain. Bella tente de relever le défi : raté. N’y tenant plus, elles font alors appel à Miss BD (votre dévouée blogueuse) devenue la spécialiste en la matière (ou comment faire comprendre à un adolescent boutonneux qui lit des mangas depuis des heures qu’il n’est plus le bienvenu, tout en gardant un air souriant et poli).

- « Bonjour ! Vous êtes au courant que vous êtes dans une librairie et pas dans un salon de thé ?
- (encéphalogrammes plats)
- Je veux dire par là qu’il faudrait vous tenir correctement, pas allongés dans les coussins, et parler moins fort. Voire sortir, puisque vous n’avez rien à faire là.
- (regards de veaux morts)
- Vous comprenez, vous gênez. Et en plus, vous n’êtes même pas en train de lire…
- (première réaction : l’un d’entre eux me regarde d’un air buté, tend la main et récupère le premier livre qui passe à sa portée) Bah, si, on lit (le fait que le livre en question soit destiné aux 1-3 ans ne semble pas le perturber plus que ça…)
- (légère crispation, mais restons zen) Okay… Bon, je vais vous le redemander gentiment : est-ce que vous pourriez sortir, s’il vous plait ?
- (deuxième réaction : un autre me regarde d’un air méprisant en croisant les bras, d’un air de dire « causes toujours, tu m’intéresses »)
- D’accord… Alors, je vais vous le dire d’une autre façon. Est-ce que vous pourriez vous barrer ? (les fans reconnaîtront une réplique mythique de Kaamelott)
- (ah, léger tic de la mâchoire… ça y est, le contact est établi, il suffisait de parler leur langue) Ouais, M’mdam, pourquoi vous vous énervez comme ça ?
- Ouais, c’est vrai ça, faut pas nous parler comme ça, on avait compris, on se préparait à partir…
- Ah ? Parce que chez vous, croiser les bras, c’est une façon de vous lever ?
- Ouais (et là, ils croisent tous les bras… Soupape de sécurité dépassée, alerte rouge…)
- Bon, écoutez, on va arrêter ce petit jeu tout de suite et vous allez sortir. D’accord ?
- Et sinon ? Vous allez faire quoi ? Nous virer ?
- Pardon ?
- Bah ouais ! Vous allez vous prendre par le cou et nous virer ? (ricanements stupides de toute la bande)
- (Tant pis pour le calme légendaire : ils veulent jouer ? ok, allons-y) Vous dégager vous, non, je ne peux pas. Par contre, ça, je peux (le tout en empoignant un de leurs sacs à dos et en lui faisant faire un magnifique vol plané jusqu’au caniveau… Bouche bée de mes caïds pendant quelques secondes)
- Ouais, M’mdam, pourquoi vous avez fait ça ? (il est à la limite de se frotter les yeux pour vérifier qu’il ne rêve pas)
- Bah, pour vous monter le chemin de la sortie, puisque vous ne sembliez pas comprendre… »
Là, tout s’enchaîne très vite : ils montent en pression, moi aussi (j’ai l’impression de voir des copies de mon frangin en pleine crise d’adolescence… argh). Un collègue arrive pour calmer le jeu (sinon, je crois que j’étais partie pour en frapper un… et m’en prendre une après, vu qu’ils étaient six, ne l’oublions pas), il me fait partir au fond du magasin. Ils haussent le ton, un autre collègue rapplique, les échanges fusent. Enfin, après une brève mais violente discussion, les minis caïds s’avouent vaincus et sortent en ronchonnant. Ouf…

Et pendant ce temps, M.G., notre chef bien aimé, est tranquillement resté dans son bureau au fond du magasin, inconscient du drame qui se jouait à quelques pas de lui. D’accord, oui, je l’admets, aucun d’entre nous n’a eu le temps ni le réflexe de l’appeler à la rescousse. Mais bon, il a bien fallut lui expliquer la situation après coup, au cas peu probable où un des parents viendrait défendre sa progéniture. Et là, je n’en menais pas large… (re-ouf, le savon n’a pas été aussi sévère que prévu… Je crois que le coup du sac volant l’a fait sourire plutôt qu’autre chose).

Comme quoi, quand les libraires perdent leur sang-froid, ils ne font pas dans la demi-mesure… Et depuis ce jour, Miss BD a gagné un super surnom de catcheuse, adopté à l’unanimité par les Gilets Bleus : la légende d’El Diablo était née…

samedi 17 janvier 2009

Vive les candidatures spontanées !

Pour cet article, je ne ferais aucun commentaire. Je me contenterais de vous retranscrire mot pour mot une lettre de motivation que nous avons reçu à la librairie il y a quelques temps. Vous allez voir, elle vaut le détour…

« Madame, Monsieur,

Je me permets de vous écrire pour postuler à un emploi dans votre librairie. Etant un jeune écrivain tout à fait inconnu et dépourvu de relations, je vous prie d’être assez aimable pour m’envoyer au préalable une lettre de recommandation auprès de vous-même.
Vous tâcherez de mentionner, en plus de mon sérieux et de ma motivation, mes aptitudes tant pour le poste de conseiller libraire – étant étudiant en deuxième année de lettres et philosophie – que pour ceux d’hôte de caisse, préparateur de commande, manutentionnaire – j’ai une bonne condition physique – et chauffeur. Mes violons d’Ingres sont principalement le piano, la lecture et mes amis. Je me déplace à vélo. N’oubliez pas d’ajouter que j’ai pris des cours de théâtre pendant quatre ans. En effet, s’il s’avère que je suis finalement un caissier comme un autre, je pourrais au moins faire semblant d’être bon en étant crédible.
L’été dernier, j’ai cueilli, classé, rangé, empaqueté, fiché et vendu des légumes dans des fermes et des marchés au Canada. Je voudrais appliquer ce que j’ai appris là-bas à des nourritures plus célestes, en travaillant en parallèle avec mes études pour alléger financièrement mes parents. Je ne suis pour l’instant qu’un excellent distributeur de quotidiens gratuits à la sortie du métro parisien mais j’aspire à devenir excellent chez vous.
J’aimerais donc travailler dans votre librairie du Nouveau Quartier Latin qui est très proche de mon domicile, toute l’année scolaire à temps partiel, pendant les vacances scolaires à temps plein et l’été prochain également. Voici les créneaux où je suis libre pour travailler chez vous dès maintenant :
- le lundi à partir de 11 heures,
- le mardi jusqu’à midi,
- le mercredi de 11 heures à 15 heures,
- le jeudi toute la journée,
- le vendredi jusqu’à 11 heures puis à partir de 17 heures,
- le samedi et le dimanche toute la journée.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués. »