mardi 2 décembre 2008

Madame Michelin

Je vous avais promis la dernière fois de vous raconter mon prochain rendez-vous mémorable avec un représentant. Chose promise, chose due, surtout que ce rendez-vous était une parfaite illustration de mon précédent article sur le sujet...

Mon ancien repré Michelin étant parti chez la concurrence, j'attendais ma nouvelle repré avec quelque appréhension. Faut dire que mes relations avec Michelin avaient commencé par une absente totale de signe de vie de leur part pendant six bons mois, ce qui m'avait posé problème pour la sortie du fameux guide rouge Michelin. J'en avait été quitte pour les harceler au téléphone en réclamant mes guides...

Bref, ne partons pas sur des a-priori. Laissons une chance à Madame Michelin. Qui arrive avec une bonne demi-heure de retard, ça commence bien... Présentations d'usage, puis nous voilà parties : .


  • - Madame Michelin : Alors, dites moi, comment travailliez-vous avec mon prédécesseur?

  • - Bah, de manière tout à fait traditionnelle. Il me présentais les nouveautés et je lui disais mes quantités. (air légèrement déçu de ma repré) Pourquoi? Vous travaillez comment, vous?

  • - Et bien, il arrive souvent que les libraires me fassent confiance. Je pointe en rayon ce qu'il manque, je vois vos quantités, et je vous dresse une liste de commandes. Que je peux vous soumettre, si vous désirez vérifier que je n'ai rien oublié....

  • - Euh... Pour être franche avec vous, je préfère de loin ma méthode. J'apprécie de pouvoir établir mes quantités moi-même....

  • - Bon, comme vous voulez. (soupir) Alors, commençons par l'atlas Michelin. La meilleure vente en atlas routier France, je vous le rappelle. J'avais établi une précommande de 15 exemplaires.

  • - (gargouillis d'incrédulité de ma part) 15 exemplaires ?! Vous êtes sûre d'avoir bien regardé mes chiffres de vente avant de venir? Parce que des atlas Michelin, j'en vends 3 par an...

  • - Justement, je pense que vous ne le mettez pas assez en valeur. En pile sur un présentoir, vous verrez, il se vendra beaucoup mieux. (eh ben, j'ai bien fait de ne pas lui laisser carte blanche, moi...)

  • - Pas sûr du tout. Mes clients ont une préférence marquée pour les cartes routières...

  • - Ah bon? Et pourquoi d'après vous?

  • - (mais qu'est ce que j'en sais moi?) Aucune idée, et je m'en fiche. Je vais donc prendre un atlas.

  • - Un seul?! Vous êtes vraiment sûre?

  • - Oui. Titre suivant...

Je vous fais grâce des batailles entourant chaque titre présenté. Ca se résume globalement en : elle veut m'en vendre cinq, je lui en prend un, voire deux, en fonction de mes statistiques de ventes. Arrive enfin le fameux guide rouge, gardons le meilleur pour la fin...

  • - Notre guide rouge est reconnu dans le Monde entier. Il bénéficie d'une campagne de presse énorme dans Le Monde, Télérama...

  • - Oui, je connais le guide et le tapage médiatique autour. Pas la peine de me ressortir tout un speech dessus.

  • - Mais cette année, ça va être encore plus impressionnant ! Le guide rouge fête sa 100e édition ! Nous avons donc prévu un énorme lancement avec de nombreux partenaires (et patati et patata, impossible de l'arrêter). Il va même y avoir une édition spéciale comprenant un bon de réduction pour un restaurant étoilé présent dans le guide (et re-patati et re-patata). Nous avons aussi prévu tout un kit de présentation pour vitrine....

  • - (Je décide de jouer le jeu pour être débarrassée d'elle au plus vite) Bon. D'accord pour votre kit vitrine. Et je vais prendre 20 exemplaires normaux et 5 de l'édition spéciale.

  • - (changement de couleur de ma repré) Seulement? Mais l'an dernier vous en aviez pris 80 !

  • - Non, rectification. (légère crispation de ma part, elle aborde un sujet sensible) L'an dernier, j'avais demandé 15 exemplaires du guide France, 10 du guide Paris et un exemplaires des autres destinations. J'ai reçu 80 exemplaires du France, pas un seul des autres titres, et avec 15 jours de retard ! Je vous en ais aussitôt retourné 60 (remarquez que j'en ais gardé 5 de plus que ce que j'avais commandé) et j'en ais vendu 12. Vingt-cinq exemplaires (en comptant l'édition spéciale) me semblent donc largement suffisants.

Et c'est reparti pour dix bonnes minutes de négociations qui tournent au combat de tranchées. Elle finit par abandonner, mais avec un regard chargé de haine. Un froid au revoir, et j'en suis enfin débarrassée ! Après deux heures de rendez-vous (de guéguerre devrais-je dire) je n'en pouvais plus, j'avais des envies de meurtre ! N'empêche, je serais curieuse de savoir combien je vais finalement en recevoir, de ce fameux guide rouge... M'est avis qu'elle ne laissera pas tomber comme ça...

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