lundi 15 décembre 2008

Des papiers cadeaux...

Il y a des jours comme ça, où on se dit qu’on aurait mieux fait de rester chez soi. Aujourd’hui par exemple. Un lundi 15 décembre, on pourrait penser qu’il y aurait foule dans le magasin. Que des hordes de clients allaient escalader nos remparts en tas de gravats pour acheter avec amour plein de beaux cadeaux. Qu’on allait courir partout, volant de renseignements en conseils… Eh bien non ! Le froid a sans doute tué nos clients en route, parce que les rayons sont loin d’être bondés. Et les rares personnes présentes sont (pour une fois) quasi autonomes. Résultat : les gilets bleus sombrent dans l’ennui le plus profond.
Ce qui explique mon activité blogueuse pour le moins inhabituelle un lundi (jamais le temps d’écrire du boulot d’habitude). Et une conversation avec Izzou vient de me donner l’idée d’un nouvel article.

Qui dit Noël dit cadeaux. Et qui dit cadeaux dit souvent papiers cadeaux. Or, notre magasin n’est pas encore approvisionné en scouts (snif) et ce sont nos blanches mains qui sont donc mises à contribution (avec plus ou moins de dextérité il faut l’avouer). Ce qui est à l’origine de situations plus ou moins heureuses…
Commençons par le traditionnel « vous avez bien enlevé le prix ? », qui part d’une bonne intention… Mais qui finit par donner des pulsions meurtrières quand c’est la 70e fois de la journée qu’on nous le répète.
Viennent ensuite les clients indécis. « Bleu ou doré, le papier cadeau ? » « Bleu… Remarquez le doré est sympa aussi (vous commencez à découper le papier). Non, bleu, c’est plus neutre (restons zen). » Et une fois le paquet fini « Finalement, doré, ça aurait peut être été mieux »… (tant pis !)
A l’opposé, on trouve les clients « à côté de la plaque » (si vous me permettez l’expression) : « Bleu ou doré, votre papier cadeau ? » « Rose ». Soit… Pas de lien logique, juste que ledit paquet était pour une fille (« bah, si vous avez du bleu, vous avez aussi du rose pour les filles non ? »… Non, on est le monde du Gilet bleu, pas du Gilet rose, désolée).
C’est aussi l’occasion de retrouver les clients pénibles qui viennent de vous faire tourner en bourrique dans les rayons (20 minutes pour leur trouver un livre cadeau qui les satisfassent, alors que votre seul indice était « un livre pour un homme de 30 ans » et qu’ils ont décidé de ne pas aimer toutes vos suggestions). Bien décidés à être affreux jusqu’au bout, ils demandent un paquet cadeau (« vous n’oubliez pas d’enlever le prix ») et exigent même du bolduc. Désarroi du Gilet bleu : « Euh… je veux bien vous donner un peu de bolduc, mais je ne sais pas le faire frisouter » (oui, je sais, ça peut paraître bête, mais on ne peut pas être parfait partout). Soupir exaspéré du client : « Donnez moi ça. Vous avez un ciseau ? » (et hop, de joli frisoutis) « Voilà, c’est pas compliqué non ? (d’un air hautain et méprisant) J’vous jure, la prochaine fois je ferai le paquet moi-même ! » (bonne idée).
Je passerai sur ceux qui vous réquisitionnent pendant dix bonnes minutes, le temps d’emballer les cadeaux pour le père, la mère, les frères, les sœurs, les oncles, les tantes, les amis etc (un paquet par livre, tant qu’à faire). Qui s’impatientent car tout n’est pas fini en deux minutes (et ils n’ont pas que ça à faire, ils sont pressés). Et qui ne voient pas les dix paquets en attente qui s’accumulent pour d’autres clients (au secours !!!).
Je vous tairai aussi notre angoisse face aux peluches à emballer, ou pire face aux livres ronds (si, si, souvenez-vous de « La boite à gâteaux », de Marabout : un cauchemar). Et je finirai par un superbe dialogue :
  • « - Bonjour, est-ce que vous faites les paquets cadeaux ?

  • - Oui, pas de souci. (léger doute en voyant le client sortir un livre d’un sac Fnac) Mais, euh… Vous l’avez acheté ici, le livre ?

  • - Bah, non, à la Fnac.

  • - Désolé, mais on ne fait les paquets que pour les livres achetés ici.

  • - Oui, mais à la Fnac, ils ne donnent que des pochettes.

  • - Et ?

  • - Donc, vous ne voulez pas me faire un paquet ?! Et je fais comment moi ?!

  • - Et bien, soit vous retournez à la Fnac prendre une pochette, soit vous achetez un rouleau de papier cadeau. On en vend si vous voulez…

  • - Ah bah bravo le geste commercial ! J’ai bien fait de ne pas acheter chez vous ! »

Avouez, ça valait bien de conclure cet article non ?

A tous les clients que j'ai aimé avant...

A force de ne parler que des clients boulets sur ces pages, j’ai eu peur que vous vous fassiez une idée quelque peu négative du Monde merveilleux du Gilet bleu. Je vous rassure donc de suite : ces clients ne représentent pas nos seuls interlocuteurs, loin de là. Mais il est vrai qu’ils sont tellement comiques après coup (sur le moment, on a juste des envies de meurtre) que je trouvais cela dommage de ne pas en parler.
Néanmoins, il ne fallait pas que vous en concluiez, après avoir lu mes articles, que je ne suis qu’une libraire grincheuse qui se moque gratuitement des clients désemparés venant lui demander conseil. Que nenni ! Sans me considérer comme investie d’une mission divine (faire partager ma passion des livres par le plus grand nombre), j’aime ce travail et son côté relationnel. (Et puis, c’est bientôt Noël, je me sens portée par une vague d’amour pour mes prochains…).
Je voudrais donc aujourd’hui dédier cet article à tous les clients sympathiques qui peuplent régulièrement notre librairie et qui viennent égayer notre morne quotidien.
Il y a les familles du quartier, avec leurs enfants qui grandissent à chaque visite et qui courent partout dans le magasin (au grand désespoir de M.G. qui essaye vainement de les discipliner).
Il y a les gens des bureaux alentour, qui ont pris l’habitude de venir nous demander conseil à chaque anniversaire, Noël, fête quelconque, et qu’on retrouve tous les midis ou presque en train de flâner dans les rayons.
Il y a les passionnés, avec qui on peut discuter des heures de littérature ou de bandes dessinées, s’échangeant conseils et recommandations (ce qui alimentera les discussions suivantes).
Il y a les profs de la fac d’à côté, qui se lancent dans de grandes discussions savantes avec JB (« leur rayon de soleil dans le monde gris des amphithéâtres » dixit l’un d’eux).
Et puis, il y a tous les inclassables. Ceux qui passent nous dire bonjour, juste parce qu’ils passaient dans les environs. Ceux qui font les clowns pour nous remonter le moral quand ça ne va pas. Ceux qui pourraient prendre notre place sous le Gilet bleu tant ils connaissent par cœur le magasin. Notre grand-mère étudiante qui déborde d’énergie et nous redonne le sourire à chacune de ses visites. Et celui qui laisse des commentaires enthousiastes sur ce blog sous couvert d’anonymat (ce qui ne trompe aucun gilet bleu, ceci soit dit en passant).
Sans compter tous ces gens de passages qui nous offrent un sourire et un merci...

mercredi 10 décembre 2008

We wish you a Merry Christmas

En librairie (comme dans un certains nombre de commerces je suppose) les fêtes de fin d'année se décomposent en trois temps bien distincts (j'aime bien cette phrase, ça fait super sérieux).
Tout commence dès la fin août. A peine rentré de vacances, rêvant toujours de plages et de mer bleu azur, le libraire doit se plonger dans une ambiance hivernale festive pour le travail des nouveautés (autant reprendre en beauté). Coffrets et blockbusters s'en donnent à coeur joie, tous les éditeurs rivalisant pour savoir qui sera le plus présent sur les tables. Premières angoisses vers la mi-septembre, une fois passés tous les rendez-vous avec les représ : la liasse de commandes papier semble fichtrement épaisse cette année (encore pire que l'an dernier, lui-même pire que l'an précédent... gloups). Le doute assaille le libraire : va-t-il vraiment réussir à tout caser dans un rayon qui n'est malheureusement pas extensible à l'infini ? (voire de quelques mètres, on n'est pas exigeant).
Dès la fin septembre, sa foi est mise à l'épreuve avec les premiers arrivages (était-il vraiment nécessaire de commander 5 exemplaires de ce truc, qui finalement n'a pas l'air aussi sympa que prévu? Est-ce que ça va vraiment marcher?). Et en octobre, c'est l'hallali ! Des piles, des piles et encore des piles ! La dépression guette, les arrivages font cauchemarder moult libraires qu'il faut traîner de force jusqu'au magasin le matin... Et quand on croit que c'est fini, une nouvelle vague arrive ! Le mercredi devient un jour honni : c'est l'arrivage Hachette, synonyme de nouveaux cartons...
A la mi-novembre, les choses commencent à se tasser, le libraire entrevoit la fin du cauchemar. Il reste bien sûr les retardataires, ceux qu'on avait oubliés... Oh rage, oh désespoir ! Il va falloir chambouler les tables à nouveau pour leur faire une place ! Les éditeurs se font peu à peu détester des libraires (pourquoi nous sortent-ils des nouveautés jusqu'au 10 décembre !? S'arrêteront-ils un jour?). Les finances sont au plus bas, la santé des libraires aussi, mais ouf, le calvaire va bientôt se terminer !
Et oui, les clients tant attendus, tant espérés, commencent leurs repérages ! Dès la deuxième quinzaine de novembre, des badauds flânent devant les jolies tables Noël. Timidement au début, ils ont encore le temps, il faut d'abord payer les impôts. Mais la dernière phase a commencé pour le libraire : après avoir entassé, il s'agit maintenant de vendre ! D'un oeil fébrile, il observe les réactions des clients : il est encore temps de recommander en urgence un titre qui attire plus d'intérêt que prévu (s'il n'est pas déjà tombé en rupture de stock chez l'éditeur, ce qui arrive souvent avec tous ces coffrets fabriqués en Chine).
Arrive enfin décembre et sa folie commerciale. Le chiffre d'affaires s'envole rapidement vers des sommets (surtout entre le 15 et le 24) et le libraire doit se dédoubler pour répondre à tout le monde (vivement que la science mette au point une bonne technique de clonage). C'est un mois épuisant qui laisse le libraire à moitié mort de fatigue, mais aussi un mois très agréable qui voit son lot de conseil client (la partie généralement la plus appréciée par les libraires au milieu de leurs tâches de manutention). C'est l'occasion ou jamais de conseiller tous les coups de coeur accumulés au fil de l'année, de mettre en avant des titres qui ne se vendraient pas sinon, de faire appel à toutes ses connaissances pour trouver Le cadeau idéal pour chacun avec un minimum d'informations... Bref, un super moment relationnel comme on les aime ! Sachant que le challenge devient de plus en plus rude à mesure qu'on s'approche du 24, car le stress commence à devenir palpable chez les clients et qu'il faut faire avec toutes les ruptures de stocks. (« Une série Bd polar sympa? Oui, je peux vous proposer celle-là... Ah bah non, je n'ai plus du tome 1. Sur celle-là non plus. Bon, il reste celle-à, très sympa aussi... » etc etc).
Et le 31 décembre au soir, c'est l'heure du bilan ! On n'y est pas encore, alors ça sera pour un prochain article...

mardi 9 décembre 2008

Attention... Question à 12 euros....

« - Bonjour. J'ai lu un article il y a quelques temps sur une Bande dessinée qui avait l'air super.

  • - Hum, hum. C'était quoi comme Bd?

  • - Bah, justement, le problème c'est que je ne me souvient plus du titre et que je n'ai pas gardé l'article.

  • - Vous vous souvenez de l'auteur?

  • - Non plus.

  • - Ah....

  • - Je ne vous aide pas beaucoup, désolé.

  • - Bon. Vous vous souvenez de la couverture? (j'ai une bonne mémoire visuelle) Du sujet?

  • - C'était une Bd de cowboy je crois. Enfin, en tout cas, il me semble que ça se passait aux Etats-Unis.

  • - Oui.... Et?

  • - Sur la couverture, il y avait un personnage. C'était un dessin un peu à la Trondheim...

  • - A la Trondheim? (nom d'un dessinateur très connu) C'est-à-dire?

  • - Bah... Dessiné un peu vite fait. Vous voyez le style?

  • - Je cerne à peu près. Mais je ne voie pas de western sorti récemment qui pourrait correspondre....

  • - Ah, mais je ne suis même pas sûr que c'est récent comme Bd. C'était une vieille revue.... »

Alors là, j'ai beau me targuer de bien connaître mon fonds Bd, j'ai complètement séché et j'ai lu une profonde déception dans les yeux de mon client. Ce n'était pas la première fois qu'il me faisait ce genre de devinettes, mais d'habitude, j'arrivais à retrouver la référence sous ses yeux ébahis. Snif... Si quelqu'un a la solution, je suis preneuse, vu que ça continue à me travailler...

Des limites du génie informatique et de la mémoire humaine.

    « -Bonjour. J'ai vu dans votre rayon, il y a quelques mois, un livre sur la fabrication des bijoux de perles et je ne le retrouve pas.

  • - Ok. Vous vous souvenez de l'éditeur? (vu que tout les bouquins sur les bijoux de perles ont quasiment le même titre, ce n'était pas l'information clé cette fois...)

  • - Bah, non, je ne me souviens ni du nom de l'éditeur, ni de l'auteur. Mais il y avait le mot perles dans le titre, et un bracelet sur la couverture.

  • - Certes. Mais 95% des livres sur le sujet correspondent à cette description... Vous vous souvenez d'autre chose?

  • - Oui. Le livre était grand comme ça (ceci dit en joignant le geste à la parole : format classique. Normal, ça aurait été trop facile sinon...) Le titre était écrit en rouge. Ca vous ira comme informations?

  • - Bah... A vrai dire je ne voie toujours pas. Vous avez déjà regardé en rayon, c'est bien cela, Parce que normalement je suis toujours les mêmes références....

  • - Celui-là, il était en occasion. Mais je me suis dit que je pourrais toujours vous le recommander.

  • - Le problème, c'est que je ne sais toujours pas lequel est-ce et que je n'ai pas les photos des couvertures sur mon logiciel.

  • - Et vous ne pouvez pas faire une recherche sur votre machine?

  • - En tapant quoi? Livre grand comme ça avec le mot perles écrit en rouge?! »

Même l'informatique a ses limites, désolée... Est-ce ma faute à moi, si les éditeurs n'ont aucune imagination dans le choix de leurs titres?

Au secours....

Je ne veux pas faire de préjugés et je sais qu'il ne faut jamais juger les gens sur leur apparence. Mais généralement, quand un mec débarque avec des piercings sur le visage, un manteau style militaire, des grosses kickers bardées de fer et un bonnet avec une croix gammée, je ne peux pas m'empêcher d'appréhender un peu... Et là, pour le coup, c'était justifié...
  • « Votre collègue, là bas, elle m'a dit que fallait que je voie avec vous pour le rayon armes. Parce que moi, j'ai beau chercher, je vois pas de fusils ici...

  • - Euh... C'est-à-dire que vous êtes dans une librairie ici, pas dans une armurerie. On ne vend pas d'armes, mais des livres sur les armes (et encore, j'en ai un ou deux pour Noël , histoire de dire qu'il y en a).

  • - (éclair de lucidité dans l'oeil terne de mon client) Des livres sur les armes? Ah ouais, ça me va aussi ! Parce que moi, j'ai un pote qui m'a dit qu'à l'armée, ils ont des fusils qui tirent à deux kilomètres ! Deux kilomètres, ça fait beaucoup, je crois qu'il se moquait de moi. (mais non, mais non, qu'est-ce qui vous fait dire ça?) Qu'est ce que vous en pensez, vous? Vous croyez que je trouverais ça dans vos bouquins?

  • - Bah, honnêtement, j'en sais trop rien. Je n'y connais rien en armes (moue désapprobatrice de mon interlocuteur, que je sens prêt à me faire un exposé sur le sujet). Le mieux, c'est que vous regardiez dans le rayon. Les livres sont juste là, j'espère que vous trouverez... »

Sur ce, je l'avoue, j'ai lâchement fui en abandonnant mon client. Le coup du cours théorique sur les armes à feu, je ne le sentais pas vraiment. Surtout que je suis pacifiste dans l'âme et que ce monsieur trimballait avec lui un énorme sac de forme allongée (si ça se trouve, j'aurais même eu le droit aux exercices pratiques....).
Il est quand même venu me dire qu'il n'avait pas trouvé l'information qu'il cherchait (« chui sûr que mon pote, il m'a raconté n'importe quoi ! Deux kilomètres, c'est vraiment beaucoup non? »). Et il est parti. Ouf....

lundi 8 décembre 2008

L'envers de la technologie

Le monde du gilet bleu est à la pointe du service et de la technologie, c’est une vérité bien connue. Nos informaticiens du siège nous ont donc concocté un super système qui nous permet, lorsqu’un client nous commande un livre, de le prévenir automatiquement par Sms que sa commande est arrivée. Merveilleuse trouvaille technologique s’il en est : imaginez le calvaire que constituait l’énorme pile de commandes clients du jour, lorsqu’il fallait appeler chaque personne pour lui expliquer qu’elle pouvait récupérer son livre…
Bref, tout irait bien dans le meilleur des mondes, si les gens lisaient correctement leurs Sms. Ce qui n’est pas toujours le cas, comme nous avons pu le constater aujourd’hui. Je vous explique…

Bella, notre Miss Littérature, et moi-même, discutions tout en rangeant nos livres, lorsqu’une dame est arrivée en nous disant qu’elle venait récupérer une commande. Et de préciser qu’elle a reçu notre Sms samedi. Jusque ici tout va bien. Sauf qu’en rentrant son nom dans notre logiciel, il s’est avéré que son livre était toujours en commande. Perplexe, Bella tente des pistes : Madame n’aurait-elle pas commandé un autre livre ? N’a-t-elle pas commandé dans un autre de nos magasins ? Madame répond par la négative et commence lentement mais sûrement à se crisper, ce qui est généralement mauvais signe…

  • - Bon, écoutez, je n’ai commandé que ce livre, j’ai reçu un Sms, je suis venue spécialement pour ma commande et là, vous me dites que mon livre n’est pas arrivé ? C’est n’importe quoi !

  • - Désolée, je n’y suis pour rien. C’est juste que la procédure est automatisée, et que je ne comprends pas comment on a pu vous envoyer un message sans avoir votre livre…


Madame sort alors avec agacement son portable, tripatouille les touches en marmonnant sur notre incompétence et nous brandit triomphalement son téléphone avec ledit Sms. Sauf que… Ce n’est pas un de nos Sms… L’œil exercé du gilet bleu que je suis a repéré de suite qu’il manquait notre fameux numéro de commande à 14 chiffres (celui que tous les clients s’entêtent à vouloir nous donner en venant récupérer leur livre, alors qu’il ne nous sert à rien).
Patience incarnée, j’essaye d’expliquer à une cliente au bord de la crise de nerfs qu’il y a erreur. Elle peste, insulte notre collègue qui a mal envoyé le Sms en oubliant des informations (euh… C’est informatisé vous ais-je dit) et consent finalement à jeter un coup d’œil au Sms… Et là, patatras, ses belles certitudes s’effondrent : elle a confondu ! Notre librairie porte quasiment le même nom qu’un magasin de bijouterie fantaisie lui aussi à la pointe de la technologie et où elle a passé commande… Catastrophe ! Son teint vire au cramoisi, elle bafouille des excuses précipitamment, tourne les talons et s’enfuit honteusement…
Y’a d’ailleurs fort à parier qu’après cette scène, elle ne reviendra sans doute jamais chercher son fameux livre…

mardi 2 décembre 2008

Madame Michelin

Je vous avais promis la dernière fois de vous raconter mon prochain rendez-vous mémorable avec un représentant. Chose promise, chose due, surtout que ce rendez-vous était une parfaite illustration de mon précédent article sur le sujet...

Mon ancien repré Michelin étant parti chez la concurrence, j'attendais ma nouvelle repré avec quelque appréhension. Faut dire que mes relations avec Michelin avaient commencé par une absente totale de signe de vie de leur part pendant six bons mois, ce qui m'avait posé problème pour la sortie du fameux guide rouge Michelin. J'en avait été quitte pour les harceler au téléphone en réclamant mes guides...

Bref, ne partons pas sur des a-priori. Laissons une chance à Madame Michelin. Qui arrive avec une bonne demi-heure de retard, ça commence bien... Présentations d'usage, puis nous voilà parties : .


  • - Madame Michelin : Alors, dites moi, comment travailliez-vous avec mon prédécesseur?

  • - Bah, de manière tout à fait traditionnelle. Il me présentais les nouveautés et je lui disais mes quantités. (air légèrement déçu de ma repré) Pourquoi? Vous travaillez comment, vous?

  • - Et bien, il arrive souvent que les libraires me fassent confiance. Je pointe en rayon ce qu'il manque, je vois vos quantités, et je vous dresse une liste de commandes. Que je peux vous soumettre, si vous désirez vérifier que je n'ai rien oublié....

  • - Euh... Pour être franche avec vous, je préfère de loin ma méthode. J'apprécie de pouvoir établir mes quantités moi-même....

  • - Bon, comme vous voulez. (soupir) Alors, commençons par l'atlas Michelin. La meilleure vente en atlas routier France, je vous le rappelle. J'avais établi une précommande de 15 exemplaires.

  • - (gargouillis d'incrédulité de ma part) 15 exemplaires ?! Vous êtes sûre d'avoir bien regardé mes chiffres de vente avant de venir? Parce que des atlas Michelin, j'en vends 3 par an...

  • - Justement, je pense que vous ne le mettez pas assez en valeur. En pile sur un présentoir, vous verrez, il se vendra beaucoup mieux. (eh ben, j'ai bien fait de ne pas lui laisser carte blanche, moi...)

  • - Pas sûr du tout. Mes clients ont une préférence marquée pour les cartes routières...

  • - Ah bon? Et pourquoi d'après vous?

  • - (mais qu'est ce que j'en sais moi?) Aucune idée, et je m'en fiche. Je vais donc prendre un atlas.

  • - Un seul?! Vous êtes vraiment sûre?

  • - Oui. Titre suivant...

Je vous fais grâce des batailles entourant chaque titre présenté. Ca se résume globalement en : elle veut m'en vendre cinq, je lui en prend un, voire deux, en fonction de mes statistiques de ventes. Arrive enfin le fameux guide rouge, gardons le meilleur pour la fin...

  • - Notre guide rouge est reconnu dans le Monde entier. Il bénéficie d'une campagne de presse énorme dans Le Monde, Télérama...

  • - Oui, je connais le guide et le tapage médiatique autour. Pas la peine de me ressortir tout un speech dessus.

  • - Mais cette année, ça va être encore plus impressionnant ! Le guide rouge fête sa 100e édition ! Nous avons donc prévu un énorme lancement avec de nombreux partenaires (et patati et patata, impossible de l'arrêter). Il va même y avoir une édition spéciale comprenant un bon de réduction pour un restaurant étoilé présent dans le guide (et re-patati et re-patata). Nous avons aussi prévu tout un kit de présentation pour vitrine....

  • - (Je décide de jouer le jeu pour être débarrassée d'elle au plus vite) Bon. D'accord pour votre kit vitrine. Et je vais prendre 20 exemplaires normaux et 5 de l'édition spéciale.

  • - (changement de couleur de ma repré) Seulement? Mais l'an dernier vous en aviez pris 80 !

  • - Non, rectification. (légère crispation de ma part, elle aborde un sujet sensible) L'an dernier, j'avais demandé 15 exemplaires du guide France, 10 du guide Paris et un exemplaires des autres destinations. J'ai reçu 80 exemplaires du France, pas un seul des autres titres, et avec 15 jours de retard ! Je vous en ais aussitôt retourné 60 (remarquez que j'en ais gardé 5 de plus que ce que j'avais commandé) et j'en ais vendu 12. Vingt-cinq exemplaires (en comptant l'édition spéciale) me semblent donc largement suffisants.

Et c'est reparti pour dix bonnes minutes de négociations qui tournent au combat de tranchées. Elle finit par abandonner, mais avec un regard chargé de haine. Un froid au revoir, et j'en suis enfin débarrassée ! Après deux heures de rendez-vous (de guéguerre devrais-je dire) je n'en pouvais plus, j'avais des envies de meurtre ! N'empêche, je serais curieuse de savoir combien je vais finalement en recevoir, de ce fameux guide rouge... M'est avis qu'elle ne laissera pas tomber comme ça...

Et un kilo de livres pour la une !

  • - Bonjour, je voudrais commander un livre.

  • - Oui, pas de soucis. C'est quoi comme livre?

  • - Juste une question, si je le commande, il sera là demain?

  • - Euh, non, il faut compter une semaine...

  • - Quoi !? Une semaine?! Mais vous savez, c'est qu'un petit fascicule...

  • - ?! Euh, vous savez, que vous commandiez un livre de poche ou un énorme dictionnaire, c'est le même délai...

  • - Même si ce n'est qu'un tout petit livre?

  • - Oui, même s'il ne fait que 50 pages. Mais vous ne m'avez toujours pas dit de quel livre il s'agissait, je vous signale. Il se peut que nous l'ayons en magasin...

(Ce qui était le cas, soit dit en passant. Les gens sont souvent surpris du long délai qu'il nous faut pour obtenir un livre, et je suis consciente que ce n'est pas très réactif dans le monde d'aujourd'hui. Mais c'est malheureusement l'inconvénient d'avoir une chaîne avec entrepôt centralisé... Ceci dit, c'était la première fois qu'on me faisait le coup du « si c'est un petit livre, ça ira plus vite non? »)