mardi 18 novembre 2008

Des libraires et des représ

Le quotidien d'un libraire est fait de routine : on range les livres reçus, on retourne ceux qui ne se vendent pas, on répond aux demandes des clients, et on reçoit des représ. « Des représ? Mais qu'est ce donc? » vous demandez-vous sûrement. Inutile de sortir votre dictionnaire, je vous explique de suite...

Le représentant (ou repré pour les intimes) est employé par une structure de diffusion regroupant plusieurs maisons d'édition. Il est chargé de faire la tournée des librairies de son secteur pour présenter aux libraires les nouveautés des maisons d'édition qui l'emploient. Et comme il existe plus de 1000 maisons d'édition en France (certaines ne publiant que quelques titres par an, d'autres plusieurs dizaines par mois) cela donne un nombre de représentants assez impressionnant !

Chaque repré a sa propre personnalité, et les rendez-vous ont beau se suivre, ils ne se ressemblent pas toujours. Je voudrais aujourd'hui vous présenter quelques types de représ les plus répandus...


  • Le repré sympa

Ceux là sont les plus appréciés, mais les plus rares aussi, malheureusement. Ce sont des gens au contact facile, qui aiment bien faire ami ami avec le libraire. Travailler avec eux est généralement l'occasion de rigoler entre deux nouveautés, d'échanger les deniers potins professionnels, de savoir comment ça se passe chez les concurrents... Bref, un bon moment en perspective.


  • Le repré lourd

Beaucoup moins sympathique, mais beaucoup plus répandu, surtout dans les petites maisons d'édition qui publient des trucs parfois un peu bizarres. Ce repré là se sent obligé d'insister à chaque titre, en vous expliquant qu'il s'agit là du futur best-seller (hum hum), qu'il va y avoir un plan média impressionnant avec des articles dans Le Monde, Libération, des émissions TV, de la radio (vous aurez beau guetter les semaines suivantes, nous ne verrez jamais aucune allusion à ce livre dans un média quelconque, pas même dans un petit journal local ou sur France 3 région...).

Vous avez beau faire un effort sur le premier futur best-seller (dont vous ne vendrez pas un seul exemplaire, soit dit en passant), vous n'en serez pas débarrassé pour autant ! Au contraire, le repré prendra ça comme un signe de faiblesse ou un encouragement, et ce dit que s'il y est arrivé avec celui là, pourquoi pas avec d'autres titres ! (au secours ! Vous priez pour qu'un client arrive pour vous libérer).

(L'astuce consiste à recevoir ces représ un jour où vous êtes de mauvaise humeur, histoire d'avoir moins de scrupules à les envoyer balader...)


  • Le repré deux de tension

Certains représentants sont mous, très mous, trop mous... Il leur faut cinq bonnes minutes pour trouver leurs feuilles de nouveautés et allumer leur ordinateur portable, puis ils prennent tout leur temps (la retraite, c'est l'année prochaine, pourquoi se fatiguer?). Pendant ce temps, vous pensez aux dix mille trucs qu'il vous reste à faire et vous avez envie de les secouer, de les doper au café... Ensuite, ils se contentent généralement de vous lire les quelques lignes fournies par l'éditeur sur chaque titre. Inutile de demander des précisions, ils ne savent rien. Ce qui vous avance beaucoup quand la présentation de l'éditeur se résume à « un passionnant roman de fantasy érotique futuriste » (oui, et? L'histoire, la biographie de l'auteur? Bon, bah, on va s'en passer alors...). Vous finissez souvent le rendez-vous au bord de la crise de nerfs et en priant pour que sa retraite arrive vite et que son remplaçant soit plus dynamique.... (raté, le remplaçant est du même gabarit, ça doit être un critère de sélection pour ne pas perturber le libraire par un brusque changement de style...)


  • Le repré FBG (comprendre faux beau gosse)

Il arrive dans sa combinaison de motard en cuir intégral, avec son sourire Colgate ultra blancheur, secoue la tête façon L'Oréal et va faire la bise à toutes les femmes du magasin (les clientes, il hésite encore, je pense qu'il y viendra un jour). Les libraires hommes ne seront pas en reste, ils auront le droit au récit de ses dernières conquêtes, avec moults détails graveleux (chouette...). Selon leur style d'homme, les libraires de la gent féminine sont à ses pieds, soupirant d'aise devant ses sourires et rougissant de façon faussant pudique à ses allusions coquines ; ou, au contraire, elles tremblent qu'il ne lui prenne un jour la détestable idée de les inviter à un « déjeuner d'affaires » (il l'a déjà fait)


  • Le repré au catalogue pourri

Celui là n'a décidément pas de chance. Qu'il soit sympathique ou non, il ne vend que des trucs qui ne vous intéresse absolument pas : la reproduction des huîtres du bassin d'Arcachon, la phytothérapie pour les lapins nains domestiques, la biographie d'un participant à la Star Ac 12... Bref, que des sujets passionnants ! Vous finissez par avoir pitié et lui prenez un exemplaire du moins pire des 25 livres qu'il vous propose, histoire qu'il ne soit pas venu pour rien. S'il est sympa, c'est d'autant plus difficile : vous voudriez lui faire plaisir, mais votre instinct commercial vous en empêche ! Ne reste plus qu'à espérer qu'il soit lucide et qu'il reconnaisse lui même la nullité de son catalogue, ça détendra vos rapports...


Bien sûr, il existe aussi des représentants inclassables, qui navigue entre ces catégories. Je pense néanmoins vous avoir donné un bon aperçu de cet aspect du métier, un peu moins connu. Promis, la prochaine fois qu'on croise un repré vraiment boulet, je vous raconte !


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