mardi 18 novembre 2008

Ce n'est qu'un au revoir....

Le plus usant dans le métier de libraire, ce ne sont finalement pas les clients boulets ou les représentants un peu lourds. Le pire des fléaux, en tout cas pour le monde du Gilet bleu, ce sont les Chefs. Ils sont généralement confinés dans leurs bureaux de la maison mère (ne rêvons pas, ils ne vont pas se mêler aux simples vendeurs, ils n'appartiennent pas au même monde). Tellement absents qu'on finit presque par les oublier... Et puis, d'un coup, ils ont une idée de génie, que dis-je, l'idée du siècle (ça ne fera que la 5e depuis le début de l'année) et se rappellent à vous. Et là, impossible de les oublier, puisque leur grande idée est souvent synonyme de bouleversement complet dans le magasin et d'une grosse somme de travail supplémentaire (ils ont sans doute peur que l'on s'ennuie, à un mois de Noël...).

Bref, tout ça pour dire que leur dernière idée (finalisée la semaine dernière après quelques jours de réflexion seulement) fut d'ordonner à M. G, notre chef direct, de faire de l'avant du magasin « un espace saisonnier grand public multi-produits ». En d'autres termes, d'en faire un joyeux fouillis de papeterie fantaisie, de livres, d'opérations promotionnelles d'éditeurs (pour 3 livres de la collection achetés, un porte monnaie collector offert!). Où est le problème? Me direz-vous... C'est vrai, après tout, ça sera très vendeur, ça fera du chiffre d'affaires... Certes, je ne dis pas non.

Sauf que cet espace, il n'était pas vide, loin de là. C'était le rayon vie pratique qui l'occupait ! Rayon vie pratique qui fait le tiers de son chiffre annuel entre novembre et décembre, rappelons-le. Les stocks sont au plus hauts dans le rayon, j'ai fait le plein en coffrets, tout est prêt pour les cadeaux de Nöel... Et la direction a sa grande idée ! L'espace est occupé? Pff, faux problème, il suffit de supprimer le rayon ! Eh oui, c'est aussi simple que ça pour eux. Ils sont les chefs, ne l'oublions pas, et un chef a toujours raison (même si cela fait trois mois qu'ils n'ont pas vu le magasin : ils s'en souviennent, et ils ont un plan papier).

Alors, voilà, j'ai passé mes trois dernières journées à décoller les étiquettes de prix de centaines d'ouvrages, à faire des cartons de retour et à déprimer... Adieu livres sur le sport, la nature, les jeux, les activités manuelles, les voitures, le jardin... Seul le rayon cuisine a été sauvé in extremis, un plan de secours ayant été accepté par la Direction (en sacrifiant un bout du rayon tourisme, certes, mais on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs comme on dit....) Un an de travail, des clients fidélisés, tout cela réduit en miettes en trois jours.... Engagez-vous qu'ils disaient...

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