mardi 30 septembre 2008

Mieux que la rentrée scolaire, le sac à dos gratuit !

Ca y est, la rentrée scolaire est finie ! Quelques retardataires errent encore affolés à la recherche du workbook de leur progéniture, mais dans l'ensemble, le monde du gilet bleu a retrouvé sa tranquillité habituelle derrière ses tas de gravats... Nous pouvons enfin souffler un peu et ranger nos rayons chéris mis à mal par les clients, tout en savourant notre paix retrouvée.


Oui, mais c'était sans compter sur notre direction bien-aimée qui vient d'avoir une idée de génie pour faire connaître notre magasin (hum hum). Là, je vous sens impatients de connaître quelle grande idée a pu naître dans leurs cerveaux enfiévrés ! Une campagne de publicité? (non, trop cher !) Un grand jeu concours? (presque, vous chauffez...) Du tractage? (ah, vous êtes sur la piste) Allez, je vous fais grâce du suspense... Roulement de tambour... Attention, la grande idée c'est... Le sac à dos gratuit !!! (vous êtes bluffés, hein, avouez?)

Je vous explique... Nos dirigeants, très au fait de la mondialisation, ont fait fabriquer en Chine un bon millier de sac à dos avec notre logo (de très mauvaise qualité, à vrai dire). En parallèle, ils ont fait imprimer de superbes tracts avec la mention : « La culture c'est dans le sac ! (merveilleux slogan, non? Ca a du leur prendre des heures à trouver...) Apportez ce bon à l'accueil de notre librairie, et vous recevrez un sac à dos gratuit ! Sans obligation d'achat et dans la limite des stocks disponibles, offre valable du 26 septembre au 15 novembre 2008. » Suivaient l'adresse de notre magasin et même, comble du raffinement, un petit plan pour nous localiser.

Ne restait alors plus qu'à embaucher un étudiant chargé d'arpenter les sorties de métro et une manifestation culturelle proche de notre librairie (ils avaient décidément pensé à tout) et le tour était joué ! Bon, ils avaient juste omis de nous préciser quand débutait l'opération, mais personne n'est parfait, non? C'est ainsi que samedi matin, nous avons vu débarquer des passants serrant précieusement leur petit trac leur donnant droit au must du must : notre sac à dos customisé ! (un cadeau, c'est un cadeau, ça ne se refuse pas). La première surprise passée, nous avons commencé à distribuer nos sacs, et à amasser les tracts, en remarquant au passage que la grande majorité des gens restaient moins de 40 secondes dans le magasin, le temps de trouver ledit accueil. D'où notre scepticisme sur l'intérêt réel d'une telle opération...


Les choses ont commencé à se gâter dans l'après midi. Notre Monsieur Tract a du s'emballer, arpenter la ville en vélo en distribuant nos tracs au vent, car des foules ont envahi le magasin ! A moins que les baraques de chantiers ne soient devenues le nouveau lieu d'habitation à la mode et n'aient été peuplées discrètement dans la nuit par des familles nombreuses... Quoi qu'il en soit, nous avons vu passer en un après-midi plus de gens qu'en une semaine complète de basse saison !

Comme vous pouvez vous en douter, nos stocks de sacs à dos n'avaient pas été conçus pour faire face à une telle affluence, et drame, dix-sept heures sonnaient à peine que nous étions en rupture ! Oh rage, oh désespoir ! Encore deux heures trente à tenir, plus un cadeau, mais des tracts de plus en plus nombreux ! Imaginez notre calvaire...

Il semblerait en effet que la France aille encore plus mal qu'on nous l'annonce dans les médias, puisque des centaines de personnes n'ont pas hésité à errer dans un labyrinthe de chantiers pour récupérer un misérable sac à dos ! Et à voir leurs réactions en apprenant que nous n'en avions plus, il semblerait que le sac à dos soit devenu une marchandise de luxe que peu de gens peuvent désormais se payer...


  • « Mais, comment je vais faire, moi, sans mon sac?

  • - Euh... Je vous signale juste en passant qu'il y a encore une demi-heure, vous ignoriez jusqu'à l'existence même de ce sac... Vous devriez pouvoir survivre sans.. »


  • « Et bien, puisque c'est comme ça, je vais attendre ici jusqu'à ce que j'ai mon sac à dos. Je suis venu pour ça, je ne repartirai pas sans !

  • -Soit... De toute façon, on est là jusqu'à 19h30, vous vous lasserez avant nous... Vous voulez un siège? Un peu d'eau? » (toujours être polis avec les clients)


  • « Mais vous n'en avez vraiment plus du tout? Plus un seul en réserve?

  • - Bah, non, désolée. Je peux vous en tricoter un si vous voulez, mais je ne suis pas très douée, ça risque de prendre un peu de temps... »


  • « Ah oui, je vois, encore une publicité de m... Vous aviez dix sacs en réserve, c'est ça? Et puis, vous vous êtes tous servis, bien entendu !

  • - Euh... On avait 200 sacs aujourd'hui...

  • - 200? Mais là bas, sur les quais, on nous distribue plus de mille prospectus ! On a fait un détour pour ces sacs !

  • - C'est quand même précisé dans la limite des stocks disponibles...

  • - Tous des voleurs je vous dis ! Eh bien, vous venez de perdre un client ! Non, cinq même ! (monsieur avait une famille nombreuse... mais n'aurait jamais mis un pied dans une librairie de toute façon)


Et, mon préféré : « Vous n'avez plus de sac?! Je vois... Et bien, je voulais acheter un livre mais puisque c'est comme ça, j'irai à la Fnac ! » Superbe, non? Le tout dit avec un mélange de frustration, de colère et de mépris, de la part d'une dame d'une cinquantaine d'années qui portait pour plus de 100 euros de vêtements de marque sur elle. La France va mal, je vous le dis...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Miss Gilet bleu !
Oooooooooh ! Ho !
Vivante ?
Bouge t-elle encore ?
Un dernier soubresaut.
Un spasme !
Une écume de mer (de la bave aux commissures des lèvres), un empoisonnement sans doute.
Une vengeance posthume de sa hiérarchie.
Le corps sera jeté aux requins.
En pâture !
(pauvres bêtes)
La Seine, si proche, regorge de squales qui n’accostent que difficilement dans cet univers de mots et du livre chiffon, torchon, kleenex, à peine lu, de suite oublié…
Mais nous, pauvres lecteurs, clients d’un jour, clients d’une vie.
NOUS ATTENDONS !
Septembre était vindicatif…
Octobre brille d’une absence inexplicable.
Miss Gilet bleu… Vous a t-on acheté ?
Payé votre silence… Au prix fort !
Où sont vos attaques ?
Octobre bleu pouvait devenir Octobre Rouge !
Refaire à l’envers l’escalier d’Odessa !
Monter sus à l’hégémonie mercantile de vos… Maîtres ?
Ah ! Le mot qui fâche !
Mais pour mieux vous faire réagir.
Battez-vous !
Respirez un grand coup !
Dardez cette poitrine qui ne demande qu’à exploser telles mille grenades offensives !
Soyez la Liberté, l’allégorie, de tout un peuple culturel !
Moi ?
Je vous suis…
Je vous attends même…
En doutiez-vous ?

(votre conscience littéraire…)

Anonyme a dit…

Sac à puces ? Sac à patates ?

Youpiiiiiii ! J'ai UN SAC !!
Ce merveilleux sac tant de fois vanté et espéré.
Depuis la parution de cet article, il m'en a fallu du temps.
Et où le trouver ?
Il était épuisé de longue date dans ce no man's land où la culture s'était engouffrée.
Et puis... le hasard.
Comme toujours.
Une visite dans un établissement similaire, dans un autre lieu plus chic, plus classe, à la maison "mère" pour tout dire, près de thermes romains où la seule eau qui jaillit à présent est celle des caniveaux... Et là ! Je vous le donne en mille ! Une montagne de sacs ! Une pyramide de sacs ! Que dis-je: on se serait cru aux puces de St-Ouen ! On brade ! Qui veut de mon sac ? Ou à Rungis, au déballage des maraichers... Et 30 kg de patates dans mon joli sac ! Qui qu'en veut ?

Je reconnais.
J'ai bien involontairement triché.
Sous le couvert de l'anonymat, je suis connu.
De tous !
Les madames par-ci, les monsieurs par-là arrivaient avec un bout de papier froissé, fébrilement avides de remporter leur "petit cadeau". Merci Gigi !!! Si ! Si !
Et moi, snif !
J'ai pris mes gros yeux de cocker abattu, la truffe humide, le tout posé sur le comptoir regardant avec envie l'emport des petits sacs chinois à la file indienne descendant le Yang-Tsé (pardon: la Seine).
Cela a du faire son effet...
En quelques secondes, une âme charitable habillée de bleu (tiens ? Serait-ce une consoeur ?) me donna avec la générosité sur le coeur, l'un de ces merveilleux sacs à tout faire (y compris le pire), sans le moindre justificatif.

(Je remercie Alex... de ce geste)

Vous voyez, chères amies au gilet bleu, rien n'est inutile en ce bas monde. Et mère Thérésa existe toujours même chez un très grand libraire généraliste qui sait faire de si beaux dons.

Anonyme (mais pour qui ?)