dimanche 14 septembre 2008

Engagez vous qu’ils disaient…

Vous l’avez peut être remarqué, mais en ce moment, c’est la rentrée scolaire. Et, tandis que nos chères têtes blondes s’en vont à l’école en gambadant gaiement (euh n’exagérons pas, ils y vont, c’est déjà ça) les parents goûtent aux joies des listes scolaires. Avouez, n’avez-vous jamais eu l’envie d’étrangler un professeur sadique qui vous réclame des protèges cahiers roses, des copies doubles petits carreaux 24*32 ou autre article de papeterie introuvable ? Nous, si !

Et oui, comme toute librairie avec un rayon scolaire et un coin papeterie, le monde merveilleux du gilet bleu vit à l’heure de la rentrée. Nous pensons scolaire, nous vivons scolaire et nous maudissons les professeurs, les éditeurs et les listes incomplètes ! Là, pour le coup, les tas de gravats qui nous assurent d’habitude une certaine solitude ont été pris d’assaut par une horde de parents désespérés par les exigences du Savoir, et nous nous retrouvons cernés par des visages anxieux, qui espèrent que (par miracle) nous aurons encore le cahier d’exercice exigé par le professeur pour le prochain cours (qui a lieu le lendemain, tant qu’à faire)…

Toute l’équipe est sur les dents, les heures supp s’accumulent (vive Sarko) et, must du must, une étudiante a même été embauchée pour la caisse. Izou, notre caissière habituelle (qui rêve secrètement de devenir libraire à la place du libraire) a quant à elle été promue adjointe au scolaire et se dit que finalement elle était mieux en caisse… Quant on voit certains boulets charriés par les listes scolaires, on la comprend ! Quelques exemples pour que vous puissiez juger par vous-même…


    « Le client : Vous avez le workbook 5e ?

  • - Izou : Bonjour…

  • - Le client, gêné par ce discret rappel à l’ordre : Euh… Oui, bonjour… Je voudrais le workbook 5e s’il vous plaît (on progresse, il s’est souvenu du sens du mot politesse).

  • - Oui, lequel ?

  • - Bah, le workbook 5e en anglais.

(Là, pour que vous saisissiez bien l’humour de la situation, il faut savoir que workbook veut tout simplement dire « cahier d’exercices » en anglais, et que cette information seule ne nous emmène pas loin, vu qu’il doit exister une bonne trentaine de collections différentes pour un workbook 5e).

  • - Izou, patiemment : Quelle collection ?

(Là, deux solutions : soit le client a une bribe d’information supplémentaire, soit il n’en sait rien, s’énerve et s’en va en ronchonnant. Pour notre démonstration, nous choisirons la première possibilité, mais sachez que les deux se sont hélas déjà présentées plusieurs fois.)

  • - Comment ça, quelle collection ? Le workbook anglais 5e (s’ensuit une longue explication sur le sens du mot workbook, dont je vous ferais grâce, puisque maintenant vous êtes parfaitement au point sur le sujet).

  • - Alors, la collection ? Hachette, Bordas, Belin, Didier ?

  • - Euh… Hachette je crois (évidemment, c’est le plus gros éditeur, et il reste encore une dizaine de choix possibles… La vie serait trop simple sinon.)

  • - New live ? Enjoy english ? Spring ? New spring ? Step in ? New step in ?

  • - Le client, affolé, a un éclair de génie : Je sais ! Je vais appeler ma fille (faites, faites…)

  • - Cinq minutes plus tard, le client revient les yeux pleins d’espoir : Ma fille se souvient plus de la collection, mais elle dit qu’il y a un groupe d'enfants sur la couverture avec workbook écrit en vert.

  • - (Et là, heureusement qu’Izou commence à avoir l’habitude et connaît quasiment par cœur le rayon) Ah oui, le New spring !

  • - Air soulagé du client : Vous l’avez ?

  • - Bah non, j’ai vendu le dernier pendant que vous appeliez votre fille (dommage… le client est au bord de la dépression). Mais je peux vous le commandez si vous voulez… »


Autre jour, autre client... Arrive cette fois l'étudiant qui va (à priori) entrer en première année de lettres classiques, avec un petit air hautain digne du Savoir incarné :

    « - Bonjour, est ce que vous avez l'Apologie de Socrate?

  • - (Soupir désabusé) De Platon, vous voulez dire... Oui, je vais vous la chercher.

  • - Non, pas de Platon, de Socrate ! Le philosophe grec ! »

(Pour ceux qui n'ont pas compris pourquoi notre étudiant s'est pris un regard noir, rappelez-vous que Socrate, grand philosophe grec, n'a pas laissé un seul document écrit à la postérité et que c'est son disciple Platon qui a retranscrit toutes les idées de son maître par écrit... Et là, on se dit que notre charmant étudiant pourrait remballer son air arrogant et réviser un peu ses références).


Un dernier, pour la route... C'est fois, c'est Mister Papet qui s'y colle...

    « - Le client, très chic dans son costume impeccablement repassé : Bonjour, je voudrais un lutrin. (si, si, vous savez, le grand pupitre en bois sur lequel vous posez un livre)

  • - Mister Papet, avec un air perplexe : Vous ne voulez pas un lutin plutôt ?

  • - Le client commence à sourire, s'imaginant le petit gnome à barbe et chapeau pointu, et se dit qu'il est tombé sur l'idiot du coin : Non, mon fils m'a bien dit un lutrin.

  • - Mister Papet, en insistant poliment : Vous savez que le mot lutin désigne aussi un porte vues? Une sorte de classeur avec des pochettes plastifiées intégrées, pour exposer des documents?

  • - Air gêné du client : Euh, oui, c'est vrai que maintenant que vous le dites, je crois que c'est ça que mon fils veut... »


Voilà, j'espère que ces anecdotes vous auront bien fait sourire. Elles sont toutes véridiques, je vous l'assure...Vive la rentrée scolaire ! Et vivement qu'on retrouve notre solitude derrière nos tas de gravats...

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